Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 07:32



La bataille pour l'industrie au coeur de l'action politique et des luttes

 

Au cours d'un débat organisé à la fête de L'Humanité sous le stand de la Seine-Saint-Denis, l' économiste Jacques Sapir, le député communiste européen Jacky Hénin, Pierre Nicolas, secrétaire de la Cgt au technocentre Renault Guyancourt et Miguel Hernandez, élu communiste à Aulnay-sous-Bois sont intervenus pour évoquer l'avenir de l'industrie en France et en Europe et les combats nécessaires pour la défendre. Yann Le Pollotec, membre du conseil national du PCF animait le débat.

Par Jérôme Skalski

 

Intervenant en premier lieu, l'économiste Jacques Sapir a souligné la nouveauté de la situation actuelle de l'industrie. Depuis 15 ans a-t-il expliqué, on assiste à une extension de la production industrielle dans le monde au détriment des pays développés et notamment des pays de l'Union Européenne. Ce transfert de l'activité industrielle vers les pays émergents est facilitée d'une part, par le libre échange et, d'autre part, du fait de l'extrême mobilité et de la rapidité des flux de capitaux, facteurs qui, en se combinant, favorisent l'émergence d'industries performantes, «en terme de marché», hors des zones originaires de leur développement.

La nouveauté de la situation actuelle de l'industrie dans le monde

 

«Aujourd'hui il est possible d'avoir des industries performantes en 10 ans. Traditionnellement a-t-il souligné, les pays nouvellement industriels étaient moins efficaces que les pays les plus développés ce qui impliquait pour les premiers de recourir à des mesures protectionnistes visant à se protéger. Or, ce que l'on constate aujourd'hui c'est une égalisation des niveaux de productivité qui se fait entre un certain nombre de nouvelles industries et les pays de vieille industrie. Cela est lié au déplacement des investissement et des flux de capitaux et, en même temps, au fait de l'existence de réglementations sociales et écologiques dans les pays anciennement industrialisés, situation qui crée un dumping social et écologique, non pas des pays les plus pauvres, mais des pays émergents.» Cette absence de réglementation combinée avec des structures industrielles performantes et un capital mobile produit une situation sans précédent dans l'histoire du developpement industriel selon Jacques Sapir. Son résultat, dans la perspective du libéralisme actuel, se réduit à l'alternative soit du démantellement de notre niveau de protection sociale et écologique soit de la destruction de nos emplois industriels et leur remplacement par des emplois de service à faible valeur ajoutée et à très faible rémunération, bref à «un mécanisme qui tire vers le bas notre société», mécanisme qui interdit le progrès économique et qui est mis en oeuvre dans le seul intérêt du profit capitaliste.

«Un mécanisme qui tire vers le bas notre société»

Mais, a insisté Jacques Sapir, il existe une autre solution associant les intérêts des travailleurs des pays de vieille et des pays de nouvelle industrie : «Une autre solution existe. C'est ce que j'appelle : le protectionnisme social et écologique. Il consiste à avoir pour règle la compensation de la non-existence des réglementations par des droits de douane. Concrètement, quand vous avez des pays dont le niveau de productivité s'approche du notre tels la Chine ou l'Inde... vous êtes en droit de dire : «Puisque vous êtes en train de rattraper techniquement notre niveau industriel, vous devriez le rattraper aussi en terme de réglementation sociale et écologique. Vous êtes libre de ne pas le faire mais si vous faites le choix de ne pas développer ces réglementations sociales et écologiques alors nous, nous faisons le choix de taxer vos produits» Dans cette situation, le protectionnisme transforme l'alternative du libéralisme en une logique de développement industriel et de progrès social et écologique partagé. Cela permet un développement industriel égal et c'est un moyen pour aider le mouvement syndical des pays émergents.»

Une autre solution existe


«Une vraie bataille est à mener concernant les principes du commerce mondial a insisté Jacques Sapir. Doit-on pénaliser les pays qui ont adopté les réglementations les plus avancées ? Mais aussi , cela est lié, concernant la logique des taux de change. Un euro à 1,35 $ ou 1, 40 $ est incompatible avec une industrie dans la zone euro ! Cela pose le problème de la gestion des taux de change. Faut-il, laisser les taux de change être déterminées par les seules lois du marché dans une situation où nous avons une très grande volatilité des capitaux ou faut-il revenir à des logiques de taux de change plus encadrés et plus contrôlés par les autorités économiques ? »

Une question qui concerne des dizaines de milliers de salariés

Concernant l'avenir de l'industrie en France et en Europe et notamment de l'industrie automobile, Jacky Hénin, député communiste européen, a tout d'abord rappelé un point essentiel de la question : le fait que le problème de l'emploi industriel, concrètement, «concerne des dizaines de milliers de salariés qui sont jetés à la rue comme des malpropres après avoir donné tout ce qu'ils avaient à donner pendant 20, 30, 35, 37 ans de leur vie». «A-t-on besoin de l'industrie ? s'est interrogé Jacky Hénin : «Oui, pour répondre aux besoins des hommes et de femmes». «Ce qui a changé, a poursuivi Jacky Hénin, c'est le but qui a été fixé à l'industrie. Nous sommes passés d'une industrie où la recherche du profit se situait à 1,5 %, et où son rôle d'aménagement du territoire était pris en compte à une industrie dont le but est devenu la recherche du profit maximum et dans le temps le plus court possible et ceci sans tenir compte des conséquences pour les salariés et leurs familles. A partir de là, tout s'accélère : quand on a tiré le plus possibles des économies à faire sur les matières premières, il ne reste qu'une seule variable, ce sont les salariés. Et le seul moyen de faire le maximum d'argent c'est de frapper sur la tête des salariés et de les opposer les uns aux autres en faisant croire aux salariés français qu'ils sont des privilégiés là où les Roumains ou les Bulgares par exemple acceptent de travailler pour moins.»

Il faut une réorientation de la manière dont on utilise l'industrie

Cette situation, Jacky Hénin a insisté sur ce point, n'est pas inéluctable : « Tant qu'il y aura une course à la recherche du maximum de profit pour une minorité d'actionnaires les choses ne s'arrangeront pas. Il faut une réorientation de la manière dont on utilise l'industrie. Il nous faut une industrie qui serve à développer les pays et serve à donner de l'emploi. Au-delà de l'industrie elle-même, l'industrie est créatrice non seulement de richesses mais elle est créatrice de travail de service, de travail de commerce, elle est pourvoyeuse de pouvoir d'achat et d'énergie complémentaire pour faire avancer les choses». Contrairement à la vision d'un prétendu maximalisme ou d'un prétendu réalisme social aboutissant tous deux, pratiquement, à l'acceptation de la situation actuelle c'est-à-dire de la domination de l'industrie par la logique du capital, pour conclure, Jacky Hénin a souligné la nécessité de faire valoir ce projet de réorientation et de défense de l'industrie et notamment de l'industrie automobile en menant un bataille déterminée à tous les niveaux où elle se pose depuis les collectivités territoriales jusqu'au parlement européen en passant par les mobilisations et les entreprises.

Après un débat très riche au cours duquels sont encore intervenus différents syndicalistes de l'automobile et, tour à tour, Pierre Nicolas, secrétaire de la Cgt metallurgie du technocentre Renault Guyancourt ainsi que Miguel Hernandez, élu communiste adjoint au maire d'Aulnay-sous-Bois, rendez-vous a été pris dans l'action.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Liberté 62 - Publié dans : Fête de L'Huma
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