VIVRE LA TÊTE HAUTE

Publié le par Liberté 62

Liberté 62 n°758 - Le 25 Mai 2007 – p. 19- Evénement

VIVRE LA TÊTE HAUTE
 


GUY MÔQUET, UN COMBAT COMMUNISTE



Guy Môqu
et a été arrêté le 13 octobre 1940 à la gare de l’Est. Bien avant l’invasion de l’Urss par les nazis. Guy Môquet avait été dénoncé parce que avec ses camarades de la Jeunesse com- muniste, il distribuait des tracts dans les cinémas ou manifestait contre l’Occupation et la collaboration. Son père, cheminot et député communiste, était alors déporté au bagne de Maison- Carrée en Algérie et des policiers français gardaient cet élu du Front populaire dressé contre les cent familles capitalistes qui contrôlaient la France, engagé contre le fascisme qui depuis des années menaçait l’Europe.

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LES vingt-sept assassinés à Châteaubriant ont voulu que leur mort serve à quelque chose, contre la barbarie, contre le fascisme. Ils l'ont voulu porteuse d'espoir pour les vivants, eux dont le "crime " était d'aimer leur patrie, de refuser l'esclavage et le nazisme, de vouloir un monde meilleur pour tous. Des phrases admirables d'espérance ont été écrites peu avant leur mort. Ainsi, Jean-Pierre Timbaud : “J'ai la grande confiance que vous verrez réaliser mon rêve ; ma mort aura servi à quelque chose”. Jean Poulmarch écrit à son épouse : “Ton mari tombera la tête haute, le coeur solide, confiant dans l'avenir de
bonheur qui régnera dans le monde”. "C'est pour vous, pour que vous soyez libres, que je meurs plein de
moral et de courage", dira Maurice Gardette. Et Guy Môquet, l'adolescent surprend de courage, dans une formule parmi les plus belles et les plus fortes de notre langue : “Vous qui restez, soyez dignes de nous, les vingt-sept qui allons mourir”. Cette volonté de vivre la tête haute, ils la mirent aussi en oeuvre dans l'enceinte du camp de Choisel : ils y partagèrent dignité, fraternité, solidarité, espoir. Durant leur détention, ils continuèrent de s'instruire, de se cultiver. Ainsi que l'écrivit Jean Marcenac en avant-propos à l’ouvrage de Fernand Grenier : "Ceux de Châteaubriant sont tombés dans la pire nuit, et l'aurore n'était qu'en eux. Et ce qu'il y a de plus grand chez ces hommes, c'est d'avoir su défendre, comme ils l'ont fait, leur mort contre le désespoir et le néant". Les nazis les voulaient à genoux ; comme ils voulaient à genoux la France et l'Europe. En assassinant vingt-sept otages, ils crurent faire un exemple destiné à instaurer la terreur dans tout le pays, et à donner un coup d'arrêt aux actes de résistance, aidés dans leur ignoble tâche par l'Etat français de l'époque. Le comportement magnifique des vingtsept fusillés, unis jusqu'au bout, eu l'effet inverse : il contribua à ce que s'embrase la flamme de la Résistance.

La collaboration

Face à l'énorme machine de guerre allemande, à la collaboration du gouvernement de Vichy, et alors que l'Europe était sous le joug allemand, leur confiance, leur foi en l'avenir sonneront comme un vibrant appel à ne pas subir. Le ministre de l'Intérieur de Pétain, Pucheu, ne les choisit pas au hasard : ils étaient syndicalistes, communistes, tous engagés dans le combat contre l'occupant. Ils étaient des militants de la liberté, il fallait donc qu'ils succombent. Arracher la vie de ces vingt-sept hommes ne suffisait pas. Le même jour, seize autre Français furent assassinés au champ de tir de Bèle, à Nantes, et cinq Nantais furent conduits au Mont Valérien pour y être fusillés.
Quarante-huit heures après, ce fut au tour de cinquante otages d'être lâchement exécutés à Souges, près de Bordeaux. Rapidement connus, ces massacres provoquèrent indignation, révolte. Le dimanche suivant, des fleurs furent déposées à l'emplacement de chacun des neuf poteaux d'exécution par une foule formée d'habitants de Châteaubriant et des environs. Les signes de solidarité, les marques de sympathie s'affirmèrent envers les internés du camp de Choisel. Les Castelbriantais payèrent un lourd tribut à l'envahisseur : cent d'entre eux seront déportés.
Solidarité toujours, quand, le 31 octobre 1941, une grève symbolique de cinq minutes est déclenchée sur tout le territoire français, en hommage aux martyrs, signe que les Français, les travailleurs, n'étaient pas décidés à se plier à l'ultimatum sanglant des nazis. Dans les mois qui suivirent, les nazis, toujours aidés de leurs collaborateurs vichystes parachevèrent leur oeuvre de mort. Le 15 décembre, neuf otages sont fusillés à la Blisière, et le même jour : Gabriel Péri et Lucien Sampaix tombent sous les balles allemandes. Cette fois encore, loin de faiblir, la Résistance s'amplifia.
Il y a 64 ans, ils moururent pour avoir refusé la barbarie. Ils furent de ceux qui se battirent pour le Front populaire, contre le fascisme en Espagne. Ce devoir de mémoire est indispensable pour développer la démocratie et le progrès humain, pour permettre à notre société d'avancer. Des citoyens informés, responsables, qui savent affronter leur passé sont mieux en capacité de maîtriser leur avenir, de mettre en oeuvre une citoyenneté constructive, au service de tous. Ce devoir de mémoire, nous l'avons notamment au regard des jeunes, qui eux aussi, à leur manière, combattent les dominations et veulent bâtir eux-mêmes leur vie. Devoir de mémoire également pour que les citoyens européens fassent de l'Europe une communauté de nations, vivant en paix. Devoir de mémoire enfin, quand l'atroce sauvagerie du terrorisme frappe aveuglément. Cette exigence donne d'autant plus d'importance au travail de l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé. Les vingt-sept de Châteaubriant sont morts pour que nous puissions vivre dignement.

LE PCF : "GUY MÔQUET APPARTIENT À NOTRE PEUPLE"

LE môme de Paris, chahuteur et frondeur, qui allait être fusillé avec d’autres otages communistes, avait une vision de l’avenir et une espérance de révolution qui l’avaient conduit à écrire sur les murs de la baraque de Chateaubriant : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir". Que la France honore ce jeune homme, c’est justice. Il appartient à notre peuple. Et il faut se réjouir que tous les lycéens découvrent avec émotion jusqu’à quel sacrifice a conduit le choix de la Résistance et l’attachement à des valeurs d’émancipation humaine. Cette première décision est bien choisie. Le calcul de Sarkozy n’est cependant pas d’amplifier l’écho du message de Guy Môquet. Il a entrepris dès l’orée de sa campagne électorale d’anesthésier les symboles de la gauche en les "panthéonisant". Mais comment l’image de ce jeune communiste pourrait-elle se marier avec la conception de droite de la nation, excluant les étrangers ? Cette figure lumineuse est à l’opposé de la face obscure de la planète UMP, celle où les vieilles idées de l’extrême droite sont accommodées avec ses restes. Le nouveau président de la République croit-il également pouvoir domestiquer la mémoire d’un Jaurès qui tonnait que "le communisme doit être l’idée directrice de tout le mouvement" ? ou qui ironisait à l’intention des amis du nouvel occupant de l’Elysée : "Parce que le millionnaire n’a pas récolté sans peine, il s’imagine avoir semé". On n’achète pas l’histoire comme certains hommes avec un portefeuille".


HEROÏQUES
Par Pierre Pirierros

“Héroïques”, cégétistes et communistes, Résistants de la première heure, un livre d’Antoine Porcu. Antoine Porcu, ancien député PCF de Meurthe et Moselle, présente dans ce livre la biographie et les combats des résistants cégétistes et communistes. Les photos des plaques et des militants, de ces combattants sont
présentés en illustration de la biographie. C’est un livre très documenté où sur 200 pages, Antoine Porcu retrace la vie de tous ces hommes et de toutes ces femmes. Caractéristique de toute cette Histoire contemporaine est la place des 27 députés communistes qui empruntèrent le Chemin de l’honneur. L’originalité de cet ouvrage tient à la force de l’image et de l’iconographie ; le travail de l’éditeur régional “Le Geai Bleu” apporte à la présente édition tout son caractère pédagogique et historique. “Des rues et des places de Paris, des stations de métro, des plaques commémoratives portent des noms de héros communistes. Héroïques, ils le furent à plus d'un titre. Ouvriers, employés, jeunes femmes, entrés dans la vie active dès leur enfance, les moins favorisés travaillent à l'usine, sur les chantiers, dans les champs, dès l'âge de 12 ou 13 ans. Avec eux aussi, des intellectuels de toutes disciplines, qui, avec courage et abnégation, avec leur sang, ont écrit une page glorieuse de l'histoire de France”, ces quelques lignes en dernière de couverture soulignent bien la portée d’un tel ouvrage. Aragon, Kriegel- Valrimont, Rol-Tanguy, Tillon, Politzer, Péri, Éluard, Langevin, Duclos, Croizat, Colonel Fabien, le groupe Manouchian, notamment, ces noms appartiennent à toute l’humanité. Ce livre nous aide à mieux les connaître. Eux qui vécurent si intensément.

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