MITTAL STEEL LIQUIDE L’USINE DE LOISON-SOUS-LENS

Publié le par Liberté 62

Liberté 62 n°764 - Le 6 juillet 2007 - 5 – Social

 

TRÉFILEUROPE : 90 EMPLOIS SACRIFIÉS SUR L’AUTEL DE LA CONCURRENCE

MITTAL STEEL LIQUIDE

 

L’USINE DE LOISON-SOUS-LENS

Par Pierre Pirierros

Sirènes et bannières au vent, la CGT appelait, ce 4 juillet, à la grève à Tréfileurope, à Loison- sous- lens, devant le peu d’espace laissé à une pérennité du site du Pas-de-Calais. L’horizon de la fermeture est très proche puisque la direction évoque le début de l’année 2008.

 

Entité de “Mittal steel company”, depuis 1999, cette entreprise fait partie du paysage industriel du département depuis le début des années 1930. Auparavant, LTCL (Laminoirs tréfileries câbleries de Lens), Fical, puis Tréfileurope, cette usine employait, il y a quarante ans, près de 700 personnes. C’est à cette époque que Gary Borelle y démarrait une activité professionnelle et ensuite une activité syndicale à la CGT ; secrétaire du comité d’entreprise, il participait, lundi dernier, à Paris, à une réunion du comité central d’entreprise où le livre IV du plan social (situation économique et financière) a été présenté aux syndicalistes. Une réunion de CE s’est déroulée, mercredi dernier, à Loison-sous-Lens, toujours sur le même thème et une autre est prévue pour le 16 juillet prochain. Mais, pour l’heure, la colère se lit sur tous les visages des 90 salariés de Tréfileurope qui débrayaient, donc, très massivement, quasiment à 100%. Il faut dire que les arguments de fermeture sont des coups demassue, assénés brutalement sur l’ensemble de l’effectif du site lensois. Les arguments, prétextes et airs connus, sont la concurrence de la production asiatique. Tréfileurope spécialisée dans la production de l’acier dur pour les câbles de pêche, les torons pour l’énergie et autres matériels pour les lignes électriques. La direction dit connaître des difficultés depuis 2003 en avançant la perte importante de marchés, l’enfouissement des lignes électriques remplaçant les lignes aériennes, une mauvaise conjoncture. Pour les syndicalistes de la CGT, c’est un tout autre discours qui est tenu, celui qui consiste pour Mittal steel, toujours en pareil cas, de faire des profits, toujours plus de profits en concentrant ses productions sur les autres unités du groupe, cinq au total en France, employant plus de 900 personnes. Commercy (Meuse), Bourg-en- Bresse (Ain), Sainte-Colombe (Aube) et Marnaval, près de Saint- Dizier, (Haute-Marne) constituent les autres unités de Tréfileurope ainsi que deux filiales à l’étranger, en Italie et en Belgique. Toutes ces unités fabriquent de l’acier doux avec un marché bénéficiaire pour son propriétaire, le groupe Mittal.

 

Mittal est riche

 

Gérard Lando, secrétaire CGT du CCE, délégué central à Commercy,était à Loison-sous-Lens, le 4 juillet et a tenu à souligner sa solidarité avec les futurs licenciés du site du Pas-de-Calais : “En 2003, quatre ans après le rachat par Mittal steel, il y eut déjà un dégraissage conséquent. Aujourd’hui, c’est la liquidation totale des 90 emplois et avec une pyramide des âges élevée (47 ans) le reclassement sera difficile voire impossible dans un secteur où l’industrie pert d’année en année des unités importantes. Au CCE, nous mettons en avant les revendications déterminantes pour l’avenir, comme les reclassements en interne, les mesures d’âge (pour les 57 ans) et une cellule de l’emploi digne de ce nom. Nous savons que notre avenir n’est pas garanti et la fin de l’unité de Lens n’est pas de bon augure. Mittal est sur le marché mondial, une unité de 90 personnes comme celle-ci est un tout petit repère. Alors ? Nous luttons et nous allons lutter pour un départ dans les meilleures conditions possibles.”

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Grève suivie à 100% à Tréfileurope à Loison-sous-Lens

 

Il n’y a pas eu d’investissement

 

À ses côtés, Gary Borelle, délégué central CGT et secrétaire du CE, ne dit pas autre chose : “les investissements ont été limités au minimum, c’est-à-dire, des miettes, pour les machines. Il n’y a rien de sérieux depuis vingt ans et lorsque Mittal a repris le site en 1999 il fallait à tout prix développer les matériels pour acquérir de nouveaux marchés. Aujourd’hui, on nous dit que les commandes chutent, que les clients se font rare et que la Chine produit beaucoup moins cher. Mais cela, Mittal steel company le savait fort bien en 1999. Ce n’est pas une caractéristique nouvelle, le câble est un produit à forte valeur ajoutée, mais il faut s’y intéresser de près. Regardez nos voisins de Nexans, en changeant de nom et d’orientation ils ont eu d’autres débouchés, pourtant à l’époque Alcatel voulait faire autre chose et le cuivre est aussi en difficulté. L’acier dur sur notre site n’a plus de raison d’être mais mettre en avant les transmissions d’informations uniquement par satellites à la place des transferts terrestres est un argument de gestionnaire pour liquider une usine complète. Il fallait se diversifier mais pour cela, il fallait investir. Or, l’investissement, s’il n’est pas rentable immédiatement, il ne se fait pas. C’est notre cas. C’est pour cela que nous nous sommes mis en grève pour montrer à la direction que nous n’allons pas nous laisser gruger et nous exigeons des solutions pour les 90 salariés, toutes catégories sociales confondues.” Rassemblés autour de braseros et face à un “pendu au nom de Tréfileurope”, les salariés ont critiqué, en ce 4 juillet, les méthodes de la directon qui connaissait, pourtant,la situation économique de l’entreprise depuis longtemps et qui la ferme totalement aujourd’hui. Mittal avec les entités Arcelor Mittal est très présent dans la sidérurgie, notamment, à Dunkerque mais les séparations des branches font que les reclassements d’un secteur à un autre ne sont pas automatiques et les craintes exprimées par les salariés sont tout à fait légitimes. L’intérêt économique de Mittal ne passe pas par la case “reclassement des effectifs du site de Loisonsous- Lens.” Le 16 juillet prochain, lors d’une nouvelle réunion de CCE, les syndicalistes vont, de nouveau, demander des élements concrets sur les mesures envisagées pour le personnel concerné par cette fermeture. La direction locale, elle, dit connaître des difficultés de commandes depuis sept ans, il n’y a pour elle ni délocalisationn ni restructuration, c’est la fermeture pure et simple. Mittal steel se porte bien, pour ne pas dire très bien, sur les bourses mondiales. Ce groupe est coté à la Bourse de New York et à la Bourse de Paris .Il est présent industriellement dans 18 pays (France, Chine, Inde, Indonésie, États-Unis, Mexique, Canada, Allemagne, Pologne, Russie, Algérie). Entre 1980 et 1990, le groupe a participé directement à des acquisitons importantes dans l’acier... Mais paradoxe total, il n’a pas trouvé un centime pour investir dans l’unité Tréfileurope du Pas-de-Calais, ni pour le matériel, ni dans des embauches pour “rajeunir” l’effectif.

Pour la CGT, la liquidation se fait uniquement sur l’autel du profit, prétextant une concurrence extérieure et des commandes en baisse constante.



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