LE VOTE DES RETRAITÉS
Liberté 62 n°767 - Le 27 Juillet 2007-3- Événement
ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES ET LÉGISLATIVES
LE VOTE DES RETRAITÉS
Par Bernard Lamirand, section de Montataire du Parti communiste français
Les résultats des élections présidentielle et législatives laissent apparaître dans les sondages, à la sortie des urnes, que les retraités auraient voté majoritairement à droite. Ces sondages révèlent une situation particulière des retraités. L’adage disant que plus on vieillit plus on se réfère au conservatisme semblerait donc se vérifier lors des échéances électorales, puisque le pourcentage de votants à droite grimpe en fonction des tranches d’âges plus élevés. On constate également que les plus âgés se sont déplacés ou ont voté par procuration massivement lors de la présidentielle.
Est-ce à dire que les retraités, majoritairement, choisissent les politiciens de droite parce qu’ils leur promettent la tranquillité et l’ordre autoritaire ? Est-ce à dire que quand on rentre dans le grand âge on ne perçoit plus le besoin de participer aux évolutions de la vie sociétale avec les autres catégories de la population ? Est-ce à dire que le retraité s’enfermerait et s’isolerait de toute perspective d’avenir et que son seul souci serait d’assurer sa fin de vie dans un détachement total des réalités.
À mon avis, ce serait caricatural et ignorant de ce que sont les retraités aujourd’hui. Certes, on peut se poser des questions, pourquoi ces retraités salariés car il s’agit d’eux, victimes de remises en cause sérieuses de leur pouvoir d’achat, de leur protection sociale amputée depuis plusieurs décennies, inquiets concernant leur devenir avec le coût des maisons de retraite ou des soins à domicile, se rangeraient aujourd’hui vers un retour à l’ordre autoritaire : celui de la droite qu’ils ont combattu durant toute leur vie professionnelle et qui leur a fait tant de mal ; rappelons les 15 000 morts de la canicule.Il est vrai que les réformes successives remettant en cause les conquêtes de 1945, les conversions de certains responsables de gauche, devenus aujourd’hui membres d’un gouvernement d’une droite ultralibérale, ont de quoi les interroger et brouiller leurs repères. Mais, puisqu’il faut essayer de voir plus clair dans ces votes, essayons de voir cette réalité retraitée. N’y a-t-il pas globalisation de cette catégorie ? Qui fait partie de cette catégorie ? Nous y retrouvons des salariés ouvriers, employés, cadres ; toutes les professions libérales, des agriculteurs, des commerçants et d’anciens industriels qui ne sont pas des salariés. Y sont entremêlées donc toutes les classes de la société, qu’elle soit d’essence de gauche comme de droite. Ce vote retraité globalisé n’est pas un vote salarié retraité, il faut le dire pour la clarté de l’analyse. Même si on peut considérer que le retraité salarié n’est pas imperméable comme les actifs au matraquage idéologique de la droite. Cela ramène à plus détailler ce vote des retraités. Il me semble important de faire la séparation entre salariés retraités et non salariés retraités. Les sondages à la sortie des urnes n’ont pas fait, à ma connaissance, ce travail. Il serait à faire. Il n’est donc pas juste de considérer que les retraités salariés ont voté majoritairement à droite, comme le laissent supposer ceux qui ont tendance à globaliser cette catégorie.
Une autre donnée doit aussi nous amener à relativiser ce vote retraité à droite : l’espérance de vie. En effet, l’espérance de vie des ouvriers est inférieure à celles d’autres catégories, qu’ils soient salariés ou de professions libérales. Il y a donc un effet “effacement” d’une catégorie de retraités dont il était acquis précédemment un vote à gauche en activité. Il y a donc atténuation considérable du vote ouvrier retraité dès que l’on atteint des âges élevés. En disant cela, je ne nie pas l’importance d’un vote retraité salarié plus à droite, surtout de certaines de ces catégories qui ont une espérance de vie pluslongue, et qui modifient pour des raisons d’isolement leur vote. Par exemple, cet isolement peut les rapprocher des idéologies autoritaires dominantes de droite déversées chaque jour dans les médias télévisuels et audiovisuels.Cette argumentation sera à vérifier encore plus dans les années à venir, car les retraités vont devenir plus nombreux encore : plus de 30 % dans les années 2030-2040.
De même, s’il y avait une inclinaison vers un vote plus à droite des retraités salariés, faut-il en rester là ? De quelle manière nous adressons-nous à eux ? Comment ce désir de sécurité pour leurs vieux jours nous l’avons pris en compte dans nos propositions, et avons-nous le courage d’engager le débat avec eux ? Comment aussi nous avons répondu aux attaques insidieuses du patronat et de la droite considérant que les retraités coûtaient très chers au budget de la nation et de la Sécurité sociale. Comment avons-nous répondu à ces attaques qui cherchent à les opposer à la jeunesse ? N’avons-nous pas manqué des rendez-vous avec eux sur ces besoins d’expliquer les solidarités entre actifs et retraités et de cette chaîne de solidarité. Ils en sont des acteurs et non des profiteurs, reprenons ce que disait Croizat, créateur de la Sécurité sociale : “La Sécurité sociale, c’est la solidarité intergénérationnelle.” Le fait qu’on les accuse de mettre en déficit les caisses par les coûts occasionnés en matière de retraites et de dépense de santé ne les amène-t-il pas àse culpabiliser par rapport aux enfants et petits-enfants, et en fin de compte à considérer qu'ils sont responsables et coupables de cet état de fait et à céder ainsi aux sirènes du sacrifice de leurs droits. Ne passons-nous pas rapidementsur la responsabilité patronale et des gouvernements successifs de droite et de gauche quiont façonné ces discours culpabilisateurs de nantis et de privilégiés. Les propositions de la droite, depuis les décrets de Balladur en 1993, opposent les catégories entre elles et les retraités privilégiés par rapport aux actifs.
Il y a vraiment besoin de refaire de la politique avec les retraités et de considérer ce champ d’action comme une des priorités,avec la jeunesse, de notre travail communiste.