MÉTALLO-SOIGNANT

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°770 - Le 17 août 2007 - 5 -Social

 

MÉTALLO-SOIGNANT

 

Après la fermeture historique du site de Noyelles-Godault en janvier 2003, les 830 salariés de Metaleurop ont du faire face au chômage. Parmi eux, Patrick Lombard a vécu une reconversion réussie dans le milieu hospitalier. Naturel confiant, tempérament optimiste et dynamique, phrases ponctuées d'un petit rire clair et joyeux, s'il avait un mot d'ordre ce pourrait être : «je ne me fait pas de bile,» ainsi qu'il se plaît à le répéter. Il nous raconte l'histoire d'un métallo devenu aide-soignant au centre hospitalier de Lens, à qui il arrive de rencontrer des malades anciennement employés à l'usine de métallurgie.

Par Sébastien Boncourt

PAR quel chemin passe-t-on pour aller de la manipulation des mélanges chimiques et des «ponts» déplaçant les tonnes de métal à l'accueil des personnes accidentées et malades ? C'est peut-être parce que Patrick Lombard est «toujours partant,» comme il se définit lui-même. Partant pour accepter l'offre faite en 1991 pour devenir sapeur-pompier à l'intérieur de l'usine qui vient de l'embaucher. Le contrat de travail n'a pas été facile à obtenir : 10 ans plus tôt, le jeune diplômé en chaudronnerie fait son entrée à Metaleurop dans le secteur zinc de l'atelier des mélanges en tant qu'intérimaire. Il fabriquera ses «lingots» de métal doté de ce «statut» pendant plus de 8 ans, avant d'obtenir un poste «aux 3-8.» A 28 ans, le voilà responsable d'une ligne de cuivre : « le pont arrivait chez nous et on y injectait du souffre pour que le cuivre remonte à la surface, il restait ensuite à l'écumer.» Les conditions de sécurité étaient-elles remplies ? «Pas trop, mais à la fin on a eu des casques à air soufflé et les interdictions de fumer dans les ateliers. Il fallait surtout éviter les gouttes de plomb qui dégoulinaient des ponts.»

Dans un tel contexte, les accidents sont nombreux et Patrick Lombard, le métallo-pompier, est régulièrement appelé pour porter secours aux collègues victimes essentiellement de brûlures sous l'action du métal fondu et du gaz. Mais si Patrick Lombard s'est reconverti, c'est d'abord par nécessité. Les actionnaires annoncent, début 2002, qu'ils réinjectent du capital dans l'usine mais que ce sera le plan de la dernière chance. Les métallos assistent à la fuite des ingénieurs et comprennent vite que les choses tournent mal. Bientôt, chacun entreprend d'envisager l'après-Metaleurop. Son expérience de pompier incite le métallo à se renseigner sur le métier d'aide-soignant, sans attendre la cellule de reclassement mise en place par l'Etat. On imagine que le tempérament optimiste de Patrick Lombard a dû être son meilleur atout dans la tempête qui a suivi la fermeture du site de Noyelles-Godaut. Il participe aux manifestations qui accompagnent la catastrophe et se souvient des boucliers et des matraques des CRS rapportés, tels des trophées, après les échauffourées de Lens. Toujours optimiste.

C'est aussi dans cet état d'esprit qu'il réussi son concours pour entrer à l'IFSI (institut de formation aux soins infirmiers) à Lens et son année de formation, malgré quelques obstacles qui se présentent à un homme de 40 ans : il prend rapidement conscience qu'il a besoin de lunettes et éprouve quelques difficultés à suivre les prises de notes. L'intégration dans le groupe d'étudiants fût-elle aisée ? «Très réussie, répond-il, d'autant que nous étions 7 Metaleurop et que les autres avaient entendu parlé de nous, leur accueil et celui des professeurs a été très chaleureux. » Patrick Lombard témoigne d'une bonne image des anciens de Metaleurop auprès de ceux qu'il rencontre au cours de sa reconversion. Depuis qu'il a été embauché au centre hospitalier de Lens, en février 2005, il lui arrive de croiser d'anciens collègues qui sont parfois là pour des raisons de santé liées à leur ancienneactivité professionnelle. Le chaudronnier- pompier se serait-il finalement débrouillé pour soigner les mêmes gens ? On se plaît à le croire.

 

L'HÔPITAL DE LENS  FERME UNE ÉQUIPE  DE NUIT DU SMUR  SUR DEUX

 

Mardi 7 août, le centre hospitalier de Lens a annoncé que, sur les deux équipes équipes mobiles de nuit en activité jusque là, une seule sera maintenue. La CGT craint que les mesures d'économie en soient à l'origine. Selon la direction, les difficultés de recrutement et les faibles besoins d'intervention sont les véritables causes de cette décision.

DANS son communiqué, elle déclare que l'hôpital «n'a jamais réussi à médicaliser la deuxième équipe de SMUR». Ces équipes sont composées d'un conducteur, d'un infirmier et d'un médecin senior, c'est-à-dire possédant une expérience conséquente dans le domaine des urgences. C'est précisément ce médecin qui fait défaut, tout comme de nombreux spécialistes manquent dans les équipes médicales de l'ensemble du Nord-Pas de Calais. Si la région en forme un contingent suffisant, ceux-ci sont souvent attirés par les salaires plus élevés du secteur privé. La direction de l'hôpital ajoute que l'activité de nuit reste faible (3 interventions en moyenne).

Puisqu'il ne s'agit que d'une «moyenne,» cette dernière précision invite à se demander ce qui se passe quand il y a 10 interventions à réaliser la même nuit. De même, comment traiter une seconde intervention quand l'unique équipe de nuit est déjà sur le terrain ? La direction répond par la «mutualisation des équipes médicales» et appelle à l'organisation d'une «réunion entre les hôpitaux publics du bassin de l'Artois, les équipes d'urgence et le SAMU.» En clair, si un deuxième accident se produit quand l'équipe est déjà sollicitée, on fait appel à Béthune ou Arras. En espérant que la victime, par exemple, d'un accident thoracique sache attendre patiemment l'arrivée des sauveteurs béthunois en se félicitant de participer à la rentabilité de l'Hôpital public.

Pour la CGT, il s'agit bien de ça. En 2002, l'Etat lance son plan «Hôpital 2007» qui fixe des objectifs de retour à l'équilibre pour les établissements et se débarrasse du principe de péréquation qui permettait progressivement aux hôpitaux de rattraper leur retard en matière de soins, comme c'est largement le cas dans la région. «Des mesures d'économie qui mettent en péril la santé publique,» selon le syndicat.

 

 

FRANCHISE HYPOCRITE

 

La nouvelle «franchise» sur les soins entrera en vigueur en janvier 2008 et touchera aussi les plus pauvres.

 

CETTE mesure consiste à augmenter de 50 centimes le prix des boîtes de médicaments et de 2 euros celui du «paramédical », notamment les transports en ambulance, à hauteur de 50 euros par an et par personne. Les familles nombreuses apprécieront cette délicatesse. Martin Hirsch, l'un des hommes de l'«ouverture» de Nicolas Sarkozy, avait réclamé que les plus démunis soient exonérés de cette franchise. Mais le Président Sarkozy n'a répondu à cet appel que par un acte de charité en épargnant les moins de 16 ans, les titulaires de la couverture maladie universelle et les femmes enceintes. Restent 4 millions d'indigents qui se feront un plaisir de financer la lutte contre la maladie d'Alzheimer, une cause que personne ne songerait discuter et qui permet d'éviter une éventuelle baisse de la franchise.

Le procédé est astucieux puisque la franchise était, à l'origine du projet, destinée à remplir les caisses de la Sécurité Sociale et, ainsi que le déclarait Nicolas Sarkozy le 2 avril dernier : «Si l'assurance-maladie est équilibrée, on baisse la franchise.» Perspective désormais envolée. Certains esprits perfides pourraient faire remarquer que le 11ème alinéa du préambule de la constitution de1946 indique qu'il sera «garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence». La hausse du prix des médicaments et des actes paramédicaux entravent ce principe qui a été rappelé dans la loi de 2004 relative à l'assurance maladie : «le montant de la majoration de la participation de l'assuré devra être fixé à un niveau tel que ne soient pas remises en cause les exigences du11ème alinéa du Préambule de la Constitution de 1946.» Celle nouvelle taxe est non seulement injuste, elle est aussi anti constitutionnelle.

 

Une pétition contre la franchise sur les soins est disponible sur internet à l'adresse «appelcontrelafranchise.org» et des manifestations seront organisées dans les principales villes françaises par le Collectif contre les franchises médicales, le 29 septembre prochain. Ce collectif affirme que «l’instauration de franchises, la généralisation des dépassements d’honoraires par la création d’un secteur optionnel aboutiraient à l’abandon progressif d’un système d’assurance maladie solidaire dans lequel chacun cotise selon son revenu et est soigné selon son état de santé.»

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À renvoyer à la Fédération du Pas-de-Calais du PCF

66 rue de la gare - 62300 Lens

 

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