S’OPPOSER AUX ORIENTATIONS GOUVERNEMENTALES ET IMPOSER D’AUTRES CHOIX
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Liberté 62 n°773 - Le 7 Septembre 2007 - 12 – Social
LA RENTRÉE DANS L’ÉDUCATION NATIONALE
S’OPPOSER AUX ORIENTATIONS GOUVERNEMENTALES
ET IMPOSER D’AUTRES CHOIX
Jamais une rentrée scolaire n’a été aussi mauvaise et jamais les personnels de l’Éducation nationale n’ont été aussi inquiets pour leur avenir et l’avenir du service public.
LES mesures déjà prises par le ministère de l’Éducation nationale et surtout celles qui sont annoncées et les déclarations du président de la République, du Premier ministre et du ministre de l’Éducation nationale laissent présager de sombres perspectives pour le service public d’éducation si les luttes ne parviennent pas à renverser la vapeur.
Les mesures déjà prises
L’annonce de l’abrogation des décrets de Robien, qui avaient provoqué grèves et manifestations de milliers d’enseignants, avait été accueillie avec satisfaction. Mais, les milliers de postes supprimés, grâce à la récupération des décharges statutaires dans le service des enseignants, n’ont pas été rétablis, mais transformés en heures supplémentaires, au prétexte fallacieux qu’en travaillant plus, les enseignants gagneraient plus, sans songer à l’alourdissement de leurs conditions de travail (le volontariat est symbolique, puisque les textes imposent qu’un professeur ne peut refuser deux heures supplémentaires). Les options supprimés, l’augmentation des effectifs des classes apparaissent dès cette rentrée.Et «l’assouplissement» de la carte scolaire entraîne le fait que certains élèves ne sont plus scolarisés dans leur secteur de proximité. Certains chefs d’établissement vont jusqu’à refuser l’accueil des redoublants en lycée.
«On peut prévoir, contrairement aux grandes envolées lyriques de Nicolas Sarkozy sur la culture à l’école, au contraire un appauvrissement, une baisse de la qualité de l’enseignement notamment en collège. En lycée, les enseignements technologiques déjà bien fragilisés par les suppressions de postes en 2007, sont grandement menacés.»
Les mesures annoncées
Le gouvernement s’est montré charitable : au lieu de supprimer un poste pour 2 départs à la retraite, il ne supprime qu’un poste pour 3 départs. Mais il promet qu’il se rattrapera à la rentée 2009. Cette orientation laisse augurer une diminution des horaires/ élèves, la suppression de certaines disciplines pour ne dispenser qu’un SMIC culturel sous le titre de «socle commun». On peut prévoir donc contrairement aux grandes envolées lyriques de Nicolas Sarkozy sur la culture à l’école, au contraire un appauvrissement, une baisse de la qualité de l’enseignement notamment en collège. En lycée, les enseignements technologiques déjà bien fragilisés par les suppressions de postes en 2007, sont grandement menacés.
Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos ont annoncé une «revalorisation» du métier d’enseignant avec la création d’un Conseil de l’Éducation chargé de réfléchir sur la question. La nomination de M. Rocard, l’ancien Premier ministre socialiste suscite bien des inquiétudes. Premier ministre, M. Rocard fondait de grands espoirs sur les futurs enseignants, mais n’avait que mépris pour le «stock» (NDLR : jolie expression inventée par M. Rocard) des enseignants déjà en poste. Une redéfinition du métier d’enseignant est ainsi annoncée parallèlement à l’appauvrissement de l’enseignement. Les autres personnels ne sont pas plus gâtés : l’administration des collèges et lycées est sous dotée, mais des suppressions de postes sont encore prévues. On fait beaucoup de bruit sur la violence à l’école, mais les M.I.S.E. Sont appelés à disparaître des établissements remplacés par des personnels précaires.
Les conseillers d’orientation psychologues seraient transférés aux collectivités territoriales et deviendraient des conseillers d’orientation professionnelle au service du patronat ; l’orientation scolaire et universitaire serait ainsi torpillée.
La riposte aux orientations gouvernementales
Après tant de luttes menées, les personnels sont assommés par toutes ces annonces, et sont d’abord préoccupés par les problèmes de rentrée. Mais la riposte s’organise. Au plan national, toutes les organisations syndicales de l’Éducation se sont rencontrées : les parents d’élèves de la FCPE, les lycéens (UNL et FIDL) ainsi que des mouvements pédagogiques auraient une campagne d’opinion et prévoient une initiative d’ampleur nationale.
LES SUPPRESSIONS DE POSTES
• Dans l’Académie de Lille, environ 1.000 postes ont été supprimés dans les collèges et lycées 500 postes d’enseignants au titre de la baisse démographique, 200 postes transformés en heures supplémentaires, suppression de moyens provisoires (supports pour des contractuels) auxquels s’ajoutent la suppression de postes administratifs et de M.I.S.E.
• Au plan national, le budget pour 2008 prévoit :
- 1.000 postes créés en école primaire (augmentation démographique).
- 8.830 postes supprimés dans les collèges et lycées dont 2.070 postes de M.I.S.E., (3.500 postes d’enseignants transformés en heures supplémentaires.
- 1.500 postes dus à la baisse démographique et 1.700 postes de professeurs en surnombre dans certaines disciplines).
- 400 postes administratifs supprimés dans les collèges et lycées et 1.000 postes dans les rectorats et inspections académiques.
Au plan académique, les organisations syndicales organisent dès le 12 septembre, un rasemblement suivi d'une manifestation,
mercredi 12 septembre à 15h30 place aux Bleuets à Lille.
L
DÉCLARATION DES SYNDICATS DE L’ÉDUCATION : DE LA FSU, LA CGT, LA CFDT, L’UNSA, LA FAEL, LA CNT ET SUD, AINSI QUE PAR LES LYCÉENS DE L’UNL :
«POUR UNE POLITIQUE SCOLAIRE
QUI ASSURE LA RÉUSSITE DE TOUS»
LE président de la République dans ses grands axes de sa politique éducative, à la fois libérale et autoritaire, affiche à présent sa volonté de la mettre en oeuvre sans attendre. Qu’il s’agisse de remise en cause du droit de grève dans les services publics, d’autonomie et de concurrence dans l’enseignement supérieur et l’ensemble de l’éducation ou de la suppression de la carte scolaire, cette politique est marquée par une logique de fluidification de l’emploi, d’affaiblissement de l’État et de renforcement des inégalités. L’intersyndicale éducation dénonce le recours systématique aux emplois précaires pour répondreaux besoins ; elle réaffirme son exigence de recruter des personnels statutaires formés et qualifiés pour assurer les missions de service public. La prise en compte des difficultés sociales de l’académie doit se traduire par une réelle volonté de mettre les moyens partout où ils font défaut. Cela passe par la création de postes :
• d’enseignants,
• d’administratifs,
• d’assistants sociaux,
• de médecins et d’infirmières,
• de personnels TOS.
L’abrogation de la totalité du décret De Robien a été annoncée, mais il reste à obtenir le rétablissement des emplois supprimés, au lieu des heures supplémentaires débloquées. Ainsi, dans l’Académie de Lille, l’intersyndicale dénonce l’attitude du rectorat de Lille qui refuse de restituer les postes supprimés (215 en 2006- 2007) en ne prévoyant qu’un quota d’heures supplémentaires complété par quelques moyens provisoires. Le passage en force se confirme dans la réforme des universités sans qu’aucun collectif budgétaire ne soit annoncé pour la rentrée. Le calendrier imposé ne permet ni un débat sur les contenus et les priorités d’une réforme de l’univer ni une véritable négociation avec la communauté universitaire et les organisations syndicales. Cette loi ouvre la porte au désengagement de l’État, à la remise en cause des missions des organisme nationaux de recherche publique et à l’instaurationde formes de sélection tout au long du cursus universitaire. Loin de représenter une amélioration de la démocratie, la prétendue «autonomie» renforcée risque de remettre en cause le statut des personnels et de démanteler le service public d’enseignementsupérieur et de recherche. Des universités à deux vitesses se profilent. Contrairement aux effets d’annonce, la suppression programmée de la carte scolaire, avec un assouplissement dès la rentrée prochaine malgré l’opposition de la quasi totalité de la communauté éducative ne conduira qu’à un tri renforcé des élèves sur la base de leur «mérite scolaire» au lieu du «libre choix des familles» que l’on fait miroiter. Ce n’est pas la mixité sociale qui est visée, mais bien l’élargissement social des élites. La loi du 11 février 2005, qui fixe les conditions de l’intégration des enfants en situation de handicap à l’école de la République, continue d’être mise en oeuvre à marche forcée, obligeant les enseignants à s’accommoder des insuffisances de l’administration. Dans de nombreux établissements, dans de nombreuses écoles de l’Académie, l’intégration se fait sans les moyens nécessaires, créant des situations de complète incohérence par rapport aux attentes légitimes des familles. Des recrutements insuffisants d’AVS (2.500 qui ne sont ni nommés ni affectés n’ayant bénéficié d’aucune formation), une charge de travail intolérable pour les enseignants référants recrutés en nombre insuffisant, une lourdeur préjudiciable dans le traitement des dossiers ont contraint les équipes pédagogiques à assumer le plus gros des tâches supplémentaires. La volonté déguisée de casser le droit de grève, pourtant inscrit dans la constitution, en instaurant un service minimum dans l’Éducation, montre toute la détermination du gouvernement à réduire à néant la contestation sociale, y compris dans l’Éducation qui a su montrer sa capacité à se mobiliser lors des conflits de ces dernières années. Sous prétexte de répondre aux attentes des Français, après les agents de la SNCF, le président de la République veut s’attaquer à un autre bastion capable de le gêner dans sa politique de mise à mal de la fonction publique. C’est bien à une attaque délibérée du droit de grève que correspondent les pseudo arguments qui n’ont qu’un seul but : créer des divisions dans la population pour masquer les projets réels du gouvernement libéral et autoritaire nommé par Nicolas Sarkozy.
Face à toutes ces attaques contre le service public d’éducation, l’intersyndicale éducation de l’académie de Lille réitère sa volonté de travailler dans l’unité pour contrer les orientations gouvernementales. Pour cela elle réaffirme ses exigences :
• Pour une politique scolaire qui assure la réussite de tous grâce au recrutement des personnels nécessaires dans tous les secteurs. Cela passe par un collectif budgétaire susceptible de recréer les postes retirés à l’académie sans aucune prise en compte des difficultés sociales de la population du Nord – Pas-de-Calais.
• Pour que soit combattue, à l’école comme à l’université, toute logique de concurrence. Cela implique une conception ambitieuse et une revalorisation de l’ensemble des métiers ; une programmation, des créations et des recrutements dans tous les métiers, avec rattrapage des retards accumulés, une amélioration de la formation et une prise en compte des tâches nouvelles et du nécessaire travail en équipe dans le temps de travail.
• Pour la défense et l’amélioration de services publics qui répondent, mieux encore, à l’attente des Français. Cela passe par le rejet de la politique de suppressions d’emplois et par une programmation négociée des évolutions d’effectifs et des recrutements.
• Pour l’amélioration de la démocratie sociale et le respect des droits syndicaux.
• Pour des négociations salariales immédiates : à un moment où le minimum fonction publique passe de nouveau en dessous du SMIC, il est indispensable de maintenir le pouvoir d’achat de la valeur du point d’indice en 2007, d’amorcer un rattrapage des pertes subies d’augmenter sensiblement le minimum fonction publique et de lancer une des emplois.
• Pour une vraie politique de prévention reposant sur l’éducation et le travail social respectueux des élèves et des familles, en donnant les moyens nécessaires de l’intersyndicale refusent le traitement actuel de la difficulté sociale et éducative, qui vise à la culpabilisation et à la répression des familles à travers la délation et le fichage organisés. L’intersyndicale éducation de l’académie de Lille, d’ores et déjà, appelle toute la profession à se mobiliser pour créer le mouvement de contestation sociale contre la politique libérale du gouvernement en matière d’éducation.
Elle appelle