TRÉFILEUROPE-LIQUIDATION TOTALE ET 90 LICENCIEMENTS

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°778 - Le 12 Octobre 2007 - 5 - Social

 

LE “MECCANO” D’ARCELOR-MITTAL

FAVORISÉ PAR LA FLAMBÉE DES COURS DES MÉTAUX-TRÉFILEUROPE (LOISON-SOUS-LENS)

 

LIQUIDATION TOTALE ET 90 LICENCIEMENTS

 

Par Pierre Pirierros

 

À Tréfileurope, à Loison-sous-lens, devant le peu d’espace laissé à une pérennité du site du Pas-de- Calais, L’horizon de la fermeture est très proche puisque la direction évoque le début de l’année 2008 (fin mars). Entité de “Mittal steel company”, depuis 1999, cette entreprise fait partie du paysage industriel du département depuis le début des années 1930. L’effectif actuel est de 90 salariés. Auparavant, LTCL (Laminoirs tréfileries câbleries de Lens), Fical, puis Tréfileurope, cette usine employait, il y a quarante ans, près de 700 personnes. Le personnel unanime, à travers ses représentants au comité d’entreprise, exige la plus grande clarté quant au volet social du “plan de sauvegarde de l’emploi”. Acier, nickel, cuivre, or, aluminium: les cours s'envolent, poussant les géants miniers mondiaux dans une frénésie de fusions, où s'imposent désormais les groupes des pays émergents, (Chine, lnde, Russie, Brésil). Les transactions se comptent par dizaines depuis la fin 2006. Ce “meccano” s'explique par la flambée des cours des métaux. C’est un nouvel âge d’or des métaux et Mittal en profite !

Gary Borelle, Secrétaire CGT du comité d’entreprise, est clair, “il n’y aurait pas eu liquidation, si l’argent pour la rénovation de l’entreprise était arrivé à temps. Mais cela Mittal n’en voulait pas”. Désormais, c’est sur toute l’Europe, voire bien au-delà, que ce mastodonte de l’acier déploie et réorganise ses activités. Début octobre, les premières réunions sur le volet social des licenciements ont débuté. Pour l’heure, la colère des salariés est perceptible à Lens et dans les environs. Il faut dire que les arguments de fermeture sont des coups de massue, assénés brutalement sur l’ensemble de l’effectif du site lensois. Les arguments, prétextes et airs connus, sont la concurrence de la production asiatique.

Tréfileurope spécialisée dans la production de l’acier dur pour les câbles de pêche, les torons pour l’énergie et autres matériels pour les lignes électriques. La direction dit connaître des difficultés depuis 2003 en avançant la perte importante de marchés, l’enfouissement des lignes électriques remplaçant les lignes aériennes, une mauvaise conjoncture. Pour les syndicalistes de la CGT, c’est un tout autre discours qui est tenu, celui qui consiste pour Mittal steel, toujours en pareil cas, de faire des profits, toujours plus de profits en concentrant ses productions sur les autres unités du groupe, cinq au total en France, employant plus de 900 personnes. Commercy (Meuse), Bourg-en-Bresse (Ain), Sainte-Colombe (Aube) et Marnaval, près de Saint-Dizier, (Haute-Marne) constituent les autres unités de Tréfileurope ainsi que deux filiales à l’étranger, en Italie et en Belgique. Toutes ces unités fabriquent de l’acier doux avec un marché bénéficiaire pour son propriétaire, le groupe Mittal. Mittal est riche, très riche. Parallèlement à tout cela et à la liquidation de l’unité du Pas-de-Calais, Arcelor Mittal réorganise son activité aciers plats en Europe en centralisant totalement les fonctions financières et commerciales ; plan appelé “Bridge”, désastreux pour les emplois. Le projet concerne les produits plats en Europe. Mittal crée la création d'une société basée au Luxembourg, "Luxco", qui centraliserait toutes les fonctions, des commandes à la fiscalité et fixerait à l'avance à chaque usine un prix à la tonne d'acier rachetée. L’ambiance sociale à l’usine de Loison-sous-Lens est tendue. Le combat est engagé pour des reclassements correspondant aux expériences de chacun des salariés.

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Dégraissages


Gérard Lando, secrétaire CGT du CCE, délégué central à Commercy, tient à souligner sa solidarité avec les futurs licenciés du site du Pasde- Calais : “En 2003, quatre ans après le rachat par Mittal steel, il y eut déjà un dégraissage conséquent. Aujourd’hui, c’est la liquidation totale des 90 emplois et avec une pyramide des âges élevée (47 ans) le reclassement sera difficile voire impossible dans un secteur où l’industrie pert d’année en année des unités importantes. Au CCE, nous mettons en avant les revendications déterminantes pour l’avenir, comme les reclassements en interne, les mesures d’âge (pour les 57 ans) et une cellule de l’emploi digne de ce nom. Nous savons que notre avenir n’est pas garanti et la fin de l’unité de Lens n’est pas de bon augure. Mittal est sur le marché mondial, une unité de 90 personnes comme celle-ci est un tout petit repère. Alors ? Nous luttons et nous allons lutter pour un départ dans les meilleures conditions possibles.” Gary Borelle, délégué central CGT et secrétaire du CE, ne dit pas autre chose : “les investissements ont été limités au minimum, c’est-à-dire, des miettes, pour les machines. Il n’y a rien de sérieux depuis vingt ans et lorsque Mittal a repris le site en 1999 il fallait à tout prix développer les matériels pour acquérir de nouveaux marchés. Aujourd’hui, on nous dit que les commandes chutent, que les clients se font rare et que la Chine produit beaucoup moins cher. Mais cela, Mittal steel company le savait fort bien en 1999. Ce n’est pas une caractéristique nouvelle, le câble est un produit à forte valeur ajoutée, mais il faut s’y intéresser de près. Regardez nos voisins de Nexans, en changeant de nom et d’orientation ils ont eu d’autres débouchés, pourtant à l’époque Alcatel voulait faire autre chose et le cuivre est aussi en difficulté. L’acier dur sur notre site n’a plus de raison d’être mais mettre en avant les transmissions d’informations uniquement par satellites à la place des transferts terrestres est un argument de gestionnaire pour liquider une usine complète. Il fallait se diversifier mais pour cela, il fallait investir. Or, l’investissement, s’il n’est pas rentable immédiatement, il ne se fait pas. C’est notre cas. C’est pour cela que nous nous sommes mis en grève pour montrer à la direction que nous n’allons pas nous laisser gruger et nous exigeons des solutions pour les 90 salariés, toutes catégories sociales confondues.”

La direction connaissait, pourtant, la situation économique de l’entreprise depuis longtemps et qui la ferme totalement aujourd’hui. Mittal avec les entités Arcelor Mittal est très présent dans la sidérurgie, notamment, à Dunkerque mais les séparations des branches font que les reclassements d’un secteur à un autre ne sont pas automatiques et les craintes exprimées par les salariés sont tout à fait légitimes. L’intérêt économique de Mittal ne passe pas par la case “reclassement des effectifs du site de Loison-sous-Lens.” Les syndicalistes vont, de nouveau, demander des élements concrets sur les mesures envisagées pour le personnel concerné par cette fermeture. La direction locale, elle, dit connaître des difficultés de commandes depuis sept ans. Mittal steel se porte bien, pour ne pas dire très bien, sur les bourses mondiales. Ce groupe est coté à la Bourse de New York et à la Bourse de Paris . Il est présent industriellement dans 18 pays (France, Chine, Inde, Indonésie, États-Unis, Mexique, Canada, Allemagne, Pologne, Russie, Algérie). Entre 1980 et 1990, le groupe a participé directement à des acquisitons importantes dans l’acier... Mais paradoxe total, il n’a pas trouvé un centime pour investir dans l’unité Tréfileurope du Pas-de-Calais, ni pour le matériel, ni dans des embauches pour “rajeunir” l’effectif. Pour la CGT, la liquidation se fait uniquement sur l’autel du profit, prétextant une concurrence extérieure et des commandes en baisse constante.

 

 

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