LA TRANSPARENCE TOTALE POUR LE FUTUR CHANTIER
Liberté 62 n°784 - Le 23 Novembre 2007 - 11 -Social
LE LOUVRE LENS :
LA CGT CONSTRUCTION DU PAS-DE-CALAIS EXIGE
LA TRANSPARENCE TOTALE POUR LE FUTUR CHANTIER
Par Pierre Pirieros
Le Louvre Lens : un gros chantier s’annonce dans les mois à venir et la CGT Construction tient à souligner toute sa vigilance quant aux entreprises du bâtiment (petites ou grandes) qui vont y travailler. Cette vigilance sera maintenue tout au long du chantier. Au-delà de toute vélléité d’en faire une structure d’importance nationale - mais sans aucune subvention d’État, contrairement au “Centre” Pompidou à Metz - le Conseil régional place sa construction dans un enjeu culturel mais il faut bien rappeler, ici, que le Nord/Pas-de- Calais ne manque pas de musées sur tout son territoire. Cela dit, la CGT Construction ne s’en laisse pas conter sur ses revendications fondamentales, que ce soit pour les appels d’offres, les contrats, les embauches, les conditions de travail, les temps de travail, la sécurité, l’hygiène.
Christophe Van Lierde, secrétaire de la CGT Construction du Pas-de-Calais, a choisi, précisément, le site du futur chantier pour y rencontrer les médias, le 20 novembre dernier, jour de la mobilisation dans la fonction publique. Dans le défilé d’Arras, organisé dans ce contexte de lutte, il nous précisait combien “des constructions de ce type nous obligent à garder la plus grande des prudences sur l’arrivée de grands noms qui ont pignon sur rue. La construction de la prison de Sequedin est cité en exemple comme une affaire où il n’y avait une totale transparence. C’est pour cela que nous adressons, d’ores et déjà, à la Région Nord/Pas-de-Calais, un signal fort de mise en garde. Personne n'est au dessusdes lois.” Véronique Théry, secrétaire de la CGT Construction en charge de la formation professionnelle, attire, quant à elle, l’attention des pouvoirs publics sur l’ensemble de la profession et des mesures à mettre en place, rapidement, sur les retraites, la pénibilité au travail, sa reconnaissance, les horaires de travail, la fiche de paie...
LE Grenelle qui s’est tenu les 24 et 25 octobre derniers retient que les questions de l’habitat et des transports publics sont des éléments incontournables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et de CO2. Pour réaliser les objectifs fixés, il faudra créer, en plus des 100 000 emplois dont le secteur a besoin chaque année, 200 000 emplois sur les nouvelles technologies visant à construire des bâtiments et des logements aux nouvelles normes européennes. Des besoins d’emplois significatifs seront également nécessaires pour renforcer les transports publics, notamment par la construction de réseaux Tramway dans les villes. Cependant, les employeurs ont beaucoup de difficultés pour fidéliser les jeunes. 54 % seulement restent dans la profession après avoir été formés aux métiers du BTP. Un sur deux quitte la profession dans les deux ans, c'est-àdire près de 35 000 chaque année. Ce n’est donc pas un problème d’accueil, voire d’image, mais bien un problème lié à ce qu’est la politique sociale dans le secteur. La CGT construction réaffirme que les questions de recrutement et de fidélisation peuvent être résolues par une véritable politique sociale dans les secteurs de la construction. Celle-ci passe par la création d’emplois stables. Aujourd’hui, nous comptabilisons 150 000 emplois intérimaires en équivalent temps plein, 1 CNE sur 5 se trouve dans le bâtiment. Alors que l’incertitude économique n’existe pas aujourd’hui. Revalorisation des salaires de 20 % tout de suite pour toutes les catégories. La moyenne des salaires dans la construction est d’environ 1 250 euros nets par mois pour un ouvrier hautement qualifié avec 10 ans d’ancienneté. Toutes les régions comptent un coefficient en dessous du SMIC et trois d’entre elles en comptent deux.
Les indemnités de déplacement ne sont que des remboursements de frais engagés par le salarié. L’intéressement, les participations ne sont que des revenus aléatoires, de plus très variables selon qu’on soit dans un grand groupe ou dans une très petite entreprise. Les derniers chiffres de la CNAM confirment que la situation ne s’améliore pas : Le nombre d’accidents du travail a augmenté de 4,1% en 2006 pour atteindre le chiffre de 124 236. Les maladies professionnelles ont augmenté de 8,2 % et les troubles musculos-squelettiques (TMS) de 12,6 %. Le nombre d’accidents du travail mortels, s’il avait baissé significativement en 2005, est remonté de 51,4 % en 2006 pour atteindre le chiffre de 159 morts sur nos chantiers auxquels il faut ajouter les 48 salariés intérimaires victimes d’un accident mortel. Nous continuons d’avoir un mort chaque jour travaillé sur nos chantiers. La politique sociale doit aussi passer par la reconnaissance de la pénibilité par un départ anticipé en retraite à 55 ans. La retraite La retraite n’est pas une prestation sociale comme les autres. La réforme profonde du financement de la protection sociale avec la démocratisation de la Sécurité sociale s’impose également en ce qui concerne la retraite par répartition reposant sur les solidarités intergénérationnelles et interprofessionnelles contre la retraite par capitalisation sur les bases suivantes : Départ à 60 ans au plus tard. Age de départ à la retraite : 55 ans pour les métiers pénibles, (durée de cotisation : 37,5 ans). Pension égale à 80 % calculée sur les 10 meilleures années (primes comprises). Bonus d’un trimestre par an pour les métiers pénibles (37,5 ans = 150 trimestres). Création d’un fonds professionnel patronal pour le financement des départs anticipés avant 55 ans et retour à l’indexation des pensions sur les salaires. Améliorer les conditions de travail Les industries de la construction se classent parmi les secteurs où les salariés sont les plus exposés aux risques d’accidents du travail et aux produits nocifs et où les conditions de travail sont les plus mauvaises. La fréquence des accidents du travail y est deux fois supérieure à la moyenne française, la gravité près de trois fois. De plus, beaucoup d’accidents du travail ne sont pas déclarés. La pénibilité, les accidents du travail et les maladies professionnelles, reconnus ou non, provoquent une usure prématurée des salariés.
Pour les ouvriers, l’espérance de vie est de sept ans inférieure aux professions libérales, d’où la pertinence de la retraite à 55 ans. Cette situation, loin d’être une fatalité, est la conséquence d’une politique délibérée des entreprises : course à la rentabilité, développement de la sous-traitance et de la précarité. Le mode de passation des marchés, qui continue à privilégier dans les faits le moins disant, accentue les facteurs de risques et de détérioration de la santé des salariés. Si les obligations légales et réglementaires existent pour les employeurs, elles ne sont pas toujours respectées.
Les principales revendications
DÉFENDRE LES MÉTIERS DU
BÂTIMENT
✔ Une grille salaire unique ;
✔ La suppression des contrats bidons tels que CEC, CES ;
✔ Droit de regard des syndicats sur les fonds publics distribués au patronat ;
✔ La retraite à 55 ans pleine et entière pour les salariés exerçant un métier pénible ;
✔ Un droit d’opposition aux licenciements économiques pour les syndicats ;
✔ Pouvoir vivre de son salaire ;
✔ Une véritable réduction du temps de travail ;
✔ De véritables vacances ;
✔ Une couverture maladie digne de ce nom ;
✔ Le respect de l’exercice du droit syndical.