APRÈS L'ÉCHEC DU RÉFÉRENDUM AU VÉNÉZUÉLA

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°786 - Le 7 Décembre 2007 - 20 - Monde

 

APRÈS L'ÉCHEC DU RÉFÉRENDUM AU VÉNÉZUÉLA

CHAVEZ : «POUR L'INSTANT,

NOUS N'AVONS PAS GAGNÉ»

 

ON s'attendait à une victoire du oui au référendum sur la réforme constitutionnelle au Vénézuéla. Contre toute attente, le non l'a emporté avec 50,7 % des suffrages exprimés. Plus de 44 % des 16 millions d'électeurs vénézuéliens se sont abstenus. La défaite du oui s'explique d'abord par l'abstention d'une partie de ceux qui avaient voté Chavez, président en 2006. En 2006, Chavez avait obtenu plus de 63 % des suffrages exprimés et plus de 7 millions de voix lors de l'élection présidentielle. Trois millions de ces électeurs n'ont pas voté ce dimanche 2 décembre. Il appartient au gouvernement Chavez de rechercher les causes de cette défection pour les surmonter. L'article de Michel Collon que publie Liberté est une première analyse de ce scrutin. Avec Michel Collon, soulignons que l'objet de la réforme constitutionnelle n'était pas d'abord la suppression de la limitation à deux mandats du Président de la République mais la consolidation du processus vers le socialisme du XXIe siècle». Et il est effectivement nécessaire de rétablir la vérité sur la portée des événements qui se sont déroulés au Vénézuéla.

 

Les médias français et le référendum vénézuélien


Les médias français (télévision, radios, l'ensemble de la presse nationale à l'exception de l'Humanité) ont relayé la propagande de l'opposition vénézuélienne inspirée (et financée) par les États- Unis : Hugo Chavez serait un dictateur et son objectif était de l'être à vie. La palme de la désinformation revient sans doute au Courrier International qui compare Chavez à Poutine et assimile le référendum à un coup d'État. Ils omettent de signaler qu'en France, le mandat présidentiel est renouvelable indéfiniment, et que le président ne peut être révoqué par le peuple comme au Vénézuéla. Ils ne font pas la comparaison entre l'organisation d'un référendum au Vénézuéla pour modifier la constitution et le refus d'organiser un référendum en France pour modifier la constitution, ce qui est pourtant nécessaire pour adopter le traité modificateur européen. Ils se gardent de corriger leurs mensonges : H. Chavez respecte le verdict des urnes et prouve ainsi qu'il n'est pas un dictateur. Ils se gardent de préciser, qu'au Vénézuéla, l'opposition possède la majorité des médias : radios, presse écrite, télévisions (globovision, et surtout RTCV, la télévision soidisant fermée par Chavez mais qui émet toujours sur numérique et sur internet).

 

Le socialisme du XXIe siècle

 

Chavez avait déjà été élu en 2006 sur un programme clair : accélérer le socialisme. Les 69 articles proposés pour la modification de la constitution visaient à donner un cadre institutionnel au «socialisme du XXIe siècle» défini par H. Chavez. Au plan politique, la démocratie participative déjà contenue dans la constitution de 1999 devait s'élargir : importance des conseils communaux, article 184). Les conseils de travailleurs, d'étudiants, de paysans, d'artisans, de femmes, etc... (art 70 et 136) auraient fait du pouvoir populaire le pilier du nouvel état, leurs décisions ayant force de loi. Il s'agissait d'une tentative de démocratie directe. Au plan économique : la propriété privée est reconnue mais étendue aux secteurs populaires (art 229- 115) : contre les expulsions ou confiscation pour dettes. Les autres formes de propriété sont précisées : propriété publique, coopérative, cogestion (État-coopérative) mais la Banque centrale perdait son indépendance, les latifundias étaient interdites et les monopoles brisés. On a beaucoup parlé de l'intervention des étudiants pour défendre l'autonomie des universités. Or l'autonomie est maintenue mais la gestion est assurée par tous les personnels (y compris les ouvriers de service) et surtout les secteurs populaires ont un accès à l'enseignement supérieur. Les mesures sociales : conditions de travail (semaine de 36h, 6h par jour) retraites (y compris pour le travail informel) logement, santé, etc... étaient proposées. On comprend que ce projet ait été combattu par l'oligarchie financière, le patronat, les grands propriétaires. On comprend aussi qu'il ait effrayé la petite bourgeoisie menacée dans un accès aux fonctions administratives, d'encadrement par les milieux populaires qui en étaient exclus, d'où sans doute le mouvement étudiant. On comprend enfin que des maires, des gouverneurs qui se disent chavistes aient été inquiets de l'importance accordée au pouvoir populaire et n'aient guère fait campagne pour le oui.

 

Les difficultés rencontrées

 

Comme au Chili en 1973, comme dans d'autres pays d'Amérique latine, comme lors du coup d'État manqué de 2002, l'intervention des États-Unis dans la campagne a été énorme. La chaîne de télévision américaine CNN avait même appelé à l'assassinat de Chavez. Après menaces du gouvernement vénézuélien, la chaîne s'est excusée en invoquant une erreur technique (la photo de Chavez aurait été mise à la place d'une autre !...) Fidel Castro, qui a lui même été plusieurs fois l'objet d'attentats commandités par les Américains avaient mis en garde Chavez. À la veille du référendum, Fidel Castro écrivait : «L'assassinat du président du Vénézuéla ou une guerre civile dans ce pays aux énormes réserves d'hydrocarbures ferait exploser l'économie mondiale». Comme avec Cuba, le gouvernement américain a un plan de destabilisation du Vénézuéla : «le plan tenailles». La courte victoire de l'opposition empêche une réélection possible de Chavez à la présidence mais fait aussi reculer ce qu'elle envisageait, le déclenchement d'une guerre civile. Les États-Unis affichent leur satisfaction : la victoire du oui est selon leurs déclarations de «bon augure ». L'opposition espère engranger pour l'avenir. Mais les chavistes, sans doute déçus, ne sont pas désespérés. Pour Chavez, les résultats du référendum constituent «un saut politique vers la révolution».

 

L'avenir du chavisme


Le «camp Chavez» n'est pas parti uni dans la bataille du référendum. Il y a la défection de Raul Baduel, général de l'armée de terre, exministre de la défense jusqu'en juillet 2007 qui pourrait devenir le chef de l'opposition. Il y a eu aussi l'opposition d'un petit parti de la coalition, Podomas (6 députés) qui s'est prononcé pour le non. Mais avant le projet de réforme constitutionnelle, la création d'un parti socialiste uni n'a pas rallié toutes les organisations soutenant Chavez. Ainsi le Parti communiste vénézuélien a refusé de se fondre dans ce nouveau parti, tout en affirmant soutenir la politique chaviste. Il s'agit donc avant tout de maintenir l'unité des différents courants progressistes et révolutionnaires pour préserver le processus ves le socialisme. Chavez a été élu pour six ans en 2006. D'ici 2013, le président et l'assemblée élue pourront, en s'appuyant sur le peuple, prendre les mesures nécessaires et faire front à une lutte de classes acharnée. Commentant lundi les résultats du référendum, Chavez déclarait : «Nous sommes des hommes de longue bataille. La proposition du renforcement du socialisme continue... Nous avons dans le passé vu transformer des défaites apparentes en victoires politiques... J'ai entendu le peuple et je l'entendrai toujours.»

 

 

UNE DÉFAITE PEUT APPRENDRE DAVANTAGE QUE DIX VICTOIRES

 

Par Michel Collon


Le bilan complet de cette défaite ne pourra être établi que par Chavez et les Vénézuéliens. Une défaite peut apprendre davantage que dix victoires. Mais analyse et examen de conscience prendront forcément du temps. Cependant, vu que les médias internationaux continuent à désinformer, indiquer déjà quelques points de repère sera utile pour ne pas se laisser manipuler.


1.On n'a pas voté pour ou contre «Chavez président à vie». Ça, c'est un mythe fabriqué par les médias internationaux pour diaboliser. Si demain, il y avait une élection présidentielle, Chavez gagnerait à nouveau. La toute grande majorité des pauvres et des gens du peuple lui sont reconnaissants d'employer l'argent du pétrole non plus pour enrichir les multinationales et l'élite vénézuélienne, mais pour les sortir de la pauvreté, leur apporter des soins de santé, l'éducation et la formation, à manger. Et la dignité face à l'Empire.

2. L'Empire, justement, est intervenu avec tous ses moyens dans la campagne. Ford, General Motors, DaimlerChrysler, Bridgestone Firestone, Goodyear, Alcoa, Shell, Pfizer, Dupont, Cargill, Coca-Cola, Kraft, Novartis, Unilever, Heinz, Johnson & Johnson, Citibank, Colgate Palmolive, DHL et Owens Illinois ont apporté huit millions de dollars pour distribuer des tracts du genre «Si vous êtes une Mère, VOUS PERDREZ. Vous perdrez votre maison, votre famille, vos enfants (les enfants appartiendront à l'Etat) ! Des tracts spécifiques visaient les paysans, les étudiants, les petits patrons, etc. Méthodes déjà employées pour faire paniquer les Chiliens en 1973 et préparer l'écrasement d'Allende et la dictature de Pinochet.

3.L'impact de la télé privée, aux mains des milliardaires vénézuéliens, a joué à fond sur cette peur du communisme, matraquée depuis des années.

4. La menace très réelle d'un coup d'Etat made in CIA (voir nos articles précédents sur l'Opération Tenaza) a certainement fait hésiter beaucoup de gens (et cette menace existe toujours). L'opposition n'a pas augmenté son score. Mais trois millions de gens qui avaient voté Chavez l'an passé, se sont abstenus cette fois-ci.

5. Les facteurs externes ont donc joué à fond. Mais c'est pareil à chaque élection ou référendum. Le livre d'Eva Golinger Code Chavez - CIA contre Venezuela montre qu'il s'agit d'un investissement permanent. La raison de la défaite devra donc être cherchée à l'intérieur. Quelles faiblesses ont joué dans le camp révolutionnaire ?

6. D'abord, la bureaucratie et la corruption. Le Venezuela n'est pas l'enfer décrit par Bush & C°, mais ce n'est pas non plus le paradis où tout va bien. L'appareil d'Etat et aussi le mouvement bolivarien sont gangrenés par la bureaucratie : ceux qui sont chavistes pour s'approprier une part du gâteau. Quantité de réformes engagées par Chavez ne se réalisent pas sur le terrain à cause de cette bureaucratie. Le logement, par exemple, reste un problème dramatique. L'insécurité aussi pose tout le problème de la corruption dans la police. Il est hypocrite de dire que tout cela est de la faute à Chavez. Les mêmes maux règnent dans toute l'Amérique Latine et depuis longtemps. Mais ici l'opposition les exploite à fond.

7.La question centrale de la réforme était justement de donner plus de pouvoir aux conseils communaux de base afin qu'ils puissent contrôler et contourner la bureaucratie. C'est pour cela que certains bureaucrates n'ont pas mobilisé comme d'habitude. L'ennemi le plus dangereux est à l'intérieur.

 

8.A-t-on voulu aller trop vite sur certaines questions ? Est-il correct de définir le Venezuela comme socialiste ou faut-il plutôt proposer un Etat avec un large front uni pour assurer la démocratie, le développement économique et l'indépendance face à l'Empire ? Nous reviendrons sur cette question, et les autres, dans notre prochain livre «Les 7 péchés d'Hugo Chavez».

 

9.Les médias de la révolution ont-ils trouvé la parade et le style correct face au bourrage de crâne des médias de l'élite et de l'Empire ? Beaucoup de chavistes pensent que non.


10. En tout cas, la guerre médiatique se livre aussi sur le plan international. Diaboliser Chavez fait partie d'une campagne des multinationales pour contrôler le pétrole et le gaz partout dans le monde : Irak, Iran, Afrique, Russie et... Amérique Latine. La Bolivie aussi est sous la menace. Mais les peuples ont le droit de décider euxmêmes de leur avenir. Cette bataille de l'info, c'est donc à chacun de nous de la mener là où il peut. Dans les semaines et les mois à venir, nous essaierons de vous apporter les moyens de lutter pour le droit à une véritable information. Livre, film, test-médias, débats contradictoires, forums vous seront proposés. Nous avons besoin de vous.

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