METALEUROP : NOUVEAU REPORT AUX PRUD’HOMMES DE LENS
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Liberté 62 n°789 - Le 28 Décembre 2007 - 7 - Social
METALEUROP : NOUVEAU REPORT AUX PRUD’HOMMES DE LENS
“Chœurs de fondeurs”, la légitimité du combat
143% c’est le bond spectaculaire en un an de l’action Metaleurop qui bat tous les records de hausse. Cela va donner du “baume” au coeur aux actionnaires qui se sont réunis, l’été dernier, pour adopter la nouvelle appellation “Recylex”... Le groupe Metaleurop SA va devenir Recylex, un changement de nom “censé mieux refléter son activité centrée sur le recyclage du plomb, zinc et plastique”.
Par P.P.
D’innombrables actions ont été menées par les “Metaleurop” pour l’emploi, comme, ici, à Lens.
METALEUROP SA, aujourd’hui bénéficiaire, était passée près de la liquidation pendant ses deux ans de redressement judiciaire, d’avril 2003 à novembre 2005. Ce nouveau nom "devrait permettre à l’entreprise et à l’ensemble de ses salariés de se mobiliser autour de notre nouveau projet industriel", avec pour ambition d’en faire "un leader des industries de recyclage en Europe", plutôt centré sur la production de plomb, s’est tourné ces dernières années vers le recyclage, notamment des batteries. Mais, ce changement de nom ne peut faire oublier le passé ni occulter l’histoire de la fonderie de Noyelles-Godault. La date du 16 juillet 2007 marquera un tournant dans la vie de Metaleurop. Entretemps, les Prud’hommes de Lens viennent de mettre en délibéré au 19 octobre un jugement attendu par près de 500 anciens fondeurs. L’audience, a, enfin, pu se dérouler, le 8 juin dernier, après divers épisodes tragi-comiques. Le procureur de la République lui-même a pesé de son poids pour dénoncer l’implication de Metaleurop SA dans la fermeture brutale de Metaleurop Nord en janvier 2003.
La manipulation de la maison mère, via Glencore, l’actionnaire principal, a été démontrée avec brio par l’avocat des anciens salariés qui espèrent remporter cette interminable partie de bras de fer. La lutte contre le pot de fer n’est pas éloignée de l’éthique sociale. Celle-ci doit l’emporter. Les indemnités exigées par les anciens fondeurs se situent à hauteur de 30 000 euros, ce qui heurte, bien évidemment, la direction de Metaleurop SA. Chaque salarié, 586 au total, réclame, à juste titre, le versement d’une indemnité de 30.000 euros et d’une somme de 300 euros pour les frais. La patience est-elle une vertu ? Certainement pas pour les “Metaleurop” car depuis mars 2006 au 5 décembre dernier, aucune décision n’est prise.
Après maints reports, aux Prud’hommes de Lens, c’est une nouvelle date, courant juin 2008 qui est fixée aux anciens fondeurs ! L’action engagée par les 600 salariés contre Metaleurop recouvre une motivation, on ne peut, plus solide : démontrer que Metaleurop SA était partie prenante de la liquidation de l’usine de Noyelles-Godault. L’indemnité revendiquée est de 30 000 euros par salarié, ce qui constitue la poursuite d’une intense mobilisation pour faire plier les actionnaires. Le 17 janvier 2003, jour de l’annonce de la fermeture de Metaleurop Nord, est toujours vécu comme un cataclysme, social, humain, économique, dans cette partie de l’ex-Bassin minier déjà durement touché par la crise de l’emploi.
Choeurs de fondeurs, le vécu intense des anciens fondeurs
COMMENT est née l’association “Choeurs de Fondeurs” ? “Nous étions au beau milieu du mois de Mars 2003 et nous venions d’entendre le témoignage de l’ex-délégué syndical des «Mosley» (usine textile roubaisienne arrêtée depuis plus d’un an) qui avait consacré beaucoup de temps pour aller à la rencontre de ses ex-collègues, en particulier les plus isolés et les plus démunis. Chacun ressentait que la liquidation judiciaire allait probablement être prononcée le 24 Mars tout proche et que si malheureusement tel était le cas, “il fallait faire quelque chose” pour éviter de se retrouver brutalement isolé après 2 mois de lutte ponctués par une assemblée générale chaque matin et de nombreuses manifestations extérieures, autant d’occasions de renforcer des liens d’amitié ou d’en créer de nouveaux, malgré une situation plus que sombre”, disent ses fondateurs. “Comment faire pour avoir des points de rencontre entre nous, alors que les portes de l’usine allaient bientôt nous être fermées ? Comment jeter les bases de liens sociaux nombreux et diversifiés entre tous les exsalariés ? Comment être reconnus encore dans tous les domaines qui ne relèvent pas de la compétence du Comité d’Entreprise et du C.H.S.C.T., tant que ces instances pourront exercer leurs prérogatives? Comment solliciter des dons ou subventions, auprès de particuliers ou de collectivités pour ? :
• entretenir des liens sociaux avec l’aide des communes voisines
• participer activement à la réactivation de notre bassin d’emploi
• obtenir la reconnaissance du préjudice moral, financier et sanitaire par action en justice
• coordonner l’ensemble des actions en respectant les lois et réglements en vigueur Il n’y avait qu’une seule solution permettant de satisfaire ces attentes ! : créer une association “loi de 1901”
Le vendredi 21 mars, lors de l’A.G. du matin, Farid Ramou, Porteparole de l’intersyndicale évoque pour la 1ère fois publiquement l’idée de cette création et Albert Lebleu invite tous les volontaires à une 1ère réunion en Salle 32 dès la fin de matinée, afin de commencer à construire les statuts, le règlement intérieur,… Grâce à l’enchaînement de celle-ci et des 4 suivantes, en moins de 15 jours, avec à chaque fois la participation active de 20 à 40 personnes environ, les projets successifs sont affichés au réfectoire et une volonté unanime se dégage pour organiser rapidement une représentation des ex-salariés et le choix du nom de l’association sur des bases démocratiques. Très rapidement, les réflexions montrent qu’il est préférable de créer une nouvelle association avec un objet précis et de travailler en synergie avec des associations déjà existantes regroupant les anciens de l’usine plutôt que de rejoindre celles-ci en leur demandant de bien vouloir modifier leurs statuts, ce qui nécessite toujours des opérations à la fois longues et complexes.
Par ailleurs, des contacts sont pris avec les municipalités de Courcelles lez Lens et de Noyelles-Godault afin d’envisager l’utilisation de salles disponibles pour assurer le Siège de l’association ainsi que des lieux de rencontre des ex-salariés : celles-ci nous proposent immédiatement des espaces très intéressants, malgré les difficultés qu’elles ont déjà pour accueillir les Cellules de reclassement et nous donnons notre accord immédiatement. Un peu plus tard, les communes d’Hénin-Beaumont et de Leforest nous proposeront spontanément d’autres lieux complémentaires.
Parallèlement, Pierre Guillebert est coopté pour animer le choix du logo de l’association et pour faire remonter toutes les idées possibles de son nom. Sur la base d’une quarantaine de propositions, 10 d’entre elles sont pré-sélectionnées lors d’une réunion, pour être soumises au vote qui est prévu pour le 10 avril. Les représentants des 5 organisations syndicales organisent l’appel initial à candidatures et le vote conformément au projet de statuts ; l’appel à l’adhésion est lancé dès le 31 mars et “ça démarre en flèche, avec une queue interminable pendant toute cette matinée, qui illustre la confiance, sans à priori, à cette association”. Le 10 avril 2003 à l’ouverture du scrutin, l’association compte 660 ex-salariés et près de 85 % d’entre eux s’exprimeront par le vote, après 2 nouvelles “queues interminables” durant toute la matinée. Ainsi est née”CHOEURS DE FONDEURS” dont Pierre Guillebert a tenté, avec beaucoup de succès, de donner une signification en cohérence avec le logo, mais aussi avec le vécu intense des anciens fondeurs.”