LA FUSION AVEC LES ASSEDIC,C'EST LA CASSE DU SERVICE PUBLIC DE L'EMPLOI

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°796 - Le 15 Février 2008- 4 et5-Social

 

"La fusion avec les Assedic,

c’est la casse du service public

de l’Emploi !”

Par Pierre Pirierros

 

La droite a entériné le 31 janvier dernier à l’Assemblée nationale et au Sénat un de ses objectifs, casser le service public de l’ANPE. “Entre service public et service au public, la distinction est immense ; en permettant au patronat de maîtriser à la fois l’indemnisation des chômeurs, leur placement et leur radiation, le gouvernement organise la fusion entre l’ANPE et les Assedic, c’est une aberration, observe Christine Carnel,conseillère à l’emploi à l’agence ANPE de Lillers, syndicaliste et élue CGT. C’est une totale aberration. Une de plus.”

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Christine Carnel,conseillère à l’emploi à l’agence ANPE de Lillers, syndicaliste et élue CGT.

 

L’ANPE, nous confie-t-elle, est une structure publique qui fonctionne avec des objectifs individuels. Faire du chiffre, être agressif, mettre le demandeur d’emploi sous pression, ne sont pas ma conception d’une mission du service public.

Quant à la fusion avec les Assedic, c’est un processus de privatisation qui date de 2005. L’ANPE avec les financements de l’État ne jouera plus son rôle. Les Assedic sont aux mains du Medef, via des syndicats complaisants.

Avec l’adoption de la loi faisant disparaître l’ANPE, une nouvelle phase de la bataille pour un service public répondant véritablement aux attentes de ses usagers s’est ouverte.

Le désengagement de l’État devient opérationnel et c’est l’argent qui va être le gendarme du demandeur d’emploi. Et puis quelles ouvertures ont les Assedic sur le plan local ? L’aide à la formation, la prise en charge, le montant, la durée de l’indemnisation, l’aide à la mobilité, sont de réelles problématiques. Les Assedic ne sont pas dans cette orientation ! Je le répète, le service public et service au public ne sont pas et ne signifient pas la même chose. La proximité d’un service comme celui de l’ANPE est louable tout comme l’engagement personnel des conseillers. Avec la fusion, les demandeurs d'emploi auront plus de déplacements à effectuer, ce qui ne va pas dans le sens d'un meilleur accès au service public de l'emploi.”

Engagement syndical Après plusieurs expériences professionnelles, dont huit années comme enseignante, Christine Carnel, 38 ans, Bac +4, (maîtrise de développement local) passe, en 2002, le concours de l’ANPE et réussit les épreuves de sélection ; son premier poste est basé en Bourgogne puis c’est l’agence de Lillers en 2005. “Agence à taille humaine avec unbassin d’emploi bien ciblé de l’arrondissement de Béthune (avec Béthune, Noeux-les-Mines et Bruay-la-Buissière). Deux axes sont bien définis, l’offre et la demande avec des “portefeuilles” et des objectifs à remplir.Actuellement, je suis chargée des collectivités territoriales, auparavant j’avais le Commerce, réparation auto... Nous sommes une vingtaine de personnes dans cette agence. Secrétaire adjointe du syndicat CGT Nord/Pas-de-Calais de l’ANPE et élue à la Commission paritaire locale, mon engagement syndical m’amène à avoir une vision globale de mon travail et aussi de l’Agence.”

Les différents contrats (contrat d’accompagnement à l’emploi, contrat d’avenir) méritent une meilleure lisibilité. Les offres existent-elles vraiment ? Le CPE, combattu en son temps et retiré après des semaines de luttes intenses, a montré les limites d’un processus dangereux pour le salarié et le jeune salarié.

Le travail à accomplir à l’ANPE est pluriel, il consiste à définir, à la fois, avec l’intéressé, le demandeur d’emploi, les notions d’accompagnement, les “aides” de contrat, un certain “contrôle” et une “forme automatique” pour l’aider dans sa demande en corollaire avec l’offre possible. L’aspect “proposition” n’offre pas que des facilités dans le processus engagé.

C’est un métier intéressant, avec des échanges fructueux, nous précise Christine Carnel, mais entre la démarche “commerciale” et la capacité d’adaptabilité, le fossé est énorme. Car tout change très vite, les politiques suivies, les logiciels, les textes de loi, tout va très vite et il y a des tas d’interrogations et des tas d’incompréhensions dans notre tâche. Le diagnostic est une chose avec tout ce qui concourt à dresser le projet professionnel et la méthode employée en est une autre. Avec l’outil en place, la connaissance de l’interlocuteur implique des considérations humaines et c’est là que le conseiller de l’ANPE a sa part de subjectivité dans un domaine précis. Aujourd’hui, nous entrons dans une période de fusion avec les Assedic mais... il y a danger”.

 

Disponibilité

 

À l’heure actuelle, chaque conseiller a 20 personnes dans son “portefeuille”, dix par demijournée (et pas tous les jours) et les semaines passent à vive allure. Il y a la disponibilité à peaufiner la recherche de l’offre, cette offre est obligatoire et à donner un rendezvous puis un autre rendez-vous le mois d’après. Dresser le bilan de compétences et mettre en parallèle la recherche d’emploi est une démarche qui demande beaucoup d’investissement personnel. Et, dans notre jargon, un conseiller ANPE a en portefeuille des demandeurs d'emploi actifs(sans emploi) et des demandeurs d’emploi inactifs (en intérim, en formation). Le chiffre dépasse la centaine. Là aussi, le lien social personnalisé joue son rôle. Demain ? C’est le flou !”

 

Faiblesses des Assedic

 

Aujourd’hui, poursuit Christine Carnel, nous assistons à des radiations administratives massives mais à chaque avertissement donné il est possible de revoir la personne si elle de bonne foi, ce qui est, bien souvent, le cas. Personne n’est demandeur d’emploi par plaisir. Les “faux chômeurs” sont utilisés comme des proies à la vindicte populaire, mais c’est un fantasme qui rend service au gouvernement.”

Les Assedic ont montré leurs faiblesses lorsqu’elles se sont mises à faire du placement (avec une structure baptisée INGEUS) ; résultat : une incapacité totale à proposer les mêmes prestations que celles de l’ANPE. Puis en 2006-2007, c’est la “SODIE”, un autre opérateur qui est choisi,mais toujours avec moins d’outils que l’ANPE. Alors, la privatisation s’installe au détriment, bien évidemment, des demandeurs d’emploi. Les Assedic “fonctionnent” par téléphone et le rendez-vous personnalisé et humain disparaît automatiquement. Et puis, il faut du temps pour se retourner, or une forme de harcèlement va s’installer et passer par la moulinette de l’ordinateur.

Aujourd’hui, commente Christine Carnel, les Assedic sont à l’initiative des catégories qui vont s’établir en parcours. En résumé, il y a le parcours 1, pour ceux et celles qui répondent aux critères de l’offre immédiate ; le parcours 2 qui comporte des risques moyens et le parcours 3, celui de la longue durée. La formation de ses personnels pose et posera problème. Brader, c’est vendre à bas prix ! On vend ou on externalise les services publics, autrement dit le transfert au privé”.

 

Statut des personnels ?

 

Le statut public des personnels de l’ANPE est attaqué comme l’a été celui des fonctionnaires de La Poste ou de France Télécom. C’est tout l’avenir du personnel qui est posé et cet enjeu ne peut laisser personne indifférent. Alors avec la privatisation de l’ANPE et la fusion, la situation ira toujours dans un sens contraire à celui des usagers. L’avenir des services publics est une question centrale de l’alternative au libéralisme. On ne peut pas prétendre mettre l’économie au service du social sans remettre en cause les dégâts causés par les tenants du libéralisme. Le coup de massue d’un tel désengagement de l’État retombe et retombera sur la vie quotidienne du pays.

La notion de concurrence fait son apparition à grands pas de prédateurs, lorsque la droite parle de “modernisation des services publics”, ce n’est pas un éloge vide de sens, c’est tout le contraire avec la casse successive et évidente pour réduire les budgets. Les termes de maintien, d’amélioration, de développement de l’accessibilité et de la qualité de ces mêmes services publics sont détournés de leur réelle signification comme le fondement des “pratiques habituelles” de l’Agence nationale pour l’emploi.

 

Mobilisations

 

Syndicaliste cégétiste, Christine Carnel, aime son métier et le défend. La mobilisation des personnels, même si elle est difficile, est incontournable. “Les notions individualistes et égoïstes qui peuvent exister, ditelle, sont à proscrire car non seulement elles font le jeu des directions et sont aussi préjudiciables à l’accueil élémentaire de la personne que l’on a en face de nous. L’engagement du personnel de l’ANPE existe ; aujourd’hui, il est mis à mal par le gouvernement avec Le projet de loi sur la fusion ANPE-UNEDIC mis en application à la fin 2008. Avoir toutes les prestations dans un seul guichet est une hypocrisie sociale, la tentative des Assedic à faire du placement le montre. La logique est simple : placer au plus vite le chômeur qui coûte, sur des offres qui correspondent aux besoins immédiats des employeurs, et laisser celui qui n’est pas indemnisé se débrouiller... La loi sur la fusion organise la liquidation de l’indemnisation des chômeurs, du service public de l’emploi et la de formation professionnelle. C’est un recul de société et cela est à condamner.»

 

 

 

La droite met en place la logique de la privatisation”

 

 

L’institution nationale créée par la loi n’aura de «publique» que le nom, quoi qu’en disent la direction générale et les syndicats qui ont refusé de combattre cette fusion jusqu’au bout : elle ne sera pas un Établissement public à caractère administratif et moins encore un service de l’État à part entière. Elle sera régie selon les règles de la comptabilité des entreprises industrielles et commerciales et pourra enregistrer des recettes commerciales. Cette disposition accompagne et complète l’introduction des «opérateurs privés de placement» au sein du Service Privatisé de l’Emploi. Les attentes des usagers sont ainsi placées entre les mains d’un «opérateur» dont les ressources budgétaires dépendront toujours plus du résultat des pressions qu’il exercera sur les chômeurs pour qu’ils acceptent tout ce qui leur sera proposé/imposé comme étant une «offre valable/acceptable d’emploi».

 

POUR la CGT ANPE la seule «offre valable/acceptable d’emploi» est celle qui correspond au choix du privé d’emploi. Entre la proposition du professionnel et la contrainte, il y a un fossé que l’on ne doit pas franchir. Au passage on constate que de valable la notion passe à acceptable, c’est donc bien à une institution chargée de mettre en place le travail obligatoire – quel qu’il soit – que nous sommes confrontés !

De plus, la remise en selle, par la loi, des Maisons de l’emploi, ainsi que l’introduction des élus locaux dans l’instance de direction régionale de l’institution laissent présager une régionalisation des politiques de l’emploi qui accompagnerait l’entreprises de démolition de droits garantis à l’ensemble des salariés et des chômeurs sur tout le territoire national. Le statut public des personnels de l’ANPE est attaqué comme l’a été celui des fonctionnaires de La Poste ou de France Télécom. Objectifs : un maximum d’agentschoisissant une convention collective en lieu et place d’un statut d’agent de l’État, et mise en placedes Institutions représentatives du personnel de droit privé pour tousles agents, au détriment des organismes consultatifs de droit public et des garanties collectives (dont découlent les droits individuels) qu’ils apportent – même dans leur version dégradée d’aujourd’hui - aux agents publics que nous sommes.

 

Rien de sérieux n'est inscrit dans la loi

 

Quant aux «avancées» annoncées par la ministre («le meilleur des deux statuts pour tous») ou plusieurs organisations syndicales de l’ANPE (l’IRCANTEC), …rien de sérieux n’est inscrit dans la loi. Même l’amendement proposant que l’IRCANTEC soit le régime de retraite complémentaire de tous les agents de la nouvelle institution a, finalement, été rejeté par la commission mixte paritaire, à lademande du gouvernement.Contrairement à ce qui est écritdans “Alice” après le vote de la loi, seuls ceux qui conserveront leur statut d’agent public seront assurés de rester à l’IRCANTEC. Cela nous conforte dans l’idée qu’on ne peut absolument pas croire la propagande de la direction.

Pour ceux qui ont refusé de combattre la fusion, le maintien dans l’IRCANTEC était présenté comme le symbole de l’ancrage public de la nouvelle Institution. Conformément à sa logique de privatisation le gouvernement en a décidé autrement et a fait voler en éclat la crédibilité des discoursrassurants qui ont été tenus pourfreiner la mobilisation des agents contre la fusion. Autant dire également que ceux qui imaginent une amélioration mirifique de leur salaire dans la nouvelle institution se font des illusions qui, elles aussi, seront déçues. Avec l’adoption de la loi faisant disparaître l’ANPE, une nouvelle phase de la bataille pour un service public répondant véritablement aux attentes de ses usagers s’est ouverte.

 

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