CHYPRE, ESPOIR DE REUNIFICATION

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°798 - Le 29 Février 2008

 

Chypre, espoir de réunification

 

Le candidat communiste Dimitris Christofias remporte l’élection présidentielle

 

Par Pierre Pirierros

 

La victoire très nette du candidat communiste Dimitris Christofias à Chypre constitue un événement

capital en Europe, événement qui dépasse les limites de cette île de la Méditerranée orientale, divisée depuis 1974. L’armée turque occupe depuis cette date la partie nord de l’île ; ce coup de force, avec la bienveillance des Etats-Unis et du ministre des affaires étrangères de l’époque Henry Kissinger, fit suite à une tentative de coup d’état, fomentée par la Grèce des colonels, et donna l’occasion toute trouvée à la Turquie d’y débarquer des dizaines de milliers de soldats. 20 juillet 1974 : cette date reste à jamais dans la mémoire et l’Histoire de la république de Chypre, dont l’indépendance, arrachée à la Grande-Bretagne, en 1959, fut possible, grâce, notamment, à la lutte des communistes chypriotes de l’AKEL.

 

Élu dimanche dernier, sixième président de Chypre, Dimitris Christofias, a, toute de suite, après le verdict des urnes, annoncé la reprise des négociations avec les Chypriotes turcs. Son adversaire de droite, l'eurodéputé et ex-ministre des Affaires étrangères Ioannis Kasoulides, soutenu par la puissante Église orthodoxe, contre toute attente, a, au premier tour, devancé, le candidat du centre-droit et président sortant Tassos Papadopoulos.

Ce fut donc un duel droite/gauche avec des exacerbations inévitables à la fin d’une campagne électorale intense. Le président sortant, soutenu par les milieux d’affaires, avait une position extrême sur la reprise des négociations. Ces négociations sont restées au point mort depuis l’échec du référendum, initié par le secrétaire de l’ONU, en avril 2004 et intitulé “Plan Annan”. communistes de l’AKEL l’avaient rejeté car il ne respectait pas l’importance de la communauté du sud de l’île et faisait la part belle aux visées expansionnistes de la Turquie. “’objectif” plan Annan était de “éunifier” entités, la partie grecque de la République de Chypre et la “République Turque de Chypre du Nord” (“RTCN”), une fédération. La “République Unie de Chypre”, dotée d’une nouvelle Constitution, aurait été composée d’un «État constituant chypriote grec” d’un “État constituant chypriote turc”.

 

La main de l’amitié

 

Dès sa victoire dimanche soir, en effet, Dimitris Christofias, a tendu "la main de l'amitié" Chypriotesturcs et l'Union européenne l'a invité à reprendre des négociations sous les auspices de l'ONU. Dimitris Christofias a nettement battu son rival conservateur ; "je tends la main de l'amitié et de la coopération aux Chypriotes-turcs et à leurs dirigeants, a-t-il dit. Je les appelle à travailler avec nous pour le bien commun du peuple dans un climat de paix".

Le dirigeant de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), proclamée dans le nord occupé de l'île et seulement reconnue par Ankara, Mehmet Ali Talat, a estimé que le "but" devait être de "parvenir à un accord qui sera accepté par les deux peuples". Les deux hommes sont convenus de se rencontrer, à une date non encore déterminée.

Le Parti communiste de Chypre, AKEL, fête cette année ses 82 années d’existence et l’élection de son candidat à la tête de l’État est un aboutissement “logique” de son influence et des différentes étapes qui l’ont amené à ce brillant résultat. Voir un président élu par le suffrage universel, avec cette étiquette, n’est pas chose courante, dans les annales de l’Histoire. Au-delà d’un symbole très fort, il y a tout l’esprit et la lettre d’un incessant rassemblement du peuple chypriote autour de l’AKEL pour son autodétermination, son indépendance, et la réunification de l’île.

D’accord pour discuter sur une base de la réunification “bi-zonale” et “bicommunautaire”, le nouveau président aura fort à faire pour parvenir à un accord durable. Le contexte géopolitique est tel que toute discussion au sein de l’ONU et maintenant au sein de l’Union européenne – Chypre en est membre depuis le 1er mai 2004 - doit être adoubée par toutes les parties et surtout par la Turquie qui frappe à la porte de Bruxelles et espère une adhésion dans les prochaines années.

 

Indépendance et lutte pour la paix

 

Les capitales occidentales ont salué en la victoire de Dimitris Christofias, sa volonté de reprendre les pourparlers entre les deux communautés et de poursuivre un dialogue allant dans le sens de la paix. Après des études d’histoire à l’université de Moscou, le nouveau président chypriote, a très tôt adhéré au Parti AKEL et a mené, avec un charisme évident, une politique de rassemblement malgré une crise inhérente au mouvement communiste international et à la chute du mur de Berlin en 1989. La république de Chypre fonctionne “théoriquement” selon la Constitution de 1960 puisque cette dernière demeure légalement en vigueur. Or, les dispositions constitutionnelles en matière de langue sont nombreuses et ont pour effet de reconnaître systématiquement deux langues et un double pouvoir politique, ce qui dans les faits s’est révélé inapplicable. Soutenant la politique d’indépendance du président Makarios, élu premier président de la République de Chypre, en 1960, l’AKEL a toujours oeuvré pour la paix et la reconnaissance des droits des travailleurs. Les communistes chypriotes ont remporté dernièrement les élections législatives et Dimitris Christofias fut élu président du Parlement. Chypre a des liens étroits et serrés avec la Grèce, aussi le retentissement de l’élection du président de la République a eu de multiples répercussions dans la classe politique à Athènes et notamment chez les militants communistes du KKE.

 

Nicosie, une capitale divisée

 

Michalis Chrysostomitidis, enseignant à Nicosie, que nous avons eu, au téléphone, dimanche dernier, nous a dit combien la victoire du candidat communiste est vécue comme un “immense espoir pour toute la population de voir un progressiste à la tête du pays. La réunification est toujours le rêve de tous les Chypriotes ; l’actualité sur ce thème avance à grands pas. Mes parents ont vécu dans la

douleur la partition de l’île. Le poète Séféris, un grand ami de Chypre, ne disait-il pas “les maisons s’irritent facilement quand on les dépouille...”

N’oublions pas que Nicosie, notre capitale, est toujours divisée ; ce sont des gardes bleus de l’ONU qui patrouillent toujours dans la zone dite tampon “buffer zone”. Les réactions positives à l’élection de Dimitris Christofias entendues dans la partie turque sont un encouragement pour le proche avenir et de réelles avancées. Mais, il y a un mais, cela va être long, que vont faire les militaires turcs ? Comment vont-ils apprécier la nouvelle situation, issue de l’élection du 24 février ? Toutes ces questions s’entrechoquent...

 

 

 

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Publié dans Monde

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