ARRAS-LES RAISONS D'UN NOUVEAU RECUL DE LA GAUCHE

Arras
Les raisons d’un nouveau recul de la gauche
Par C.L.
COMMENT expliquer que la ville d’Arras qui avait fait élire deux députées socialistes il y huit mois après avoir voté à gauche aux présidentielles, ait pu conforter l’implantation d’une municipalité de droite, réélue cette fois dès le premier tour, avec 51,24 % des voix ?
Bien que tirant dans son sillage toute la droite locale, le maire J.M. Vanlerenberghe, qui commença sa carrière municipale comme allié de Guy Mollet, s’affiche depuis toujours comme centriste et aujourd’hui fidèle ami de Bayrou. Sa gestion municipale, caractérisée par de gros efforts financiers consentis pour la valorisation du centre ville et de ses atouts touristiques, se fait au détriment des besoins des couches populaires. Mais celles-ci pèsent de moins en moins dans la ville où l’abstention, sensible dans les quartiers périphériques, a encore progressé de plus de 5 %.
Avec une population en hausse, le nombre de votants a chuté de 1036. La droite n’a en fait progressé que de 80 voix sur 2001. Ajoutons aussi, que devenue la ville la plus chère de la région pour le prix du terrain, Arras offre aux promoteurs d’immeubles de standing les terrains abandonnés par toutes les usines détruites. Les travailleurs, comme les industries, n’y ont plus leur place. Pour affronter une droite authentique mais habilement camouflée, la gauche n’a pas mené la campagne vigoureuse qu’on pouvait espérer. Comment expliquer ces maigres 33,93 % obtenus par la gauche unie (PS, PC, ex- MDC), les pires jamais enregistrés. ? Au fil des ans, l’opposition socialiste au sein du conseil municipal était devenue de plus en plus molle. Elle fut notamment paralysée par la gestion consensuelle de la Communauté urbaine d’Arras. JM Vanlerenberghe gère en effet depuis 13 ans la Communauté urbaine d’Arras en parfaite harmonie avec les élus socialistes et la bénédiction de la CCI, aux mains du MEDEF.
Les divisions nées de la présidentielle au sein de la section socialiste ont retardé son entrée en lice, et pesé sur l’élaboration du programme. Le chef de file, Alain Fauquet, n’était ni le plus titré des candidats, ni le plus attendu. L’intrusion en bonne place dans la liste de gauche d’une personnalité de droite, sous prétexte de compenser le débauchage par l’adversaire de deux renégats prétendus de gauche, n’a fait qu’ajouter à la confusion voulue par la droite. Il s’ensuit le résultat inadmissible de l’absence de tout élu communiste au conseil municipal d’Arras, alors que le Front National y fait son entrée, grâce à ses 5,2 %. Les Verts progressent de 1,24 % et frôlent les 10 %. Ils doivent très probablement leur résultat à l’ancrage à gauche qu’ils ont affirmé lors de la précédente mandature et cela leur a permis de mordre sur la liste Fauquet. La constitution du Conseil Communautaire, annoncée pour le 4 avril s’avère décisive. Va-t-on rompre enfin avec l’aberrante opinion qui voudrait que la gestion de la CUA pourrait échapper au clivage gauche/droite qui vient encore de s’affirmer dans chaque commune ces jours-ci ?