PREMIERE RIPOSTE AUX NOUVELLES MESURES GOUVERNEMENTALES
Première riposte aux nouvelles mesures gouvernementales
À Lens, à Lille et partout en France, les salariés ont manifesté contre le passage aux 41 ans de cotisations et les retraités pour une augmentationdes pensions.
Par Jean-Michel Humez
IL semble bien que le gouvernement est loin d'avoir entendu le message des urnes lors des dernières élections municipales et cantonales. Nicolas Sarkozy et François Fillon ne veulent pas revenir sur les 15 milliards de cadeaux fiscaux et prétendent accélérer encore la politique de rigueur pour le plus grand nombre. Les attaques contre la retraite fontpartie de cette stratégie qui vise à détruire des pans entiers d'acquissociaux obtenus au fil des années et de nombreuses luttes.
Samedi, partout en France, quelque 100.000 salariés et retraités ont manifesté à l'appel de trois organisations syndicales (CGTFSU et Solidaires). Ce signal de la riposte a obtenu le soutien du Parti communiste français dont les militants étaient en nombre dans les différents défilés.
Travailler plus pour gagner moins ?
Après les quarante annuités d'abord pour les salariés du privé, puis pour ceux du public, après l'attaque des régimes spéciaux, le nouveau rendez-vous du 27 mars prévu par la loi Fillon de 2003 annonce la couleur : 41 ans de cotisation en 2012 pour prétendre à la retraite à taux plein, 42 ans un peu plus tard. Et pourquoi pas la suppression de toute référence à un âge de départ en retraite comme lerevendique le rapport Attali couvert d'éloge par Nicolas Sarkozy et le Medef ?
Pendant ce temps, les prélèvements sur les salariés augmentent, les salaires stagnent, la précarité croit et plus de 720.000 retraités vivent avec 632 euros par mois, le minimum vieillesse soit 23 % de moins que le seuil de pauvreté. Quant aux profits, ils vont bien, merci. Les entreprises du CAC 40 ont réalisé 100 milliards de profits, un record ! Et les 500 plus grandes fortunes professionnelles ont augmenté de 40%. Qui dit mieux ? Le président qui s'est accordé 174% d'augmentation ! Faire travailler plus longtemps apparait de plus en dehors de toute logique.
Le plan emploi-seniors est un échec. À peine plus de 50 % des 55/59 ans ont un emploi. Aujourd'hui, moins de 50 % des salariés «liquidant» leur retraite peuvent partir à taux plein et doivent subir une décote de -5 % par année manquante. Avec la précarité, particulièrement pour les jeunes et les femmes, cela s'amplifierait. Les propositions gouvernementales de 2008 conduiraient, en 2020, à des pensions équivalentes, en moyenne, à 55 % du dernier salaire. Avec les syndicats, le PCF demande l'augmentation des pensions, le rattrapage du pouvoir d'achat des retraites, le départ à 60 ans et la reconnaissance des départs anticipés pour pénibilité. L'emploi est au coeur du financement des retraites. Cela exige un relèvement du taux d'activité notamment des femmes, des jeunes, des seniors. Une politique de développement des salaires, de la formation contribuerait à un nouveau type de croissance ainsi que des mesures pour résorber la précarité et pour la reconnaissance des formations.
Taxer les revenus financiers
Le Parti communiste propose de revenir sur les exonérations de charges sans contrepartie. Il propose de moduler la part patronale en fonction de la politique d'emploi, de salaire et de formation des entreprises. L'objectif est d'accroître les rentrées de cotisations. Les entreprises qui développent l'emploi, les salaires, auraient un taux de cotisation relativement abaissé, mais comme il y aurait plus d'emploi, de salaires et de croissance réelle, cela accroîtrait la masse des cotisations ; les entreprises génératrices de licenciements, d'emplois précaires, de bas salaires, et qui joueraient sur les placements financiers seraient assujetties à des taux de cotisation beaucoup plus lourds.
Pour garantir le système par répartition, pouvoir partir réellement à 60 ans et avoir de bonnes retraites, de nouveaux financements sont incontournables. Les revenus financiers des entreprises ne contribuent pas au financement de la protection sociale. Il faut les taxer. Leur appliquer le même taux de cotisation qu'aux salaires apporterait 20 milliards d'euros par an alors que le déficit 2007 de la branche vieilles est de 5 milliards. À cela s'ajoute les revenus financiers nets des institutions financières 60 milliards, les assujettis au taux de la cotisation salariale pour les retraites ferait rentrer encore 6 milliards d'euros. Le Parti communiste exige aussi que le gouvernement cesse de couvrir le MEDEF qui bloque les négociations sur le départ anticipé à la retraite pour pénibilité du travail.
Amplifier le mouvement social et se battre pour une véritable politique de gauche
Alors que les précédentes réformes de 1993 et 2003 en modifiant le calcul des pensions, ont enclenché un cycle de baisse du niveau des retraites, le rallongement de la durée de cotisation, en l'état actuel de l'emploi et des salaires, dégraderait encore plus la situation. C'est pourquoi la mobilisation n'en est qu'à son début. Pour Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, la journée de samedi constitue «une mise en jambe, une initiative indispensable pour que le débat soit public dans le pays».
Il est vrai que pour rompre la logique du MEDEF et de la droite, sur les retraites comme sur d'autres questions, il faut se faire entendre. Et saisir toutes les occasions, par la rue, par les urnes... Il faut aussi reconstruire une gauche rassemblée qui a des idées, une gauche, en rupture avec le libéralisme et qui se bat, pour donner, par exemple, des droits de regard et de décision aux citoyens et aux salariés sur ce qui les concerne. Une gauche qui estime, par exemple, qu'il y a beaucoup d'argent qui pourrait être bien mieux au service du pouvoir d'achat, de l'école, de la formation, du service public, de la santé, dans la culture, les retraites pluôt que dans la spéculation comme c'est le cas avec l'affaire de la société générale et la crise financière en cours. C'est le message que les militants communistes tentent de faire passerdans les manifestations et dans les différents contacts avec les salariés.