LES DESSOUS D'UNE CAMPAGNE ANTI-CHINOISE

Publié le par Liberté 62


LES DESSOUS D'UNE CAMPAGNE

ANTI-CHINOISE

 

Organisée par le Cercle Henri Barbusse, une conférence-débat consacrée aux «dessous d'une campagne agressive anti-chinoise» une lumière singulière sur le sens et le contexte des événements du Tibet du mois de mars dernier.

 

Par Jérôme Skalski

  C'EST à Villeneuved'Ascq, vendredi 27 juin dernier, que s'est déroulée cette rencontre qui a rassemblé une cinquantaine de personnes autour d'Elisabeth Martens, universitaire, de Jean-Paul Desimpelaere, spécialiste du Tibet et de Ruolin Zheng, journaliste et correspondant à Paris du quotidien de Shanghaï Wen Hui Bao. Intervenant tout d'abord, Elisabeth Martens, auteur d’une Histoire du bouddhisme tibétain s'est attachée à évoquer la nature politique de l'idéologie revendiquée par le Dalaï lama et ses partisans.

 

Le dalaïsme, lecture unilatérale de l'histoire du Tibet

 

Au-delà de la question de la valeur spirituelle du bouddhisme tibétain, le «dalaïsme» présente, selon Elisabeth Martens, comme «une lecture unilatérale de l'histoire du Tibet». dans un premier temps le bouddhisme en général et son enseignement, l'histoire du bouddhisme au Tibet, a rappelé Elisabeth Martens, est celle d'une religion et d'une pratique politique qui a sous-tendu et structuré une société féodale extrêmement inégalitaire «avec 85 % des populations tibétaines réduite au servage ou à l'esclavage» «70 % des terres appartenant aux communautés religieuses». L'image mièvre et lénifiante souvent associée au bouddhisme tibétain ne tient pas à l'examen critique de son histoire selon l'universitaire, «le pouvoir du bouddhisme tibétain » ayant «maintenu les populations du Tibet dans un régime féodal avec un pouvoir ecclésiastique très conservateur et assez répressif» au cours des différentes périodes de l'histoire mouvementée du Tibet et ceci jusqu'aux années 1950.

 

L'image du bouddhisme tibétain, élément clef d'un dispositif destiné à isoler et déstabiliser la Chine

 

L'image d'un «bouddhisme mythique du Tibet», éhicule autoproclamé du véritable enseignement du bouddhisme, a insisté Elisabeth Martens, n'est pas tombée du ciel. Epurée et débarrassée – en apparence et pour l'apparence - de ses oripeaux théocratiques et féodaux, elle a constitué et constitue explicitement selon l'auteur d'une Histoire du bouddhisme tibétain 'élément clef du dispositif politique – soutenu et animé en particulier par l'administration des Etats-Unis - d'une «propagande » ée à isoler la Chine et en donner une représentation négative. «Propagande» de puissants relais en France, à droite comme à gauche. «Il est de bon ton, conclu Elisabeth Martens, dans les milieux de gauche et progressiste en particulier, de s'afficher avec le look «bouddhisme tibétain » ou encore de reprendre son vocabulaire : compassionnel, tolérant, ouvert, avec en prime le sourire bio... Ce qui est très attristant pour moi, c'est que toutes ces personnes qui sont, je n'en doute pas, pour la plupart, de très bonne volonté, pensent sincèrement défendre une cause juste, une cause honnête en défendant le Tibet de la manière dont le fait l'Occident. Ils ne se rendent absolument pas compte de l'ampleur de la mystification : mystification qui ne vise qu'un seul but : un but politique, celui de la déstabilisation de la Chine.»

 

Un séparatisme qui attise les haines communautaires

 

Intervenant à la suite d'Elisabeth Martens, Jean-Paul Desimpelaere, spécialiste du Tibet, a plus particulièrement évoqué les ressorts du nationalisme tibétain mis en avant par les partisans du Dalaï lama au regard de l'histoire passée et contemporaine de la Chine. Le développement actuel de la Chine, son décollage économique qui «dérange les Etats-Unis» selon Jean-Paul Desimpelaere, les poussent actuellement à exacerber leur pression sur la Chine.

Dans cette perspective, le soutien des revendications séparatistes tibétaines portée par le dalaïsme prend «pour les Etats-Unis», une acuité particulière. Mais cette stratégie «ne s'arrête pas au Tibet», elle vise aussi d'autres régions de la Chine qu'il s'agit de déstabiliser de l'intérieur et de l'extérieur sur la base de revendications nationalistes qui attisent la haine entre les différentes communautés et une vision étroite et chauvine de la nationalité.

 

Critiquer la Chine ou en dire n'importe quoi est devenu «politiquement correct» en France


Ruolin Zheng, journaliste et correspondant à Paris du quotidien de Shanghaï Wen Hui Bao, est pour sa part intervenu en fin de conférence pour évoquer le contexte de la récente campagne anti-chinoise qui s'est cristallisée autour des événements du Tibet. «Le 14 mars [début des «Emeutes de Lhassa» , n.d.l.r.] n'est pas né du hasard, expliqué Ruolin Zheng. Il résulte d'une longue préparation qui s'est mise en marche dès que la Chine a obtenu le feu vert pour organiser les JO. Le but : diaboliser la Chine et faire échouer les JO pour que la Chine perde sa bonne image.»

Evoquant l'unilatéralité de l'information sur la Chine en France ou en Occident en général ainsi que les difficultés pour trouver des informations justes sur la Chine, Ruolin Zheng a prévenu : «En France, il est devenu «politiquement correct» de critiquer la Chine ou de dire n'importe quoi... Dans l'affaire du 14 mars par exemple, ce n'est pas l'armée chinoise qui a tiré sur la foule. Ce sont les émeutiers qui sont allés lyncher des chinois Hans de Lhassa. Dans un magasin, 5 filles ont été brûlée vives et sont toutes mortes ! Le magasin était tenu par des chinois, mais dans ce magasin, il y avait aussi des tibétaines qui travaillaient ! J'ai voulu le dire au cours d'une émission à laquelle j'ai participé. On m'a dissuadé de le faire : pas «politiquement correct»...» ès avoir évoqué l'action du gouvernement chinois et son efficacité après le séisme qui a secoué la Chine en mai dernier Ruolin Zheng a conclu : «La Chine a beaucoup de problèmes. La Chine n'est pas un paradis terrestre mais la Chine possède sa propre valeur. Pourquoi les Etats-Unis veulent tout faire pour diaboliser la Chine ? Parce que la Chine est en train de créer une alternative et que cette alternative est dangereuse pour eux.»

 

 

A lire : Elisabeth Martens, Histoire du

bouddhisme tibétain - La compassion

des puissants, L'Harmattan.

 

 

QUE S'EST-IL VRAIMENT PASSÉ LORS DES «ÉMEUTES DE LHASSA» ?

 

Les polémiques qui se sont engagées au passage de la flamme olympique ont singulièrement occulté les événements qui sont sensés les avoir fait naître et qui se sont déroulés les 14 et 15 mars derniers à Lhassa.

 

LES érents témoignages qui ont pu être recueillis auprès des occidentaux présents sur place convergent pour donner de ces événements une image assez éloignée de celle sur laquelle s'est focalisée l'opinion publique internationale. Dans un article publié dans The Economist, James Miles, le seul journaliste occidental accrédité présent à Lhassa le jour du déclenchement des événements, évoque les faits sans fard. Il parle d'«émeutes» cours desquelles «une foule de plusieurs dizaines» Tibétains se sont tout d'abord «déchaînée sur l’avenue» de Lhassa : «...certains criaient et jetaient des pierres sur les magasins appartenant à des Chinois d’origine Han [la communauté à laquelle appartient plus de 90 % de la population chinoise n.d.l.r.] et sur les taxis, dont la plupart à Lhassa sont conduits par des Hans. L’émeute s’est rapidement propagée à travers les ruelles de la vieille ville tibétaine (...) Nombre de ces rues sont bordées de petits commerces, pour la plupart appartenant à des Hans ou des Huis, une ethnie musulmane (...) Des foules se sont alors rassemblées, apparemment spontanément, en de nombreuses parties du quartier. Elles ont dévasté les magasins n’appartenant pas aux Tibétains, et répandu leurs marchandises dans la rue, avant d’y mettre le feu. Tout ce que contenaient ces boutiques, des quartiers de viande de yak jusqu’à la lessive, était apporté sur ces bûchers. Les émeutiers s’amusaient aussi à jeter au feu des bombonnes de gaz avant d’aller se mettre à l’abri en courant avant l’explosion. Quelques uns scandaient «Vive le Dalaï Lama !» Et «Tibet libre !»»

Ce témoignage évoquant une atmosphère de pogrom est corroboré par l'ensemble de ceux qui ont été recueillis auprès des touristes occidentaux présents à Lhassa les 14 et 15 mars. Nous en évoquerons trois.


Bente Walle, un touriste Danois : «Des moines et de jeunes gens de 15 à 16 ans ont assailli les magasins chinois, défonçant portes et fenêtres et boutant le feu aux magasins et tabassant les Chinois à leur portée. J’ai vu des agressions très brutales. J’ai vu comment deux Chinois ont été emmenés – pour autant que j’ai pu m’en rendre compte, ils ont été tabassés à mort. Au début, la police était très réticente. Les moines et les jeunes en furie étaient déchaînés. Ce n’est que lorsqu’ils se sont approchés du Palais d’Hiver qu’ils se sont heurtés à la police, aux militaires et aux véhicules de l’armée sur lesquels il y avait des armes. Tout autour de nous était la proie des flammes, y compris les véhicules de la police, les voitures de pompiers, les boutiques et magasins chinois. La situation échappait absolument à tout contrôle. Les attaques contre les magasins chinois se sont poursuivies sans discontinuer.»


Juan Carlos Alonso, touriste espagnol : « Les jeunes voulaient détruire tout ce qui était chinois et qui se trouvait sur leur chemin. Ils avaient des couteaux, des pierres, des machettes, des couteaux de boucher. De nombreux Chinois couraient pour sauver leur vie. J’ai vu au moins 35 Chinois blessés. Je les ai vu arracher une jeune fille à sa maison et la frapper avec des pierres. Elle criait «Au secours ! »...»

Aurélien X, touriste français : « J'ai (...) assisté en une heure à une dizaine de lynchages et de rixes, parfois par un groupe de 20 Tibétains poursuivant et passant a tabac un Chinois. Les scooters récupérés sont placés au milieu de la rue et incendiés. Rapidement, le nombre de bûchers augmente. Le nombre de personnes dans les rues aussi. La tension monte encore d'un cran, et vient le moment de s'attaquer aux boutiques chinoises : quelques minutes suffisent pour défoncer leur rideau de fer et brûler leur contenu au milieu de la rue. »

 

J.S.

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Publié dans Evénement

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