SPEIDEL, L'AFFRONT FAIT A LA FRANCE
ENTRETIEN
AVEC JEAN-CLAUDE FAIPEUR,
AUTEUR DU LIVRE
“Crime de fidélité ou Speidel,
l’affront fait à la France (1957-1958)”
SIGNATAIRE DE LA LETTRE DES APPELÉS ET EMPRISONNÉ
Propos recueillis par J.M.H.
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Liberté 62 : Pourquoi avoir attendu cinquante ans pour écrire ce livre ?
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Jean-Claude Faipeur : J’ai rencontré récemment des anciens camarades concernés par cette affaire. Eux recherchaient plutôt à établir la liste des anciens signataires et proposèrent une exposition itinérante. Ce projet est de plus en plus d’actualité et permettra sans aucun doute de se plonger directement dans cet épisode de l’histoire. De plus, leur démarche s’est révélée comme un déclic et m’a incité à prendre la plume pour aller plus loin dans le témoignage. N’ayant pas de projet de livre en cours, je me suis donc lancé dans ce défi (l’auteur a écrit plusieurs livres sur d’autres sujets (N.D.L.R.).
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L. 62 : Qui étiez-vous en 1957 ?
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J.-C. F. : En 1957, j’étais un jeune homme de vingt ans, c’està- dire appelé à accomplir 28 mois de service militaire. J’étais dans l’imprimerie, comme ouvrier clicheur. Mes parents étaient ouvriers, mais je n’ai pas connu mon père déporté à Auschwitz parce que communiste. Il n’en est jamais revenu. En 1957, militant du PCF, j’apprends comme d’autres la nomination d’un ancien officier hitlérien à la tête de l’OTAN et donc de l’armée française. Je refuse, comme un certain nombre de jeunes de servir sous les ordres d’un tel officier par fidélité à nos pères. De là commence notre incarcération et les mois de campagne pour notre libération.
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L.62 : Cet épisode représente certainement un grand moment de votre vie ?
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J.-C. F. : On ne peut effectivement oublié une période aussi importante de sa jeunesse et les liens indéfectibles tissés à cette période. C’est pourquoi, j’ai aussi voulu écrire ce livre qui se veut un témoignage de reconnaissance envers toutes celles et tous ceux, particuliers ou organisations qui nous ont aidés, soutenus moralement, financièrement et activement.
Lettre des appelés
Paris, le 30 Janvier 1957 Monsieur le Président de la République, Nous, fils de patriotes français assassinés par les nazis, tenons à vous manifester, en votre qualité de chef des armées, notre profonde indignation devant la récente nomination du général hitlérien Speidel au poste de commandant des forces terrestres du secteur centre Europe de l’O.T.A.N.
Nous prenons pour une insulte à la mémoire de ceux qui sont tombés sous les coups des nazis, l’acceptation de cet acte par le gouvernement français. Nous dénonçons la présence à la tête des forces armées françaises d’un général allemand qui envoya à la mort des milliers de résistants, d’un criminel dont le nom est lié aux massacres commis par les envahisseurs hitlériens.
Nous aimons notre pays, nous sommes prêts à le servir et à faire tout notre devoir de soldats français. C’est justement pour cela que notre conscience nous dicte le refus de servir dans une armée qui compte au nombre de ses chefs, un des assassins de nos pères. A quelques mois d’accomplir notre service militaire, nous avons l’honneur de porter à votre connaissance cette décision solennelle.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le
Président de la République, nos sentiments les plus respectueux
CLAUDE DUBOIS REFUSE DE SERVIR
L’ASSASSIN DE SON PÈRE
EN 1943 un patriote est arrêté, arraché sans pitié à l’affection des siens. Une maman tenant à la main son petit, pleure celui qu’on vient de lui enlever. Et plus jamais Jules Dubois ne franchira la porte de sa petite maison. Hans Speidel a une fois de plus envoyé à la mort l’un des plus authentiques patriotes français. 14 ans se sont écoulés. Celui qui avait 6 ans lorsqu’il vit partir son père pour les camps de la mort, Claude Dubois a aujourd’hui 20 ans.
Depuis de nombreuses années, Claude Dubois élevé dans le souvenir de son père travaille chaque jour pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa maman qui le chérit tendrement. Claude Dubois songeait tristement au départ au service militaire qui devait priver sa mère du seul soutien qui lui restait. Claude était prêt à faire son devoir de français, lorsqu’un matin il apprenait par la Presse que le Général hitlérien Hans Speidel venait d’être nommé au commandement des Forces Terrestres du Centre Europe. Ce fut un véritable sentiment de révolte. Ainsi, il devrait lui, le fils du patriote mort en déportation, servir sous les ordres de l’assassin de son père. Et cela il ne le voulait à aucun prix. Il en informa le Président de la République dans une lettre où il exposait toutes les raisons qu’il avait de s’y refuser. La semaine dernière, Claude recevait du gouvernement français, l’ordre de se rendre le 3 mai dans cette Armée ou Speidel détient le principal poste de direction. Fidèle à la mémoire de son père, Claude Dubois a répondu «NON», que le gouvernement chasse de France le Général hitlérien. Nous nous associons à ce geste hautement patriotique d’un jeune de 20 ans et nous appelons toute la population…
À MANIFESTER
SA SOLIDARITÉ
À CLAUDE DUBOIS
L’Union des Jeunesses
Communistes
du Pas-de-Calais