LIBERTE 62 - FM - LA DIRECTION HOSTILE À LA TAXE DU SYNDICATMIXTE...

Publié le par Liberté 62



FRANÇAISE DE MÉCANIQUE (DOUVRIN) : LA DIRECTION HOSTILE À LA TAXE DU SYNDICATMIXTE DES TRANSPORTS

 

PETIT CHANTAGE (HABITUEL) SUR L’EMPLOI

 

La création de postes de travail, une revendication cruciale

Par Pierre Pirierros


CONDITIONS et rythmes de travail, fortes cadences, santé professionnelle, changements intempestifs de postes de travail : la CGT de la Française de Mécanique est, assurément, à lʼoffensive. Nouveau dossier sensible : la taxe mise en place par le syndicat mixte des transports et l'hostilité récurrente de la direction, par le biais d'une déclaration de Didier Blanchard, directeur. Que dit-il ? "Cela coûterait au bas mot Un million d'euros par an à la FM..." et ajoute, non sans cynisme, "qu'il faudra poser la question d'une autre implantation industrielle dans la mesure où cette taxe est à verser chaque année". Surgit d'un seul coup, d'un seul, l'arme de la délocalisation... et la menace rampante.

Ce qui amène la CGT à dénoncer "le petit chantage à l'emploi pour la défense des profits". Car, en définitive, ce que met en ordre de bataille la direction, ce sont ses méthodes habituelles d'intimidation vis-à-vis des institutions et des élus et a fortiori vis-à-vis des travailleurs. Ce que ne dit pas M. Blanchard, c'est l'exonération de charges sociales sur les bas salaires - 7,5 millions d'euros - entre 2002 et 2005 ! La taxe payée par PSA (qui co-dirige l'entreprise avec Renault) sur ses sites industriels dont la FM a baissé de 33%, est passée de 112 à 75 millions de 2006 à 2007.

Et la CGT de poser la question cruciale de la création d'emplois durables, "et si tous ces millions d'exonérations de cotisations ou de taxe servaient à créer des emplois, cela se saurait. A contrario, cela ruine les caisses de la Sécurité sociale et celles des collectivités territoriales locales. Les actionnaires de Peugeot et de Renault n'hésitent pas un seul instant à boursicoter sur le dos des salariés."

 

Lourd climat social

 

La situation générale de lʼautomobile et des constructeurs Renault et PSA, principaux actionnaires de la FM, nʼest pas sans conséquences directe sur le climat social de lʼentreprise. “Et pourtant, dit la CGT, nous produisons 7500 moteurs par jour, avec tout ce que cela comporte de contraintes et dʼefforts de la part des travailleurs. ll nʼy a plus de politique industrielle ; lʼhabillage de créations quant aux postes de travail est insupportable”, insistent élus du comité dʼentreprise et délégués de la CGT. La fermeture de la fonderie, il y a deux ans, a dʼénormes conséquences sur les effectifs; aussi, de 4757 salariés en CDI et 755 intérimaires, en 2003, les chiffres actuels sont de 3932 salariés en CDI et 420 intérimaires. Sur cette courte période, on assiste à une baisse de plus de 1000 personnes (intérimaires compris). Le fait de ne pas embaucher a des impacts directs sur la santé et la vie privée du personnel. Cela se traduit par des heures supplémentaires et un accroissement de la flexibilité des horaires. Dans les ateliers, des méthodes de travail (Hoshin, Kaizen, Titan), ont été mises en place pour faire passer lʼintensification de la charge de travail. La polyvalence est devenue (depuis le mois de janvier dernier) une condition obligatoire pour passer au coefficient supérieur et sera utilisée comme un moyen de pressions supplémentaires.

 

Lʼemploi, la priorité

 

Lʼemploi est au coeur des préoccupations des syndicalistes et des salariés. Le secteur des équipementiers automobiles se trouve fragilisé, tout de même, devant une concurrence exacerbée alors que les délocalisations dʼactivités entières sont légion que ce soit à Faurecia ou ailleurs. La fermeture récente de Cadence Innovation, les difficultés sur les chaînes de Renault-Douai, lʼavenir de STARuitz, constituent une actualité suivie par les salariés de lʼAutomobile et, donc, par ceux de Douvrin.

Calculer au plus juste les stocks, nous vivons cela toute lʼannée, commentent les délégués syndicaux de la CGT ; à la moindre contrainte de production, panne de machine, baisse ou augmentation des commandes, rupture de stocks chez les fournisseurs. À chaque fois, ce sont nos horaires qui trinquent, les week-end qui sont écourtés ou des journées de repos imprévues qui nous sont imposées. Pendant notre poste de travail, nos pauses repas sont souvent décalées. Ces derniers temps, pour réaliser des modifications importantes sur les lignes dʼusinage DV, la direction nʼa pas hésité à faire des stocks de pièces pour anticiper les arrêts de production. Mais des stocks, elle en fait au minimum, elle gagne plus dʼargent en contraignant les salariés à modifier régulièrement les horaires de travail. Depuis septembre 2006, la situation a continué à se dégrader. Lʼannonce de (faux) mauvais résultats autorise les directions de PSA et de Renault à justifier de nouvelles attaques contre les conditions de travail. À Renault, les annonces de baisse des ventes suscitent des légitimes inquiétudes chez les salariés ; les actionnaires, eux, voient le cours des actions battre des records”.


Redistribution des cartes


Aujourdʼhui, le Pas-de-Calais est confronté à une redistribution des cartes chez quasiment tous les équipementiers automobiles et les activités sous-traitantes, Faurecia, Bosal, Cadence Innovation, STA Ruitz, Plastic Omnium. Des “grands noms” des équipementiers automobiles taillent de plus en plus dans leurs effectifs, en France mais pas seulement, et ils ne se limitent plus aux intérimaires, ils suppriment aussi des CDI. Les équipementiers suivent les usines des constructeurs, les “petites pièces” ont été délocalisées dans des pays à faible coût de main dʼoeuvre. Les entreprises veulent être de plus en plus compétitives sur le marché des pièces automobiles mais aussi hors automobile.

 

Maladies professionnelles en hausse

 

À la Française de Mécanique, les maladies professionnelles sont toujours en hausse, 16% dʼaugmentation en 2006 avec 25 nouveaux cas déclarés dʼaffection péri-articulaire. 71 cas, en trois ans, ce qui nous donne une idée des dégâts consécutifs à lʼintensification du travail à la chaîne. La mise en place de mesures ergonomiques est utilisée comme un ajustement à lʼaugmentation des cadences. Les salariés paient un lourd tribu à lʼexposition à lʼamiante et à la silice, matériaux utilisés pendant plus de 25 ans dans les différents ateliers. En trois ans, on a recensé 56 maladies déclarées dont 7 cancers broncho-pulmonaires. En 2006, quatorze salariés de la FM ont déclaré une maladie professionnelle liée à lʼamiante ; ils sʼajoutent aux douze “cas” de 2005 et aux onze de 2003 ; en 2004, le nombre sʼélevait à sept.

Mais Il y a eu une stratégie délibérée des industriels pour "retarder le plus longtemps possible l'interdiction" de l'amiante en France, affirment les sénateurs communistes membres de la mission d'information du Sénat sur ce produit. Cʼest tout le débat de fond qui oppose le monde du travail au patronat. Dans notre pays, cʼest la prise en compte politique d'un drame humain à l'origine de 3.000 décès par an et 100.000 morts annoncés qui prévaut au lieu et place de toute autre considération.

Les fibres d'amiante lorsqu'elles ont été inhalées sont, de par leur dimension, leur forme et leur persistance, très difficiles à éliminer. Elles entraînent l'apparition de pathologies graves et affectent la région pulmonaire. Cette observation fut à maintes fois réitérée, lors dʼune récente initiative organisée à Douvrin, avec sensibilité, par les anciens fondeurs de la FM et les salariés actuels.

Éliminer, prévenir et réparer”, la CGT demande que les personnes ayant été exposées soient recensées et bénéficient dʼun suivi médical. Lʼexemple de lʼamiante montre quʼune mauvaise gestion du risque est coûteuse humainement et financièrement à la collectivité nationale, du fait notamment de la dilution ou de la mutualisation des responsabilités dans le temps. La prévention, cʼest un des premiers clignotants de la chaîne de veille sanitaire. La complicité des employeurs, lʼinaction de lʼÉtat et le silence de certains médecins du travail font que la chaîne de veille sanitaire a failli à sa mission et nʼa pas accompli sa tâche. S'agissant d'un problème de santé, il est nécessaire de se doter d'importants moyens tant matériels que financiers.

 

 

 

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