LIBERTE 62 - QUAND LE GOUVERNEMENT S'OCCUPE DE LA POSTE...

Publié le par Liberté 62





QUAND LE GOUVERNEMENT S'OCCUPE DE LA POSTE
SALARIES ET USAGERS TRIQUENT



La mobilisation s'avére forte face à la privatisation d'un pan essentiel du service public.

 

Par Jean-Michel Humez

 

LA Poste privatisée ? Loin de là. La mobilisation de ce mardi a permis de démontrer l'hostilité des salariés et de leurs organisations syndicales à cette mesure. Les usagers se sentent eux aussi concernés de même les partis de gauche et en particulier les communistes qui se sont retrouvés sur le pavé pour s'opposer à une véritable machine de guerre contre le service public. La Poste vaut bien ce sursaut populaire qui fait suite aux initiatives que les syndicats ont déployé depuis cet été, aux multiples réunions avec le personnel, à la pétition qui a recueilli 50 000 signatures de salariés et plus de 90 000 dʼusagers. De même, les syndicats ont lancé cet appel à la grève du 23 septembre depuis la rentrée et de manière unitaire, ce qui a encouragé la mobilisation qui fut exceptionnelle cette semaine.

 

Jean-Paul Bailly allume la mèche

 

Début juillet, le patron de la plus grosse entreprise de France (265 000 employés) a lancé une déclaration de guerre aux personnels et aux usagers de La Poste, en faisant connaître son plan dʼaction. En vue de lʼouverture totale du secteur postal à la concurrence au 1er janvier 2011 dans lʼUnion européenne, Jean-Paul Bailly “propose” de transformer lʼentreprise publique en société anonyme dès janvier 2010, pour ouvrir et augmenter son capital en 2011, sous forme dʼune mise en Bourse qui permettrait de capter 3 milliards dʼeuros dont lʼentreprise aurait besoin pour se “développer ”.

Selon lui, cʼest la seule option possible pour assurer la survie de La Poste en milieu concurrentiel : “Il nʼy a pas de voie moyenne entre le développement ou le déclin”, considère-t-il. Pourtant, en ces temps de crise financière, confier le développement de La Poste à la Bourse sʼavère, pour le moins, un pari risqué. Jean-Paul Bailly est pressé, puisquʼil souhaite que le changement de statut soit soumis dès le premier semestre 2009 au Parlement. Il faut savoir aussi que les conditions de travail se sont déjà beaucoup détériorées à La Poste et, avec elles, les missions de services publics. Les craintes que la privatisation accélère encore cette dégradation sont énormes. Et justifiées. La Poste est une entreprise de bas salaires. Beaucoup dʼemplois sont précaires. Les contractuels craignent pour lʼavenir car les ouvertures de capital se terminent toujours par des suppressions dʼemplois. Et puis, cette foisci, les personnels se sentent soutenus par la population. Cʼest la première fois quʼune mobilisation rassemble autant de diversité, syndicale avec lʼengagement des fédérations et des confédérations, mais aussi politique avec tous les partis de gauche et citoyenne avec les associations dʼusagers. Cette force, avant même la première date de grève, contraint le président de la République à être prudent.

Obtenir les moyens de développer le service public postal

Cet objectif ne passe pas obligatoirement par une ouverture du capital estiment les syndicats. Une telle politique se traduit inévitablement par une demande de dividende pour les actionnaires. Les exemples récents de France Télécom et dʼEDF sont là pour rappeler que lʼouverture du capital sʼest rapidement traduite par un désengagement de lʼÉtat malgré les promesses, par une dégradation du service aux usagers et une augmentation de tarifs. Pour la CGT, il nʼy a pas besoin de privatiser. Toutes les activités de La Poste sont déjà libéralisées, sauf la lettre de moins de 50 grammes. Le fait que la concurrence sʼexerce nʼempêche pas lʼentreprise dʼêtre bénéficiaire.

On nous dit quʼil faut trouver 3,5 milliards dʼeuros pour prendre des acquisitions dans les pays européens. "Mais pourquoi les opérateurs devraient forcément sʼaffronter ?" interroge la CGT qui plaide pour un développement de coopérations entre les pays qui réponde aux énormes besoins de communication. Elle ajoute quʼaujourdʼhui La Poste sʼautogère. LʼÉtat a déjà ponctionné sur ses recettes 2 milliards dʼeuros pour financer la retraite des agents. Un autre milliard est supporté par La Poste qui finance le service universel comprenant de la présence postale, de lʼaide presse ou de lʼaccessibilité bancaire et, pour la première fois en 2007, lʼÉtat a réclamé 241 000 euros de rémunération en tant quʼactionnaire. Pour autant la CGT n'est pas pour le statu quo : "Il y a beaucoup à changer pour améliorer le service et les conditions de travail du personnel. La vraie bonne idée, par exemple, serait de développer le réseau des bureaux qui rendent tous les services en même temps. Dans un autre domaine, on peut imaginer une coopération de La Poste avec le TGV qui permettrait au courrier posté le matin dʼarriver le soir".


Prudence gouvernementale


En quelques mois, le mouvement contre la privatisation de La Poste a déjà pris suffisamment de force pour contraindre le gouvernement à la prudence. Les ministres se font discrets. Le président de la République a annoncé la création dʼune commission qui doit rendre un rapport le 30 novembre. C'est que lʼopinion publique est, pour le moins, sceptique sur une privatisation pourtant présentée comme inéluctable. Cʼest ce que révèle le sondage paru dans l'Humanité, réalisé par CSA. 61 % des sondés se disent défavorables à un changement de statut de La Poste, dont 40 %, assez radicalement puisquʼils déclarent nʼêtre “pas du tout” favorables. Les sympathisants de gauche (75 %) se différencient de ceux dont le coeur penche à droite, mais tout le monde est loin dʼêtre convaincu parmi les amis de Sarkozy. Il y a, à droite, tout de même 42 % de sympathisants qui sʼaffichent plutôt contre un passage en société anonyme. Le gouvernement marche d'autant plus sur des oeufs que si la question était posée demain lors d'un référendum, les urnes pencheraient contre la privatisation. Selon ce même sondage, 61 % des Français voteraient “non” au changement de statut, une majorité de refus sʼexprimant, sans surprise dans le secteur public (73 %) mais aussi dans le privé (55 %).

 

 

LES ÉLUS COMMUNISTES DISENT NON À LA PRIVATISATION DE LA POSTE

 

Suite à lʼannonce par le Gouvernement de sa volonté de transformer la Poste en société anonyme et dʼouvrir son capital, les élus communistes du Conseil Général du Pas de Calais réunis ce jour à Arras déclarent sʼopposer résolument à ce projet de privatisation et apportent leur soutien aux salariés en grève pour la défense du service public postal. Répondant aux exigences de rentabilité financière des traités européens et de libéralisation des services publics, le gouvernement, après France Telecom, EDF GDF, continue donc à livrer les services publics aux intérêts purement financiers au détriment de ceux de la population. Pourtant déjà partout en Europe et dans le Monde, les privatisations postales ont eu des conséquences désastreuses pour les personnels comme pour les populations : accélération des fermetures de bureaux de Poste, réduction des horaires dʼouverture, dégradation accrue des services rendus avec une réduction drastique du personnel, dégradation de la distribution du courrier, augmentation des tarifs… La Poste nʼest pas une entreprise comme les autres. Sa vocation première, sa raison dʼêtre, cʼest le Service Public. Il est donc impensable que lʼon puisse décider de son avenir sans consulter ses véritables propriétaires, les citoyens ! Cʼest pourquoi, les élus communistes demandent lʼorganisation dʼun grand débat public national sur lʼavenir de la Poste avec les élus, les usagers et les personnels. Ils exigent que les citoyens puissent se prononcer sur lʼavenir de la Poste par référendum comme le permet la Constitution. Sʼétant toujours opposés par leur vote aux directives européennes ouvrant les services publics à la concurrence, les élus communistes sʼassocient à la mobilisation du 23 septembre et appellent au rassemblement le plus large pour un service public rénové, démocratisé et à 100% public.

 

Dominique Watrin, Président du Groupe Communiste au Conseil général

 

 

VOICI LE TEXTE DE LA PÉTITION COMMUNE AUX PARTIS DE GAUCHE,MRC-PCF-PRG-PS, INTITULÉ “NON À LA PRIVATISATION DE LA POSTE !”

 

LA Poste est en danger. La dégradation du service public se poursuit depuis plusieurs années, marquée par le manque de personnel dans les quartiers populaires des villes et la fermeture de bureaux ruraux, ainsi que la transformation du service financier de La Poste en Banque postale avec la banalisation du livret A. Le gouvernement a maintenant lʼintention de privatiser La Poste en en faisant une société anonyme dont le capital sera introduit en Bourse. Cette réforme sonnerait le glas du service public postal, cʼest-à-dire de lʼun des services publics essentiels à lʼexercice réel des droits des citoyens, en lʼoccurrence du droit à la communication. Nous devons lʼempêcher, car nous voulons que ce droit fondamental puisse continuer à sʼexercer avec des garanties quʼune gestion privée ne peut apporter. De quoi sʼagit-il concrètement ? De ne pas sacrifier davantage la présence des bureaux de poste dans les zones rurales et les quartiers populaires, partout où lʼactivité de La Poste ne peut dégager une rentabilité importante. Dʼaméliorer les conditions de distribution du courrier et dʼaccueil des usagers, et non de les moduler en fonction de lʼintérêt financier des zones couvertes. De garantir le prix unique du timbre, de pérenniser la distribution six jours sur sept, supérieure aux obligations européennes. De permettre aux foyers les plus modestes de trouver encore un partenaire bancaire au sein de La Poste, attentif à leur situation. La privatisation de La Poste ne va pas améliorer la qualité du service rendu, mais au contraire la dégrader et rendre celui-ci beaucoup plus inégalitaire. Nous nous opposons donc vigoureusement à cette privatisation. Nous demandons que le gouvernement ouvre un grand débat public sur les missions de La Poste et sur lʼamélioration du service rendu en réponse aux besoins de la population, ainsi que sur les nouvelles formes de gestion qui permettront de démocratiser les services publics en impliquant davantage les représentants des usagers, des salariés et des élus. www.pcf.fr



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