LIBERTE 62 - LA BIODIVERSITÉ URBAINE, UN ENJEU POUR DEMAIN
LA BIODIVERSITÉ URBAINE, UN ENJEU POUR DEMAIN
Le 28 septembre sʼest tenu à Bobigny (Seine-Saint-Denis) le “Premier Colloque International sur la Biodiversité Urbaine” à lʼinitiative de lʼODBU (Observatoire Départemental de la Biodiversité Urbaine de la Seine-Saint-Denis). Plus de 400 personnes : naturalistes, écologues, sociologues, géographes, urbanistes et praticiens des collectivités locales, venues du monde entier,se sont réunies autour du thème “Appréhender la biodiversité dans la ville; un nouveau défi ?”
LA notion de biodiversité est née, il y a une vingtaine dʼannées. Lʼidée que la ville puisse être appréhendée comme un écosystème ou une série dʼécosystèmes riches dʼune biodiversité à découvrir est tout aussi récente. Si la ville est un milieu conçu par les êtres humains en opposition avec la “nature”, elle nʼen est pas moins un lieu de vie dans lequel se développent de nombreuses espèces végétales et animales.
“La nature nʼexiste pas !”
Dès lʼouverture, John Celecia, un des précurseurs de la prise en compte des villes comme des systèmes écologiques à part entière, lʼaffirme “la nature vierge nʼexiste pas, tout au moins en Europe”. Cet ancien coordonnateur du Programme International Homme et Biosphère de lʼUNESCO le précise “lʼensemble des paysages de notre continent a été façonné par les êtres humains au cours des siècles”. Les campagnes ne sont donc, de ce point de vue, pas différentes des villes. La nature “vierge” subsiste peut-être encore en haute montagne, milieu peu favorable au vivant. On peut dʼailleurs douter de cette dernière affirmation lorsque lʼon observe les résidus divers laissés par les promeneurs ou les cordées.
La biodiversité en ville
La reconnaissance de la biodiversité urbaine commence par un inventaire des espèces présentes. Les espèces urbaines sont regroupées en deux catégories : les espèces introduites par lʼhomme (animaux domestiques, végétaux dʼornement exotiques) les espèces généralistes, natives, qui se sont adaptées au milieu. Les espèces spécialisées dans des milieux particuliers : forêts, étangs ont bien sûr plus de difficultés à sʼadapter au milieu urbain.
Parmi les espèces introduites par lʼhomme certaines peuvent se révéler invasives et concurrencer les espèces natives au point de les faire disparaître. Dʼautres peuvent avoir un rôle destructeur. Robert Barbault, directeur du Département Ecologie et Biodiversité au Muséum dʼHistoire Naturelle de Paris, cite à ce sujet une étude réalisée à Londres sur les chats domestiques “bien nourris ”. Ils rapportent chaque année à leur domicile 17 proies parmi lesquelles 3 à 4 oiseaux. “Il y a en France environ six millions de chats domestiques dont on peut estimer quʼils sont bien nourris , à 3 oiseaux par chat cela fait 18 millions dʼoiseaux soit plus que les 15millions dʼoiseaux tués chaque année par les chasseurs”, rappelle, non sans humour, le chercheur. Un résultat pour le moins inattendu de lʼétude des écosystèmes urbains !
La ville comme refuge !
La compilation des inventaires accumulés au cours de ces dernières années produit des constats surprenants. Les villes, avec leurs parcs, leurs jardins privatifs et familiaux, leurs espaces verts, leurs friches, sont devenues des refuges pour certaines espèces menacées dans les zones rurales où elles sont mises en danger par les pratiques culturales actuelles. Le cas des abeilles est à ce propos exemplaire. En effet, les ruches sont aujourdʼhui plus productives dans les zones périurbaines, voire urbaines comme à Paris avec les ruchers installés sur les toits de lʼOpéra. Balcons fleuris, jardins sont riches de variétés florales qui assurent aux abeilles une nourriture du printemps à lʼautomne. Dans les campagnes, au contraire, la monoculture assure une subsistance abondante pendant une période courte et une disette le reste du temps.
Une “nature” rêvée
La “nature” en ville apporte aux citadins un cadre de vie subjectivement plus agréable. Cependant, ceux-ci sont-ils prêts à lʼaccepter dans son intégralité ? Favorables au retour de lʼours dans les Pyrénées, sont-ils prêts à accepter le retour du castor comme à Lyon, celui des sangliers comme à la périphérie de Marseille ou celui du renard ? Un des représentant de Lille, où la Citadelle accueille aujourdʼhui plus de quarante espèces protégées, expliquait que les réactions des habitants lors de la mise en place de la gestion différenciée des espaces verts nʼavaient pas toujours été enthousiastes. Lʼeffet de cette gestion est positif pour la biodiversité, pour la qualité de lʼeau, de lʼair, mais exige de renoncer aux pelouses impeccables, aux magnifiques massifs floraux composés et “artificiels”. Lʼesthétique de la ville en est transformée et ce changement prend les habitudes à contre-pied.
Comprendre mieux le fonctionnement de lʼécosystème urbain est devenu aujourdʼhui un enjeu essentiel pour la conception du cadre de vie des êtres humains dont plus des trois quarts sont appelés à vivre en ville dans les toutes prochaines années. Mais doit-on choisir à lʼavance la composition des éléments du tissu vivant qui va nous environner ou doit-on laisser des espaces libres qui évolueront selon leur propre dynamique ? Cette question est au centre des préoccupations des urbanistes et des géographes qui travaillent sur la mise en place de “trames vertes” et de “trames bleues” afin de permettre une continuité entre les zones vertes urbaines et lʼespace ouvert rural et faciliter la mobilité des espèces. “Mettre la campagne à la ville”, en quelque sorte, pour renverser la célèbre maxime dʼAlphonse Allais.
A. C.
Mots clefs
• Biotope : milieu biologique déterminé offrant des conditions dʼhabitat stables à un ensemble dʼespèces animales et végétales.
• Ecosystème : Biotope + biocénose forment un écosystème.
• Espèce : population dʼindividus capables de se reproduire entre eux. Le nombre dʼespèces aujourd ʼhui connues est dʼenviron 1,5 million. Les naturalistes sʼaccordent pour estimer quʼil y en a trois à quatre fois plus à identifier.
• Ecologie : étude des écosystème.
•Les écologues font la synthèse entre les conditions du milieu (biotope), lʼinventaire des espèces qui y vivent (biocénose), le mode de vie des espèces et les interactions de ces espèces entre elles et avec le milieu quʼelles occupent.
• Biocénose : ensemble des êtres vivants qui peuplent un milieu.
• Biodiversité : le concept de biodiversité est devenu très populaire. Qui nʼa pas entendu parler de la baisse de la biodiversité symbolisée par la disparition ou la menace de disparition de certaines espèces comme lʼours des Pyrénées ou le panda. La notion de biodiversité est relativement floue ce qui explique peut-être son succès. On peut la définir comme “lʼensemble du tissu vivant” ou “toute la variété du vivant”. La biodiversité étudiée par les scientifiques englobe les écosystèmes, les espèces qui composent les écosystèmes, les gênes que lʼon trouve dans chaque espèce.