LIBERTE 62 - LES SALARIÉS DE CASCADES SE MOBILISENT POUR LEUR EMPLOI

VALLÉE DE L'AA : L'ACTION S'ACCÉLÈRE À BLENDECQUES
LES SALARIÉS DE «CASCADES» SE MOBILISENT POUR LEUR EMPLOI
Par Pierre Pirierros
La vallée de lʼAa et sa production de Papier Carton sont sous les feux dʼune actualité sociale brûlante. Lʼusine de Blendecques a été bloquée dans la soirée de mercredi et la mobilisation pour lʼemploi sʼorganise.
Lʼ ENTREPRISE « Cascades » à Blendecques se sépare de 102 salariés en les licenciant purement et simplement. Le prétexte évoqué par la direction est le non suivi de grosses commandes et la concurrence préférentielle choisie par de « gros clients ». La machine 5 vit donc ses dernières semaines et dʼici fin décembre, « Cascades » ne sera jamais plus comme avant. Ce mercredi 29 octobre, en sous-préfecture, à Saint-Omer, le préfet du Pas-de-Calais rencontrait les syndicalistes de lʼentreprise mais comme toujours en pareil cas, le représentant de lʼÉtat se retranche derrière le statut du seing privé de « Cascades », tout au plus pourrait-il jeter un coup dʼoeil sur le plan social et encore...
Le comité dʼentreprise doit se réunir prochainement et attendre les conclusions de lʼexpertise comptable avant le lancement dudit plan social. Toutes les restructurations dans la filière Papier Carton commencent de la sorte et les premiers intéressés, cʼest-à-dire, ceux qui y travaillent connaissent par trop la conclusion, une conclusion désastreuse pour lʼemploi et pour la survie de lʼoutil de travail. Lʼexemple dʼInternational Paper à Maresquel est dans tous les esprits ; la fermeture brutale dʼune usine « rentable » a jeté à la rue des centaines de personnes. Toute la profession est touchée dans le Pas-de-Calais. Albert Chabé, secrétaire de la CGT, secrétaire du comité dʼentreprise et Joël Lheureux, délégué syndical, soulignent le climat actuel désastreux et les pressions du groupe Reno de Medici exercées sur les salariés, en fait depuis la cession du canadien Cascades à cette entité en septembre 2007. Ces mêmes pressions ont amené lʼannonce de 102 suppressions de postes de travail - avec des licenciements secs - sous le prétexte de pertes de marchés et le départ dʼun client important. Lʼeffectif était de 275 personnes au 30 septembre dernier.
Fusion
La fusion entre diverses activités et la reprise en main par Reno de Medici nʼest pas étrangère à la situation actuelle. Si dans le monde fermé des papetiers, tout sʼéchange, depuis le début de lʼannée 2000, tout tourne autour dʼune volonté délibérée de casser lʼemploi. De lʼouvrier au chercheur en passant par les techniciens et le marketing toute la filière est touchée de plein fouet ; la liquidation dʼInternational Paper à Maresquel et les licenciements programmés à Stora Enso Corbehem plombent toute la profession. Cʼest un séisme social. Est-il possible de développer et de maintenir une telle industrie dans le Nord/Pas-de- Calais ?
Arrêt de la machine 5
« En juin dernier, nous précisent les syndicalistes de la CGT, il y eut déjà des départs, 24 salariés qui refusaient le contrat de travail.Mardi 1er octobre, le couperet tombait. On veut nous faire croire que lʼemballage à partir de fibres recyclés coûte plus cher. Mais la direction veut se séparer de la machine 5 en annonçant des pertes de chiffres dʼaffaires. Cette annonce catastrophique va modifier durablement la structure même de lʼentreprise. Et qui nous dit que la machine 4 tournera comme avant ? Tout va très vite désormais et dʼici le 15 décembre prochain, les lettres de licenciement arriveront au domicile des destinataires. Cʼest un coup très dur pour nous, pour toute la profession, pour lʼAudomarois et toute la région. » Et lʼon sait pertinemment quʼune activité industrielle amputée est condamnée à terme. Mais comble du paradoxe, dans un domaine - le papier - où tout se tient, cʼest ramener à un coût le plus bas possible pour pouvoir réorganiser les marchés et éventuellement réimporter la marchandise, à forte valeur ajoutée, dans les pays demandeurs. La CGT, par la voix de ses délégués et des représentants de la Filpac- CGT dénonce tout lʼaspect technocratique du traitement de ce dossier par le préfet du Pas-de-Calais. Pourtant, ce dernier, connaît la situation désastreuse des pertes dʼemploi dans ce secteur de production. Il sʼétait rendu récemment, dans lʼAudomarois, pour signer un « plan de revitalisation » du bassin dʼemploi, (la deuxième du nom) avec la promesse dʼemplois à Arc international. Arc International subit de plein fouet les effets connexes de lʼaccord de méthode qui mit avait pour but de diminuer drastiquement les effectifs de lʼentreprise familiale Durand. De 13000 personnes, en 1998, le chiffre tournera autour des 6000 dʼici 2010. L'arrivée d'Alphaglass et la reprise du four V ne résoud pas tout. Il nʼest pas possible de cloisonner les pertes dʼemploi et a fortiori les différentes filières de production dans lʼarrondissement. Tout se tient.
« La volonté collective », affichée par les pouvoirs publics, dans le plan de revitalisation autour dʼArc International ferait-elle défaut pour le Papier Carton. Les syndicalistes de la CGT et les salariés de « Cascades » ne sont pas du tout convaincus par un quelconque moratoire sur les licenciements défendu par le préfet du Pas-de- Calais. Et avec eux, Jacky Dequirez, secrétaire de la CGT de Saint-Omer et Franck Sailliot, au nom de la Filpac-CGT. Les directions des entreprises de la production papetière disent, sans sourciller : « il faut baisser les prix de vente, éliminer les surcapacités en Europe, maîtriser la hausse des coûts de production, faire face aux nouveaux producteurs concurrents, subir les impôts, les normes environnementales ». Par-dessus le marché, ils prétendent que les frais de personnels augmentent. En fait, tout cela annonce les investissements ailleurs avec des délocalisations à la clé. Le coût de lʼénergie est également mis en avant pour argumenter sur la crise de ce secteur ; tout cela, bien sûr, en cassant lʼemploi. Dans la même logique, le patronat casse les centres techniques, laisse tomber la recherche-développement, ignore le marketing, soutient la création de nouveaux produits sans tenir compte des emplois existants. Comment inverser ce déclin ? Comment développer les formations professionnelles ? Toutes ces interrogations sont posées avec force. La mobilisation autour de lʼemploi à Cascades sʼorganise. Les délégués de la CGT sont en première ligne. Lorsque des fusions se concrétisent, les postes de travail diminuent. Des « mises en concurrence » dans des mêmes entreprises aboutissent à des licenciements collectifs. Cʼest pour toutes ces raisons que lʼaction des salariés de « Cascades » sʼappuie sur la solidarité de toute une profession. À Blendecques, la mobilisation pour lʼemploi sʼaccélère !