UN NOUVEAU PARTI À GAUCHE EN ALLEMAGNE

Publié le par Liberté 62

Liberté 62 n°762 - Le 22 Juin 2007 – p.16 -Monde

DIE LINKE-LA GAUCHE

UN NOUVEAU PARTI À GAUCHE  EN ALLEMAGNE


Le week-end dernier s’est tenu à Berlin le congrès fondateur d’un parti situé à la gauche du SPD (parti social démocrate) die Linke, la Gauche.


CETTE fondation est le résultat d’un processus commencé en 2005, processus de rapprochement entre deux formations politiques, le PDS (parti du socialisme démocratique) issu du SED (parti socialiste unifié) de l’ex RDA (République démocratique allemande) et la WASG (alternative électorale pour le travail et la justice sociale) créée en 2004 par des déçus du SPD, altermondialistes et surtout syndicalistes, notamment du puissant syndicat de la métallurgie IG Metall.

 

Auparavant, un référendum interne a eu lieu dans les deux partis sur la fusion. Au Linksparteï (PDS),  96,9 % des militants se sont prononcés pour la fusion contre 3,1 %, avec une participation au vote de 82,6 %. À la WASG, le vote en faveur de la fusion s’est élevé à 88,9 % contre 15,1 % avec une participation de 49,8 %.

D’ici quinze jours, le nouveau parti se réunira pour définir ses objectifs généraux, élaborer son programme et sa stratégie. D’ores et déjà, le nouveau parti apparaît comme la 4e force politique en Allemagne et les sondages lui donnent même des intentions de vote supérieures à 10 %, ce qui lui donnerait la 3e place après le CDU (Union chrétienne démocrate) et le SPD, avec en perspective les élections législatives de 2009 et les élections européennes de 2009.

Le processus de rapprochement

Lors de la chute de la RDA et son annexion par la RFA (République fédérale allemande), le SED (qui, contrairement aux idées communément répandues, n’était pas un parti unique) s’effondre. Est créé alors le PDS (qui n’est pas constitué comme on le dit de communistes "réformés" mais qui comprend plusieurs courants dont des trotskystes et des communistes organisés en courants. Le courant communiste est celui de la "plateforme communiste".

Le PDS limite son influence aux Länder (régions) de l’ancienne RDA, défend les intérêts des Allemands de l’Est désavantagés par rapport à l’Ouest (salaires plus bas, chômage plus élevé). À l’Ouest subsiste le DKP, parti communiste allemand, qui, compte tenu de l’anti-communisme développé au temps de la RFA etdes conditions drastiques pour se présenter aux élections, a une audience politique très faible.

En dépit de ses efforts, le PDS, qui tente de se présenter aux élections locales, tantôt seul, tantôt sur des listes d’union avec le DKP, ne parvient pas à s’implanter à l’Ouest, mais obtient des scores électoraux dépassant les 20 % à l’Est, dirigeant même un temps le land du Mecklembourg. Réélu en 2002, le social-démocrate Gerard Schröder mène une politique libérale : cadeaux fiscaux au patronat, politique anti-sociale, agenda 2010 avec notamment la loi Herz IV qui diminue les allocations chômage et le nombre de chômeurs ayants droit. Une politique qui provoque la colère des travailleurs avec les célèbres manifestations du lundi à l’Est.

À l’Ouest, la politique de G. Schröder provoque aussi desmécontentements et les milieux syndicaux liés de tout temps au SPD s’écartent du parti, notamment ceux d’IG Metall. Se constitue alors, en novembre 2004, la WAGS, en vue des élections électorales régionales et nationales.

Du rapprochement à la fusion

Aux élections régionales, le WASG présentait des candidats, mais son score restait modeste. À l’Est, le PDS progressait aux dépens du SPD et même de la CDU. La WASG se renforçait cependant avec l’adhésion d’Oskar Lafontaine, ancien président du SPD, ministre du 1er gouvernement de Schröder, mais qui démissionnait en désaccord sur les questions sociales. Au PDS, l’ancien président du parti, Gregor Gysi, militait pour un rapprochement avec la WASG. Il parvenait à faire triompher cette orientation au Congrès du PDS, qui prenait le nom de Linkspartei, modifiait ses statuts en vue d’un rapprochement et d’une fusion avec la WAGS. Critiqué par l’aile gauche du SPD au Bundestag (Parlement), Gerard Schröder démissionnait et provoquait des élections anticipées en 2005.

L’alliance électorale WASG – Linkspartei PDS obtenait alors 8,7 % des voix et 53 députés, 4e formation du Bundestag. Cette victoire électorale accélérait le processus de rapprochement et accroissait l’audience de la coalition. Aux élections, au Land de Brême, un fief électoral du SPD, la coalition obtenait 8,5 % des voix, entrant pour la première fois au Parlement régional à l’Ouest. Après 25 mois de discussion, les deux partis ont finalement fusionné.

Cette fusion n'a pas été sans débats, sans opposition. À la WAGS, on reprochait au Linkspartei PDS sa participation au gouvernement du Land de Berlin avec le SPD qui a mené dans ce Land, une politique d'austérité et de privatisation des services publics entraînant de nombreux licenciements. Au Linkspartei, certains, notamment parmi le courant communiste estimaient que la WAGS restait profondément sociale démocrate, même de gauche.

À la veille du Congrès de fusion, Oskar Lafontaine avait dans une interview fait l'éloge du SPD d'avant 1995. Lors du congrès, devant les quelque 800 délégués Oskar Lafontaine déclarait : «Nous sommes le seul parti qui remet en question le système capitaliste... Nous voulons réintroduire l'État social». Et Gregor Gysi du Linkspartei : «Nous parachevons aujourd'hui l'unité de l'Allemagne. Il s'agit du seul exemple d'une véritable unification non d'une adhésion ou d'une annexion».

D'ores et déjà, die Linke se présente comme un parti important avec ses 72.000 adhérents, 60.000 venant du Linkspartei PDS et 12.000 de la WASG. Hormis la défense immédiate des intérêts des travailleurs et de la reprise des revendications syndicales : un salaire minimum (8 euros de l'heure) et l'abrogation du Harz, quelle sera l'orientation du nouveau parti ?

Interrogé par l'Humanité, le co-président de Die Linke (l'autre co-président est Oskar Lafontaine) Lothar Bisky, sur l'identité socialiste ou plus radicale du nouveau parti «social-démocrate de gauche», ce dernier répond : «Je crois qu'elle s'orientera vers le socialisme démocratique pris comme un système de valeurs, comme un objectif qu'il convient de se donner pour avancer vers une société plus juste et plus solidaire»... Notion assez floue qui permet aux sociaux démocrates de gauche et aux communistes de venir à Die Linke «avec leur identité», selon Bisky

Un exemple pour la France ?

Après les élections présidentielles et législatives qui ont provoqué une crise à gauche, certains en France, socialistes et certains communistes observent avec intérêt l'expérience allemande. Dans une interview à l'Humanité, Jean-Luc Mélanchon, animateur du courant PRS (pour une république sociale) au sein du PS qui, déjà, lors des débats au sein des comités anti-libéraux avait conditionné sa participation aux comités à la constitution d'un mouvement genre Linkspartei voit dans Die Linke, «une des issues possibles pour la gauche» qui signifierait selon le journaliste de l'Humanité «une double rupture entre Mélanchon et le PS actuel et celle du PCF avec son passé».

Des communistes suggèrent ouvertement la disparition du PCF et la création d'un autre parti. Ce sera l'affaire du prochain congrès en décembre 2007. Mais pourquoi se limiter à l'exemple de l'Allemagne ? Des choix ont été faits dans d'autres pays européens. Dans l'Europe du Nord, Suède et Finlande, les communistes sont devenus «alliance de gauche». Après un succès relatif, il y a reflux, l'entrée dans une coalition gouvernementale n'ayant pas été bénéfique au plan électoral. En Espagne, le Parti communiste espagnol reste organiquement dans la «gauche unie» sans parvenir à faire bouger le PSOE (parti socialiste ouvrier l'espagnol). En Grèce, des communistes avec des associations ont constitué le Synapsismus qui malgré un succès électoral à Athènes lors des dernières élections municipales est loin derrière le Parti communiste grec. Au Portugal, le bloc des gauches où militent des trotskystes et des communistes dissidents ne progresse pas et reste derrière le Parti communiste portugais. En Italie, Refondation communiste s'est constituée, après la transformation du PCI (Parti communiste italien) en «Démocrates» affilié au Parti socialiste européen et à l'Internationale socialiste, avec des communistes et des trotskystes et n'a pas empêché la scission du Parti des communistes italiens.

À noter que gauche unie, Bloc des gauches, Refondation communiste et Synapsismus sont membres du Parti de la gauche européenne dont fait partie également le PCF. En Italie s'est constitué ce dernier week-end le parti de la gauche européenne italienne qui prétend se donner en exemple aux autres pays de l'Union européenne... La création de Die Linke répond à des conditions politiques particulières. Pourquoi faudrait-il en faire un modèle, quand n'est pas posée vraiment la question du changement de société ?








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Publié dans Monde

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