QUATRIÈME SEMAINE DE GRÈVE À UNION ÉLECTRIQUE RUITZ
Liberté 62 n°763 - Le 29 Juin 2007 – p.7 – Social
CODE DU TRAVAIL ET CONVENTIONS COLLECTIVES BAFOUÉS,
LICENCIEMENTS COLLECTIFS
QUATRIÈME SEMAINE DE GRÈVE À UNION ÉLECTRIQUE RUITZ
Par Pierre Pirierros
Les revendications sont multiples chez les grévistes et les salariés d’Union électrique (zone industrielle de Ruitz) qui entament leur quatrième semaine d'un mouvement démarré le 4 juin dernier. Face à une direction qui s'assoit sur les lois, ils ne se laissent pas intimider, le moins du monde, et mettent en avant - comme priorité des priorités – le respect du code du travail et des conventions collectives. “La situation dans notre entreprise est telle que, poussés à bout, les salariés, se sont mis en grève, à l’appel de la CGT. Les licenciements abusifs sont légion. Notre direction, la famille Delbecq, (père et fils,) agit comme bon lui semble sans aucune règle sociale ni considération envers le personnel. L'entreprise familiale a des limites...”
La Construction CGT est solidaire du combat des “Union électrique”
“LA liste des revendications est longue mais avant toutes choses, ce que nous voulons c’est le respect des lois”, Patrick Auverlot, délégué central syndical CGT, est catégorique. Et de nous préciser que "la grève est la meilleure des ripostes face à l’arbitraire existant dans cette entreprise du BTP depuis sa création en septembre 2000". 82 CDI, autant d’intérimaires, l’effectif varie selon les travaux engagés mais ce qui est sûr, c’est “la loi du plus fort” qui a cours à Union électrique. Le droit d'alerte a été exercé par les délégués syndicaux cégétistes. L’Inspection du travail à Béthune, notamment M. Gallet, et la direction du travail à Arras, Mme Piette, ont été informés avec des documents précis sur cette situation, or, rien n’y fait. Les grévistes, une quarantaine, eux, poursuivent une mobilisation exemplaire, dans le strict cadre de la loi, mais leur “patience” a des limites et Patrick Auverlot de dénoncer de drôles de collusions ; exemple, le patron fait appel à la police pour ses déplacements à l’intérieur de l’entreprise...
La sous-préfecture de Béthune a le dossier en mains. Mais qu’en faitelle ? La CGT de la construction du Pas-de-Calais, réunie en assemblée, lundi dernier, met tout cela devant l’opinion et la population en pointant les contradictions évidentes entre la “paix sociale” voulue par Sarkozy et l’emploi. Mais que vaut un emploi sans garanties légales, ni protection juridique ? La grève à Union électrique est là pour nous rappeler, à juste titre, qu’au sein du BTP, il y a des situations anormales, la famille Delbecq, elle, s’arroge des droits exorbitants au mépris des lois en vigueur dans cette corporation.
Diviser pour mieux régner
Diviser pour mieux régner, cela se vérifie de jour en jour et, surtout, actuellement, en période de grève ; on ne compte plus les délitset les entraves commis par la direction. Pas de réunion de CHSCT, pas d’information aux élus du comité d’entreprise, fiches de paie irrégulières, malgré la mensualisation, faux certificats CACES (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité), création de zones de déplacement non conformes aux conventions collectives, faux laissez- passer pour les sites “Seveso”, etc. La grève est une période cruciale pour tous les travailleurs, c’est le creuset de toutes les aspirations à travailler mieux dans un autre climat. “Et pourtant, observe le délégué syndical de la CGT, nous suivons scrupuleusement la loi, les débordements et les provocations ne sont pas de notre fait. Nous avons alerté, en temps et en heure, l’Inspection du travail et la direction départementale du travail. Nous n’avons pas le retour voulu. Il ne s’agit pas d’apaiser les esprits mais bien de poursuivre la lutte pour nos droits.”
Grégory Glorian, secrétaire de l’Union départementale CGT et Christophe Van Lierde, secrétaire CGT de la Construction, soutiennent le combat engagé par les salariés d’Union électrique. Eux aussi, rejettent les dysfonctionnents ; “l’essouflement du mouvement de grève” est escompté par la direction. Les grévistes réfutent les provocations, d’où qu’elles viennent. “Il s’agit d’un conflit social, dans un secteur précis, mais la situation est tout à fait particulière dans cette entreprise”, ajoutent-ils aussitôt. Une tableronde est demandée aux pouvoirs publics par les syndicalistes et les grévistes pour faire avancer les revendications de base.
Patrick Auverlot (au centre), délégué syndical central
CGT, “notre combat est aussi un combat pour
le respect de la dignité au travail” ; à ses côtés,
Grégory Glorian, secrétaire de la CGT du Pas-de-
Calais. Photos Liberté 62
Confusion des genres
La confusion des genres est inadmissible entre l’employeur Delbecq et une société d’intérimaires gérée par le même employeur, avec les mêmes cartes de visite (l’une au verso, l’autre au recto) et lorsqu’on pose la question à la direction, celle-ci dit ne pas être au courant. L’emploi permanent de personnel de cette agence d’intérimaires “Ardel” sur des chantiers “Union électrique” (et vice-versa) constitue un délit de marchandage. Fait plus grave, des intérimaires de l’agence Ardel, des artisans, sont appelés par la direction pour remplacer les grévistes.
Tout cela dans un climat délétère, l’entreprise doit 340 000 euros à l’Urssaf, ce qui amène la direction, en toute illégalité, à amputer les indemnités de grand déplacement d’environ 300 euros par mois.
“Sur un chantier en Vendée, dit l’un d’eux, nous n’avions que 50 euros pour le logement, le deux repas, midi et soir ; à ce tarif là, nous travaillons à perte et tout est à l’avenant. C’est le cas aussi pour un chantier à Clermond- Ferrand où les indemnités de déplacement couvraient à peine les frais engagés sur place. Tout cela dans une attitude de diktat du patron. Et que dire d'un chantier en Nouvelle-Calédonie où les neuf salariés ont dû payer des indemnités pour un véhicule endommagé ?”
Les témoignages des salariés en déplacement complètent les dires des syndicalistes. Le comité d’entreprise élu en juin 2006 ne peut fonctionner faute de moyens logistiques et financiers. Cela s’ajoute au mauvais climat ambiant. Des heures sont retirées des fiches de paie, sans explications. La liste des revendications, on le constate, est impressionnante. Les salariés d’Union électrique se battent pour leurs droits, le respect de la dignité au travail et l’application des lois en vigueur dans le Bâtiment et les travaux publics. Les insultes y sont monnaie courante et cela est, aussi, tout à fait inacceptable. Lors des récentes opérations de distributions de tracts à la population, à Ruitz, à Béthune, à Bruayla- Buissière, ils ont reçu le soutien des élus et militants communistes dont Danièle Seux, maire de Divion, Daniel Dewalle, maire de Houdain, Josette Quéva, de la section d’Auchel. La défense de l’outil de travail est un repère significatif dans la lutte entreprise par les salariés d’Union électrique. Pour le code du travail et les conventions collectives.