LES SALARIÉS LIQUIDÉS AU NOM DE “L’AJUSTEMENT À LA MONDIALISATION”

Publié le par Liberté 62

 

Liberté 62 n°763 - Le 29 Juin 2007 -p. 6 -Social

 

 

CADENCE INNOVATION - NOEUX-LES-MINES

 

LES SALARIÉS LIQUIDÉS AU NOM DE “L’AJUSTEMENT À LA MONDIALISATION”

 

Par Pierre Pirierros

 

 

L62-phot-p6-html-3dfc6e33.jpgÀ Noeux-les-Mines, c’en est fini de Cadence Innovation ! Les moules restent toujours propriétés des deux constructeurs français Renault et PSA. Près de cinq mois après la liquidation de l’entité à Noeux-les-Mines, voilà que le monde financier se voit “soulagé” par l’attribution d’un fonds européen versés à la France pour le dossier Cadence Innovation. Il s’agit bien de fonds européens dits d’ajustement à la mondialisation pour dépanner les chocs économiques. Cette appellation n’est pas sans raviver de douloureux souvenirs aux anciens salariés noeuxois dont la lutte pour la survie de l’outil de travail restera comme un précédent dans un bassin d’emploi donné. Dès juin 2006, la CGT, ses délégués, les salariés tiraient la sonnette d’alarme mais l’acharnement des Équipementiers automobiles s’est vite transformé en lutte de pot de fer contre pot de terre.

Le secteur des équipementiers automobiles se trouve fragilisé actuellement devant une concurrence exacerbée alors que les délocalisations d’activités entières sont légion. Dans l’usine noeuxoise sont fabriqués, notamment, des boucliers pour pare-chocs en polyéthylène et tous les accessoires dérivés. Comme dans toute restructuration et liquidation, ce sont les salariés qui ont trinqué. Cette situation est vécue comme telle par l’ensemble des 1400 salariés de Cadence Innovation à travers toute la France. Le tribunal, lui, validait les plans des candidats à la reprise des autres sites de cet équipementier Faurecia pour Bunhaupt-le-Haut (Haut-Rhin), Sora pour Pouancé (Maine-et-Loire) et Plastic Omnium pour Vernon. Sur les 1400 salariés, il y aura plus de 700 emplois purement et simplement supprimés dans une conjoncture très difficile. Les délocalisations touchent tous les secteurs d’activités et surtout les équipementiers. Faurecia, Delphi, Valeo, Bosal, la Française de Mécanique (avec la fermeture de la fonderie) Cadence innovation, STARuitz sont touchés de plein fouet ; des “grands” du secteur de l'équipement automobile taillent de plus en plus dans leurs effectifs en France et ils ne se limitent plus aux intérimaires, ils suppriment aussi des CDI. Les équipementiers suivent les usines des constructeurs, les “petites pièces” ont été délocalisées dans des pays à faible coût de main d’oeuvre. Les entreprises veulent être de plus en plus compétitives sur le marché des pièces automobiles mais aussi hors automobile.

 

Concurrence exacerbée

 

Pendant des années, observe Abderrahmane Baouche, ancien délégué central de la CGT, c’est la concurrence exacerbée qui s’installe partout. Nous, nous sommes, déjà, dans cette vague de restructurations et nous souffrons de tous les aléas d’une compétitivité installée chez tous les équipementiers automobiles”. Les donneurs d’ordre Renault, propriétaire des “moules” pour les parechocs peuvent à tout moment peser dans un sens ou dans un autre. Mais il n’y a pas que Renault ; Peugeot, actionnaire à 72 % de Faurecia, montre le chemin de sa puissance de tutelle et donne comme motif la part d’un marché important de la plasturgie. Dans le même secteur géographique, quatre unités produisent la même chose, Faurecia (Marles-les-Mines et Auchel), Plastic Omnium (Bruay) et Cadence Innovation. En s’accaparant un marché supplémentaire Faurecia éliminerait sans coup férir un concurrent de trop et ferait ainsi de sa stratégie, une pièce maîtresse dans le monde des équipementiers automobiles. Renault, constructeur à “bonne image de marque” est toujours dans la tourmente. Et l’automne prochain, des bouleversements importants assombriront l’emploi à Renault- Douai. Des effectifs conséquents seront “déplacés” dans d’autres sites dont STA à Ruitz. Les équipementiers automobiles et les constructeurs sont dans la tourmente.

L'Observatoire des métiers de la métallurgie vient de publier des chiffres menaçants pour l’emploi puisque “3.000 à 4.000 emplois par an devraient disparaître” dans la filière automobile d’ici 2010. C’est tout le système de l’actionnaire principal qui est posé et notamment lorsque l’actionnaire principal ne met pas la main à la poche. C’est un problème de trésorerie alors que l’on assiste à des centaines de suppressions d’emplois. Le travail à flux tendu est une forme de disparité d’une véritable programmation de production. Cette logique, c’est celle de la baisse du coût du travail, baisse des charges, pour permettre aux entreprises d’être concurrentielles sur le marché mondial. Dans le cas précis, la liquidation de Cadence Innovation résulte de l'insuffisant soutien financier des actionnaires américains successifs, le groupe Venture en faillite puis un pool de banques et fonds de pension.

 

 

 

CONSEIL RÉGIONAL

LE SENS D'UN DÉBAT DÉMOCRATIQUE...

 

SUITE à une déclaration condescendante du vice-président du conseil régional Pierre de Saintignon à propos de l’affaire Sublistatic ("Liberté 62" de la semaine dernière) et de la démarche des élus communistes, Alain Bruneel, président de la commission économique, nous adresse la déclaration suivante.


Je ne comprends aucunement la violence des propos de mon collègue Pierre de Saintignon pour qui j’ai une profonde estime au regard de son activité intense en faveur du développement économique de notre région. Simplement, ma démarche, dans le cadre du conflit Sublistatic, s’inscrit dans un esprit de conflictualité positive afin que la gauche réussisse durablement sur la question de l’insécurité sociale.

Malheureusement, dans cette région, j’ai la forte impression que les débats sur les questions économiques ne peuvent être abordés que par quelques initiés ayant la science infuse. Cette démarche n’est aucunement ma conception du débat démocratique car la diversité citoyenne et politique doit pouvoir s’exprimer dans le champ économique.

Par ailleurs, je rappellerai que le groupe communiste et républicain n’est pas dans l’exécutif régional mais dans la majorité de gauche ; ce qui explique la diversité d’appréciation sur les orientations décidées. Loin de moi de vouloir donner des leçons à l’exécutif, mais mon rôle d’élu de gauche est de faire entendre la voix des salariés en souffrance sociale dans l’objectif d’apporter des solutions concrètes à leur situation particulière.

Malheureusement, mon attitude reste incomprise par l’exécutif régional qui préfère pratiquer l’ostracisme à mon égard au lieu d’accepter le pluralisme des idées à gauche. Pour illustrer mon propos, je rappellerai que j’ai été écarté deux fois par l’exécutif régional concernant le traitement de deux dossiers économiques tels que : Wagon automotive à Douai et celui de la Papeterie de Maresquel."

 

 

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