FRANÇAISE DE MÉCANIQUE-LA CGT A L'OFFENSIVE

Publié le par Liberté 62

Liberté 62 n°768 - Le 3 août 2007-5-Social

 

FRANÇAISE DE MÉCANIQUE

LA CGT A L'OFFENSIVE

 

Par Pierre Pirierros

 

Conditions et rythmes de travail, fortes cadences, santé professionnelle, changements intempestifs de postes de travail : la CGT de la Française de Mécanique est, assurément, à l’offensive en cette veille de départ en congés d’été. Michel Darras et Alain Debuire, délégués, ont, avant de s’adresser aux salariés de l’usine de Douvrin, reçu la presse pour lui faire part des revendications exprimées à multiples reprises.

 

LA situation générale de l’automobile et des constructeurs Renault et PSA, principaux actionnaires de la FM, n’est pas sans conséquences directe sur le climat social de l’entreprise. “Et pourtant, dit la CGT, nous produisons 7500 moteurs par jour, avec tout ce que cela comporte de contraintes et d’efforts de la part des travailleurs.” “ll n’y a plus de politique industrielle ; l’habillage de créations quant aux postes de travail est insupportable”, insistent élus du comité d’entreprise et délégués de la CGT.La fermeture de la fonderie, il y adeux ans, a d’énormes conséquences sur les effectifs ; aussi, de 4757 salariés en CDI et 755 intérimaires, en 2003, les chiffres actuels sont de 3932 salariés en CDI et 420 intérimaires. Sur cette courtepériode, on assiste à une baisse deplus de 1000 personnes (intérimairescompris).Le fait de ne pas embaucher a desimpacts directs sur la santé et la vieprivée du personnel. Cela se traduit par des heures supplémentaires et un accroissement de la flexibilité des horaires. Dans les ateliers, des méthodes de travail (Hoshin, Kaizen, Titan), ont été mises en place mais pour faire passer l’intensification de la charge de travail qui en découle... La polyvalence deviendra, dès janvier 2008, une condition obligatoire pour passer au coefficient supérieur et sera utilisée comme un moyen de pressions supplémentaires.

L’emploi, la priorité

L’emploi est au coeur des préoccupations des syndicalistes et des salariés. Le secteur des équipementiers automobiles se trouve fragilisé, tout de même, devant une concurrenceexacerbée alors que les délocalisations d’activités entières sont légion que ce soit à Faurecia ou ailleurs. La fermeture récente de Cadence Innovation, les difficultés sur les chaînes de Renault-Douai, l’avenir de STA-Ruitz, constituent une actualité suivie par les salariés de l’Automobile et, donc, à Douvrin. Lorsque des fusions se concrétisent, les postes de travail diminuent. Des“mises en concurrence” dans des mêmes entreprises aboutissent à des licenciements collectifs, (Faurecia Marles et Auchel).L’Automobile est devenue le premier employeur dans le Nord/Pas-de-Calais.

Calculer au plus juste les stocks, nous vivons cela toute l’année, commentent Michel Darras et Alain Debuire, à la moindre contrainte de production, panne de machine, baisse ou augmentation des commandes, rupture de stocks chez les fournisseurs. À chaque fois, ce sont nos horaires qui trinquent, les weekend qui sont écourtés ou des journées de repos imprévues qui nous sont imposées. Pendant notre poste de travail, nos pauses repas sont souvent décalées. Ces derniers temps, pour réaliser des modifications importantes sur les lignes d’usinage DV, la direction n’a pas hésité à faire des stocks de pièces pour anticiper les arrêts de production. Mais des stocks, elle en fait au minimum, elle gagne plus d’argent en contraignant les salariés à modifier régulièrement les horaires de travail. Depuis septembre 2006, la situation a continué à se dégrader. L’annonce de faux mauvais résultats à la fin de l’année dernière a permis à la direction de PSA de justifier de nouvelles attaques contre les conditions de travail. À Renault, les annonces de baisse des ventes suscitent des inquiétudes chez les salariés ; les actionnaires, eux, voient le cours des actions battre des records”.

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Michel Darras et Alain Debuir, délégué.


Redistribution des cartes

Les exemples récents des fermetures de Johnson Controls (Harnes) de Mann Humel, d’Inergy (Grenay) sont encore dans toutes les têtes. Les reclassements proposés, un autre versant de l’iceberg, ne correspondent en rien aux demandes des personnels. Les mutations se font au compte-gouttes et les limites des “cellules de reclassement” ne se mesurent pas à leur impact social Aujourd’hui, le Pas-de-Calais est confronté à une redistribution des cartes chez quasiment tous les équipementiers automobiles et les activités sous-traitantes, Faurecia, Bosal, Cadence Innovation, STA Ruitz, Plastic Omnium. Des “grands noms” des équipementiers automobilestaillent de plus en plus dans leurs effectifs, en France mais pas seulement, et ils ne se limitent plus aux intérimaires, ils suppriment aussi des CDI. Les équipementiers suivent les usines des constructeurs, les “petites pièces” ont été délocalisées dans des pays à faible coût de main d’oeuvre. Les entreprises veulent êtrede plus en plus compétitives sur le marché des pièces automobiles mais aussi hors automobile.

Maladies professionnelles en hausse

À la Française de Mécanique, les maladies professionnelles sont toujours en hausse, 16 % d’augmentation en 2006 avec 25 nouveaux casdéclarés d’affection péri-articulaire.71 cas, en trois ans, ce qui nous donne une idée des dégâts consécutifs à l’intensification du travail à la chaîne. La mise en place de mesures ergonomiques est utilisée comme un ajustement à l’augmentation des cadences. Les salariés paient unlourd tribu à l’exposition à l’amiante et à la silice, matériaux utilisés pendant plus de 25 ans dans les différents ateliers. En trois ans, on a recensé 56 maladies déclarées dont 7 cancers broncho-pulmonaires. En 2006, quatorze salariés de la FM ont déclaré une maladie professionnelle liée à l’amiante ; ils s’ajoutentaux douze “cas” de 2005 et aux onze de 2003 ; en 2004, le nombre s’élevaità sept.

Mais il y a eu une stratégie délibéréedes industriels pour "retarder le plus longtemps possible l'interdiction" de l'amiante en France, affirment lessénateurs communistes membres de la mission d'information du Sénat sur ce produit. C’est tout le débat de fond qui oppose le monde du travail au patronat. Dans notre pays, c’est laprise en compte politique d'un drame humain à l'origine de 3.000 décès par an et 100.000 morts annoncés qui prévaut au lieu et place de toute autreconsidération. Les fibres d'amiante lorsqu'elles ont été inhalées sont, de par leur dimension, leur forme et leur persistance, très difficiles à éliminer. Elles entraînent l'apparition de pathologies graves et affectent la région pulmonaire. Cette observation fut à maintes fois réitérée, lors d’une récente initiative organisée à Douvrin, avec sensibilité, par les anciens fondeurs de la FM et les salariés actuels : Léon Courcol, retraité depuis 1996 ; Bernard Castel, (fonderie) ; Michel Fauquembergues (atelier montage) ; Jean Maquaire (dépôt de dossier FIVA et exige réparation du préjudice).

Ces salariés ont été exposés aux poussières d’amiante. Jeannette Coulon, veuve d’un salarié de la FM, dit combien, depuis la mort de son mari en juillet 2004, elle assiste régulièrement aux initiatives de la CGT. “Éliminer, prévenir et réparer”, la CGT demande que les personnes ayant été exposées soient recensées et bénéficient d’un suivi médical. L’exemple de l’amiante montrequ’une mauvaise gestion du risqueest coûteuse humainement et financièrementà la collectivité nationale, du fait notamment de la dilution ou de la mutualisation des responsabilités dans le temps. La prévention, c’est un des premiers clignotants de la chaîne de veille sanitaire. La complicité des employeurs, l’inaction de l’État et le silence de certains médecins du travail font que la chaîne de veille sanitaire a failli à sa mission et n’a pas accompli sa tâche. S'agissant d'un problème tel que celui de l'amiante, il est nécessaire de se doter d'importants moyens tant matériels que financiers.


 

 

 

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