RADIO QUINQUIN - JEAN-MICHEL HUMEZ RACONTE
Liberté 62 n°771- Le 24 août 2007 - 7 – Evénement
RADIO QUINQUIN - JEAN-MICHEL HUMEZ
, ex secrétaire général du syndicat CGT Massey-Ferguson,
RACONTE…
LE secrétariat du syndicat, sans que cela ne s’ébruite beaucoup, décide de faire rentrer Radio Quinquin dans l’usine. Une première. Un essai avait eu lieu chez Renault, mais tout n’ayant pas été prévu et en fonction de certains aléas, la direction avait eu vent de l’affaire. Il fallait donc chercher une autre entreprise, si possible assez grande. C’est ainsi que Massey Marquette fut choisie. On avait pris toutes les précautions pour que l’opération se déroule bien, car il s’agissait véritablement d’une action clandestine exécutée avec quelques camarades décidés.
Premier temps : il fallait faire entrer le matériel, ce qui s’est fait en douce, progressivement avec les allées et venues du personnel aux entrées.
Deuxième temps : il fallait installer l’antenne sur un point stratégique de l’entreprise, le point le plus élevé étant d’ailleurs le toit de la fonderie.
Troisième temps : mettre en application tout le système après 22 heures quand toute l’usine est vide, qu’il n’y a plus personne dans les locaux du CE.
Vers 23h-23h30,quand le service de gardiennage ne surveillait que les entrées principales, il a fallu monter sur le toit, franchir une ultime porte (préalablement une clé avait été empruntée et reproduite dans la journée). Le montage de l’antenneconsistant quand même à faire des trous dans le béton pour l’arrimer, ce qui fut fait avec dextérité en une demiheure de temps. Après cela, les camarades dormirent dans l’usine, afin, d’un part, de protégerle matériel, et surtout d’être capable d’émettre dès 8 heures du matin, après les entrées des équipes matin et jour.Et dès 8 heures du matin, c’était partiavec interviews des responsables des syndicats et du CE, explication sur la vie de l’entreprise, la sécurité, le CE, etc. Un tract avait été distribué aux portes, avant la prise du travail, tout le personnel était donc monté à venir rendre visite à cette fameuse radio qui avait le culot de s’installer à l’intérieur d’une entreprise. Une première dans le département et peutêtre même dans le pays.
LOCAL DU C.E. ÉGAL, LOCAL DES TRAVAILLEURS
La direction de Massey-Ferguson, mise devant le fait accompli et impuissante à renverser la situation fait appel à un huissier qui demande le plus sérieusement du monde aux journaliste de Radio Quinquin de quitter les lieux, ce qui ne les impressionnèrent nullement.
Notre syndicat avait d’ailleurs une position claire et même juridiquement défendable, certes les locaux du CE se situaient à l’intérieur de l’usine, mais ils nous étaient alloués selon la Convention par la direction et nous estimions, à juste titre, que les membres du CE étaient chez eux et avaient le droit de les utiliser à leur convenance.Donc, après les déclarations de l’huissier, la réponse la plus nette possible lui fut donnée : «on ne voitpas très bien pourquoi vous venez nous emm… dans nos locaux». Pour la direction, à ce moment-là, il n’y avait qu’une solution : l’expulsion par les forces de police. Mais attention, nous sommes en 1982, IL Y A LE RAPPORT DE FORCE QUI NOUS EST ENCORE FAVORABLE, la police, ce n’était pas la bonne solution, car une telle intervention aurait crééà coup sûr, un affrontement direct dans les ateliers.
UNE BELLE JOURNÉE DE LUTTE
La journée s’est donc terminée dans de bonnes conditions et il faut saluer l’exploit commun de Radio Quinquin et de notre syndicat qui, durant toute la journée, aura émis du lieu d’exploitation, expliquant déjà à la population de la région, les problèmes posés en matière d’emploi. C’était une riche expérience, qui a été possible, certes, parce qu’il y avait des gars décidés, mais ce n’était pas suffisant, il fallait un rapport de force favorable. Quand la CGT est puissante, organisée et qu’il y a ce rapport de force, il est possible de réaliser de grandes choses.
QUELLE RADIO AUJOURD’HUI ?
En ces temps déplorables où l’objectif est de soumettre les médias aubon vouloir de l’argent et des politiques qui s’accaparent l’information au nom de l’UMP ou du PS, il faut noter que d’une manière générale la bande FM est bien trop diverse, variée, dissidente pour qu’on puisse la ramener à l’obéissance, à la flagornerie, à la complaisance dans la pensée unique. Il y aura toujours quelque part sur les ondes quelqu’un qui exprimera sa colère, qui criera sa protestation, autant d’actes qui seront transmis de proche en proche. Si la radio reste aussi populaire, c’est parce que les Français lui réservent leur confiance donc plus de temps et d’attention. La bande FM n’est pas encore écrabouilléepar la haute puissance de l’image ou de la politique politicienne. Certes, beaucoup diront qu’il est plus aisé d’écouter la radio, facilement déplaçable, accessible par tous, commode à écouter dans n’importe quel endroit… Mais surtout, le principe même de la bande FM entretient encore une certaine disposition à la liberté avec des espaces que ni le commerce, ni le conformisme n’ont formatés. Le constat est particulièrement vérifiable, le soir après vingt heures, notamment où il existe une réelle liberté de dire, d’écouter, de râler, de questionner, de se contredire… Une réalité qui est un peu partout en voie de confiscation. Au hasard de ces inlassables navigations sur la bande FM, on échappe au crétinisme docile et à la rengaine des tubes débiles. Bien évidemment, ne tombons pas dans l’enthousiasme béat. La bande FM charrie aussi ce qu’il faut de niaiserie et d’intolérance. Il n’empêche que le contraste existe entre «expression globale de la bande FM et le zim-boum-boum des fréquences institutionnelles».