SANS MERCI !

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°768 - Le 24 août 2007- 4 -Social


SANS MERCI !

Par Sébastien Boncourt

 

Le préfet Daniel Canepa ordonne la rafle des grévistes de la faim sans-papiers à Lille pour les expulser


Au 67ème jour de jeûne, mardi 21 aôut, les forces de l'ordre ont arrêté 42 sans-papiers dont 40 grévistes de la faim, jusque là installés sur des bâches devant des hôpitaux de la Métropole lilloise. 10 d'entre eux ont été emmenés au centre de rétention près de Roissy, 25 à celui de Lesquin, 4 ont été libérés et 3 ont disparus. Ceux de Lesquin vont rapidement passer devant le tribunal en vue de leur expulsion et peut-être s'ajouter au nombre des sans-papiers en lutte qui ont déjà été reconduits à la frontière depuis le début de cette crise : 11 dont 7 grévistes de la faim, à l'heure où nous écrivons ces lignes.

Il y a quelques jours, le préfet Daniel Canepa qui représente l'Etat français en région, déclarait : « Pendant 11 ans, on a fait une équation tout à fait anormale : grève de la fin = régularisation. L'équation va changer, maintenant, grève de la faim = reconduite à la frontière. » Ce n'est plus seulement l'abscence de papiers qui est combattue, désormais c'est aussi la lutte elle-même.

La préfecture avait annoncé un plan de « sortie de crise » en proposant à 150 sans-papiers, plutôt que de considérer les 533 prévus selon les précédents accords, de réexaminer leur dossier et de leur donner une « décision provisoire de séjour » en attendant. En échange d'un arrêt de la grève de la faim. Alors qu'aucun des 150 n'avait accepté le compromis de la préfecture, celle-ci a ordonné la rafle des grévistes avec l'intention de les faire juger et expulser.

Quelques jours plus tôt, le préfet Daniel Canepa avait invité des associations à une discution sur la situation des sans-papiers. Mettant à éxécution ses menaces, il a exclu de ce tour de table les associations historiquement légitimes pour être les interlocuteurs et les garants du dialogue avec les sans-papiers : le comité des sans-papiers du Nord (CSP 59, auto-géré par les sans-papiers), la ligue des droits de l'homme et le MRAP. Au-delà de ce nouvel acte de refus de dialogue, l'enjeu réside dans l'objet de la discution : si ce sont des associations de "bonne volonté" (Daniel Canepa) plutôt que les sans-papiers eux-mêmes, qui sont entendues par la préfecture, c'est de gestion de crise dont il sera question plutôt que de revendications. Les sans-papiers ont tout à perdre d'une telle manoeuvre.

 

« Préfet clandestin »


Le jour de la rafle des 42, l'actuel ministre de l'immigration Brice Hortefeux a déclaré qu' « il faut redoubler d’efforts pour interpeler les personnes en situation irrégulière, » en soulignant que l'objectif des 25000 reconduites à la frontière pourrait ne pas être atteint en 2007. On comprend que ce qui se passe dans le Nord peut être une expérimentation de ce qui se généralisera ensuite partout ailleurs et que la nouvelle ligne de conduite de Daniel Canepa, consacré "préfet des préfets" par Le Figaro du 25 mars 2006, à savoir « grève de la faim = expulsion, » risque de devenir la règle. « Aujourd'hui, on a un préfet clandestin » répondent les sans-papiers pour qui il y a nécessité à trouver rapidement un interlocuteur crédible.

Un communiqué unitaire de soutien, « Les sans-papiers : boucs émissaires de la politique de destruction sociale du gouvernement, » a été signé, entre autres, par la LDH, le MJCF Nord, le MJS Nord, le MRAP, Ras l’front, FSU, Sud ou encore la CGT. Les représentants en région des partis de gauche, à l'issue d'une rencontre, on réclamé la nomination d'un médiateur, le regroupement des sans-papiers grévistes de la faim dans un même lieu pour assurer "un suivi médical régulier" et la participation des principales associations qui aident les sans-papiers à Lille à la négociation d'une sortie de crise.

En plus des manifestations quotidiennes qui se poursuivent à Lille en semaine, le CSP 59 appelle la population à exprimer son mécontentement et à jeûner, samedi 25 aôut à 15h place de la République, à l'occasion du 11ème anniversaire des événements tragiques de l'église Saint Bernard, en soutien aux sans-papiers dans la guerre implacable que leur livre l'Etat français.

 

 

 

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