LUI REPARLER DU PAYS
Liberté 62 n°772 - Le 31 août 2007- Edito
LUI REPARLER DU PAYS
Par Jean-Louis Fossier
L’ACTION de notre hyperprésident a déjà trouvé des limites objectives dans les consciences et les réalités après le désastre politique qu’a constitué son élection. Car bien sûr, on ne peut agir contre le peuple, les protections et les libertés collectives pour restaurer les privilèges, sans que les fractures s’élargissent de toutes parts. Par exemple, de nombreux indicateurs économiques sont au rouge et la priorité affirmée de Sarkozy pour augmenter le pouvoir d’achat des classes populaires a fait long feu. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’aplomb et le cynisme du personnage apparaissent progressivement pour ce qu’ils sont : démagogie et volonté au service, on peut le dire, d’une véritable contre-révolution. La Révolution du 14 Juillet avait aboli les privilèges, il les a rétablis pour les plus riches. Son «travailler plus pour gagner plus» cache un système qui encourage la surexploitation des salariés avec en perspective la mise en place du contrat unique, grand frère du contrat nouvel embauche jugé dernièrement non-conforme au droit international. C’est le retour aux maîtres de forges du 19ème siècle.
Cet été aura vu l’adoption à marche forcée par la majorité UMP, de plusieurs dispositifs législatifs s’attaquant aux bases et aux garanties constitutionnelles de notre République, comme a pu timidement le montrer le Conseil Constitutionnel par son annulation du caractère rétroactif et donc illégal d’une énième disposition favorable à l’immobilier promise par Sarkozy. Mais le paquet fiscal de 14 milliards de cadeaux, réservés prioritairement à ceux qui ont déjà tout, est passé et aggrave les déficits. Le caractère national et égalitaire de l’enseignement est atteint par la loi du 25 juillet sur les Universités.
Le principe républicain d’individualisation des peines est remis en cause par la loi du 26 juillet dite «de lutte contre la récidive ». Sarkozy a même récemment affirmé son souhait que les fous reconnus comme tels par les experts médicaux, puissent néanmoins être jugés. Comment qualifier cette volonté de faire passer la paix sociale par la répression, par la prison sans la prévention et la réinsertion, et aussi par la radiation des chômeurs des listes de l’ANPE ? Et puis, il y a eu cette loi du 3 août visant à casser le droit de grève dans les services publics et à briser tout esprit de résistance en tenant le salarié dans un état de peur permanente. Ces dérives autoritaires et liberticides ainsi que la conception affirmée par Sarkozy de son pouvoir personnel contre la légitimité populaire, peuvent aboutir à remettre les clefs de l’Etat aux forces de l’argent. C’est la volonté de Sarkozy et de ses amis : ceux qui lui ont payé des vacances à 22.000 euros la semaine dans une résidence huppée de la grande bourgeoisie américaine. Et c’est ceux-là qu’il va aller saluer ce week-end à l’université d’été du MEDEF.
Amis lecteurs de Liberté 62, nous vous proposons de tenir votre université d’été à la Fête de l’Humanité les 14, 15 et 16 septembre. Là, avec vous, Sarkozy est sûr d’entendre parler du pays !