L'AUSTÉRITÉ BUDGÉTAIRE CONTRE LES ÉLÈVES
Liberté 62 n°774 - Le 14 Septembre 2007 - 6 -Social
ÉDUCATION NATIONALE : L'EXEMPLE ARRAGEOIS
L'AUSTÉRITÉ BUDGÉTAIRE CONTRE LES ÉLÈVES
Les syndicalistes enseignants en sont bien persuadés : les suppressions de postes dans l'enseignement public ne sont pas seulement les fruits d'une logique comptable mais participent d'une démarche idéologique, celle de la droite néo-libérale et réactionnaire.
En dépit des grandes déclarations du président de la République sur la qualité du service public, seules comptent les économies budgétaires sur le dos de l'école et des élèves. Pour lui, comme pour le ministre de l'Éducation nationale, la préoccupation n'est pas la réussite de tous les élèves mais le «mérite» de quelques uns : que le meilleur gagne !
LUNDI, lors d’une conférence de presse, les représentants des syndicats de l'Éducation nationale (SNES, SNEP et SNUIPP de la FSU, SGEN, UNSA et Sud) ainsi que celui des parents d'élèves du bassin de formation d'Arras, ont fait le bilan des répercussions des suppressions de postes dans l'Arrageois. Un exemple qui vaut pour toute l'Académie.
Près de 300 personnes, enseignants et personnels administratifs, se sont rassemblées mercredi à Lille devant le rectorat avant de défiler vers la préfecture, pour protester contre les suppressions de postes dans l'Education nationale. Réunis à l'appel de l'intersyndicale Unsa-FSU-CGT-CFDT-Sud, les manifestants protestaient notamment contre la suppression de "1.100 postes, dont 1.000 d'enseignants" dans la région Nord-Pas-de-Calais lors de la rentrée 2007.Photo Liberté 62.
Des élèves non affectés
Conséquences des suppressions de classes en lycée (lycées d'enseignement général et technique et lycées professionnels) des élèves n'ont pas eu d'affectation en juillet et des redoublants principalement en terminale n'ont pas été repris. Le refus d'accueillir les redoublants est une pratique qui s'étend, les élèves sont abandonnés par l'administration. À l'issue de la classe de 3ème, 100 élèves de l'Arrageois n'avaient pas trouvé de place en juillet. En septembre, ils n'étaient plus que 30. Que sont devenus les autres ? Enseignement privé, apprentissage ou bien tout simplement abandon de scolarité ? Sur les 30, 15 ont pu entrer en lycée professionnel. L'administration accepte-t-elle de faire sortir les enfants de moins de 16 ans du système éducatif ?
La FCPE insiste sur le fait que les élèves «recasés» dans un autre bassin rencontrent des problèmes difficiles de transport, voire d'hébergement. Enfin certains élèves sont interdits de poursuite d'études : du CAP vers un baccalauréat professionnel, ou en 1ère d'adaptation, de terminale en BTS. Comme le résume un conseiller d'orientation : en carte scolaire, on travaille à flux tendus. L'exemple du lycée Carnot d'Arras est édifiant : 48 % des redoublants de terminale n'ont pu être repris. Une dizaine d'élèves qui avaient choisi la seconde technologique ont été refusés. Des refus de poursuite d'études pour les filles surtout aux lycées G. Mollet et Savary. Il est vrai que les prévisions rectorales sous-estiment les effectifs : pour le lycée Carnot, il était prévu 125 élèves en seconde, 164 ont été affectés pour 180 demandes.
Des élèves entassés
Le résultat est la surcharge des effectifs des classes, un phénomène qui touche à la fois le 1er et le second degré. En maternelle, les classes de plus de 30 élèves ne sont pas rares et pourtant, on note une baisse de fréquentation de 10 %, les élèves de 2 à 3 ans étant de plus en plus refusés. En primaire, on compte de plus en plus de cours double (CE2-CM1). C'est en lycée que les effectifs de classe ont le plus augmenté (un recul de près de 15 ans). Ainsi au lycée Carnot, les classes ont près de 33 élèves en moyenne. En terminale, les effectifs atteignent pourtant 34 et 35.
Des enseignements sacrifiés
Options technologiques, disciplines artistiques (Arts plastiques, Éducation musicale) sont menacés de disparition en lycée. Au lycée Robespierre, le seul poste d'Arts plastiques et l'option ont été supprimés et l'espace «rencontres artistiques» où des artistes de grande renommée venaient exposer leurs oeuvres disparait.
En collège, les dédoublements pour travaux pratiques ne sont plus assurés en arts plastiques, éducation musicale, technologie et sciences de la vie et de la terre. L'innovation de rentrée, à savoir 2H entre 16 et 18H consacrés en collège au soutien, au sport ou aux disciplines artistiques assurées par des professeurs volontaires rémunérés en heures supplémentaires éventuelles (HSE) ou des personnels extérieurs, peut conduire à sortir ces disciplines de l'enseignement obligatoire.
Le remplacement
En primaire, pour suppléer au manque d'enseignants (on compte 205 enseignants en moins, suite aux suppressions de postes antérieures et aux recrutements insuffisants) les postes de remplacement ont été transformés en poste fixe. Déjà en 2006, 16 % des remplacements n'ont pas été assurés dans l'Arrageois. À cette rentrée, dans le département du Pas-de-Calais, selon un rapport de l'Inspection académique, 100 postes n'ont pas été affectés faute de recrutements. Très vite, le recours sera l'appel aux listes complémentaires (étudiants ayant passé le concours mais non reçus et donc non formés). Les instituteurs absents risquent donc de ne pas être remplacés. De même dans le second degré,les TZR (titulaires nommés en zone de remplacement) sont affectés à l'année parfois sur des services partagés, Arras-Douai par exemple.
Parents et enseignants sont donc mécontents et craignent le pire pour la rentrée 2008-2009. Les syndicats ont appelé à manifester mercredi. Au plan national, les syndicats et la FCPE ont décidé d'engager une campagne d'opinion pour alerter sur la situation de l'enseignement public et les menaces qui pèsent sur lui.