AIRBUS-MÉAULTE - LA GARANTIE DE LA PÉRENNITÉ DU SITE EST EXIGÉE PAR LES SALARIÉS
Liberté 62 n°778 - Le 12 Octobre 2007 - 7 -Social
AIRBUS-MÉAULTE : MANIFESTATION LE 23 OCTOBRE POUR L’EMPLOI
LA GARANTIE DE LA PÉRENNITÉ DU SITE EST EXIGÉE PAR LES SALARIÉS
Par Pierre Pirierros
IL ne se passe pas une journée sans qu’Airbus fasse la “une” de l’actualité, plan de dégraissage, concentration des pouvoirs de direction, délits d’initiés, reprises des unités, etc. À Airbus-Méaulte, Patrice Pays, délégué CGT, est, on ne peut plus clair : “Les dirigeants ont mis leur profit personnel en avant par rapport aux intérêts de l'entreprise”.
"Aujourd'hui, ces même gens ont décidé de restructurer l'entreprise avec dix mille suppressions d'emplois et la vente de site. On vend les bijoux de famille comme Méaulte, pour essayer de redresser la barre d'Airbus et en même temps on puise dans la caisse !"
Pour la CGT d’Airbus-Méaulte, “une action efficace de l’État est attendue par tout le personnel. Il faut un engagement fort de sa part pour une renationalisation d’Airbus dans l’intérêt de tous, des salariés, des habitants de cette région picarde, des bassins d’emplois concernés. Le financement par les collectivités territoriales ne changerait pas les orientations d’Airbus. Cela amènerait encore plus de profits, payés par les contribuables, sans garantie d’avenir pour Méaulte”. “Si l’on écoute les directions nationale et européenne, la seule solution c’est la délocalisation. Mas nous nous y opposerons ! Il n’est pas possible de vendre ainsi des sites industriels. Nous sommes en pleine mondialisation avec une vision ultra libérale de l’industrie et de l’économie.”
Ce point de vue est partagé par d’autres syndicalistes même si la direction entretient des rapports privilégiés avec des syndicats comme FO, la CGC ou la CFTC. Le plan Power 8 désastreux Patrice Pays, délégué CGT, dresse le constat suivant “le plan Power 8 a pour but de supprimer 30 % des effectifs de la structure, ce qui donne un chiffre de 10.000 emplois supprimés. Ce chiffre concerne pour moitié les sous-traitants. Le groupe Airbus est impilotable. “Central Entity”, notre maison mère ne sera pas épargnée et nous particulièrement attentifs à ce qui va se faire. Nos inquiétudes sont telles que nous avons des dizaines de questions à poser. Nous ne voulons pas devenir les sous-qualifiés ou les petites mains d’Airbus. Nous voulons conserver notre savoir-faire et acquérir de nouvelles compétences.” Et d’ajouter : “Le plan de restructuration Power 8 continue d’être rejeté par l’ensemble des organisations syndicales et l’expertise dûment mandatée par les élus. C’est un tout autre plan dont Airbus a besoin. Malgré tout, la direction d’Airbus EADS poursuit son projet sans tenir compte de nos avis. Aujourd’hui, les premières investigations de l’enquête menée par l’AMF rendues publiques au sujet des ventes d’actions massives semblent désigner un ensemble de dirigeants de EADS.”
Le trouble et la colère redoublent lorsque, comme si de rien n’était, le plan Power 8 continue sur sa lancée avec la vente programmée de plusieurs sites Airbus en Europe, la suppression de 10.000 emplois et des exigences encore plus fortes demandées aux personnels pour réduire les coûts. Des rencontres intersyndicales se sont déjà déroulées sur l’établissement de Méaulte et des contacts ont été pris au niveau de DSC d’Airbus. Le 23 octobre à Méaulte sera un temps fort pour rassembler efficacement les salariés. Pour satisfaire des gains immédiats et récurrents, c’est la stratégie de l’entreprise qui est condamnée sur le long terme. L’État doit recapitaliser EADS et monter dans l’actionnariat. Le soutien des élus PCF a été bien accueilli à Méaulte.
LA CGT : “DES SUPPRESSIONS D’EMPLOIS MASSIVES DANS LA SOMME”
LE département de la Somme connaît, depuis plusieurs mois, une augmentation massive de suppressions d’emplois, d’annonces de restructurations, de dépôts de bilan, notamment dans le secteur industriel, cette situation vient s’ajouter à une hémorragie déjà importante menée ces dernières années :
✔AIRBUS : avec le chantage à l’emploi : c’est + 100 emplois sur MEAULTE (Power 8 – 10.000 dont 1.200 en France) ;
✔LAPERCHE : projet de fermeture avec 180 emplois à la clé ;
✔FUSION GOODYEAR / DUNLOP : + de 500 emplois avec remise en cause du temps de travail ;
✔ VALEO ABBEVILLE : 250 emplois dont 130 intérimaires, sans compter AMIENS VALEO ;
✔ WHIRLPOOL : plus de 195 avec remise en cause des accords sociaux ;
✔ SUCRERIE d’ABBEVILLE : 250 emplois ;
✔ FAIVELEY AMIENS : environ - 20 emplois. Toutes les catégories sont concernées, y compris les services publics qui subissent cette casse de l’emploi avec menaces sur les hôpitaux (Abbeville, Corbie, Montdidier, etc), voire suppressions de gares SNCF, délocalisations de la DDE, EDF, les Impôts, menaces de fermetures de conseils de prud’hommes, fermetures de bureaux de Poste, suppressions de classes. Ce sont au total plus de 1.500 emplois industriels qui seraient supprimés à moyen terme dans le secteur industriel sur la Somme, sans compter les emplois induits. Tout cela a obligatoirement des conséquences sur le développement économique local. Ces pertes d’emplois et cette situation de précarité vont entraîner beaucoup de communes dans la perte de leur taxe professionnelle et de ressources financières. Sauf à satisfaire l’appétit croissant des actionnaires à la recherche de toujours plus de profits, tel est le sens des suppressions d’emplois, des délocalisations et contrairement à ce qu’affirme le MEDEF, les salariés ne sont pas un coût, ce sont eux qui créent les richesses. Devant une telle situation, l’Union Départementale CGT de la Somme ne peut rester indifférente. Le département a beaucoup d’atouts, de savoir-faire qui nécessitent de se développer.
| JACKY HÉNIN, député européen, maire de Calais
“LES SALARIÉS À LA MERCI DES DIRIGEANTS QUI SE GAVENT DE STOCKS-OPTIONS” «Arnaud Lagardère – principal actionnaire privé d'EADS avec Daimler-Benz déclarait le 15 juin 2006 au Monde, à propos de la crise de l'Airbus A380 : "J'ai le choix de passer pour quelqu'un de malhonnête ou d'incompétent qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines. J'assume cette deuxième version". Si les informations de l'AMF (Autorité des marchés financiers) divulguées dans la presse, sont exactes, il s'avère que ce monsieur est aussi incompétent que malhonnête. À quoi bon travailler dur, se former pour devenir ouvrier très qualifié, technicien supérieur, ingénieur ? A quoi bon s'investir dans son travail à fond, si on se retrouve à la merci de dirigeants, comme l'ex président d'EADS Noël Forgeart, qui se gave de stocks-options ou comme Arnaud Lagardère qui se vante de ne pas savoir ce qui se passe dans les usines et avoue ne pas s'intéresser à l'aéronautique ? Ces hommes, au nom de l'actionnaire roi, mènent leurs entreprises à la catastrophe et les salariés à la rue.Comment s'étonner que certains de nos jeunes cèdent à la tentation de l'économie parallèle, si le modèle dominant est celui du golden boy sans scrupule et de l'argent facile ? A quoi bon faire des études difficiles pour devenir technicien, ingénieur, chercheur lorsqu'il est «tendance»d'être un patron voyou ? Tendance encouragée au premier chef par Nicolas Sarkozy qui a lors de l'Université d'été du MEDEF proposé de dépénaliser le droit des affaires. Cette scandaleuse affaire est aussi le résultat logique du calamiteux «pacte des actionnaires» négocié par Dominique Strauss Kahn à la naissance d'EADS en 1999. Par ce pacte, l'Etat français actionnaire à 15 % de l'entreprise donnait tous ses pouvoirs à Lagardère, devenant ainsi pour le pire le serviteur des intérêts privés de ce même Lagardère. Le gouvernement français doit d'urgence prendre toutes ses responsabilités. Il faut libérer EADS des prédateurs financiers, qui l'empêchent de dégager, en temps et en heure, les moyens indispensables pour investir dans de nouveaux programmes et pour recruter et former les salariés nécessaires au développement de l'entreprise. Le plan Power 8 doit être retirer et la procédure de cession des sites de production arrêtée. L'Etat français a le devoir de briser le «pacte des actionnaires», en retrouvant son droit de vote au conseil d'administration d'EADS, et de nationaliser les parts de capital détenues par le Groupe Lagardère qui s'est montré incapable d'assumer ses responsabilités industrielles.» |