ENERGY PLAST - AUX PRUD’HOMMES DE LENS RENVOI PRONONCÉ LE 11 MARS 2008

Publié le par Liberté 62

 

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Liberté 62 n°779 - Le 19 Octobre 2007 - 9 -Social

 

LES “ENERGY PLAST” (HÉNIN BEAUMONT)

AUX PRUD’HOMMES DE LENS

RENVOI PRONONCÉ… LE 11 MARS 2008

 

Comment pouvez-vous, encore, vous regarder dans la glace ?”, ce cri d’une salariée d’Energy Plast, vendredi 12 octobre, aux Prud’hommes de Lens, à l’encontre des avocats des fonds de pension américains, exprime tout le désarroi des travailleurs bafoués dans leurs droits. La salle d’audiences était trop petite pour recevoir l’ensemble des salariés. Jean Haja, maire de Rouvroy et Dominique Watrin, conseiller général, sont les seuls élus à avoir fait le déplacement pour soutenir le personnel dans cette démarche.

Par Pierre Pirierros




L62-780-p9-samsonite-html-5d03a11.jpgVendredi 12 octobre dernier, rue Lamendin, aux Prud’hommes de Lens, Jean Haja et Dominique Watrin ont assuré les salariés de leur soutien.



APRÈS une petite heure d’audience, le président annonce “pour le bon droit” des salariés le report du procès au 11 mars 2008, “dans un calendrier pas facile à établir”. Le délai du dépôt des écritures des parties en cause doit être respecté ainsi que la transmission des traductions éventuelles. La colère retentit, soudainement alors que l’avocat des 187 salariés (sur 203) de l’entreprise héninoise avance les arguments de la fraude évidente lors de la cession de Samsonite à Energy Plast, via HB Group, le 31 juillet 2005.

Cette date a toute son importance, c’est la pierre angulaire de toute cette affaire sociale qui, deux ans après, a des répercussions désastreuses pour l’ensemble du personnel puisque l’unité “Energy Plast” est, purement et simplement, liquidée. Le renvoi est donc prononcé au 11 mars avec dépôt définitif des écritures au 15 février. Voilà deux dates qui ne bougeront plus, dit le président du Conseil de prud’hommes de Lens et le 11 mars, l’affaire va être jugée sur le fond, indépendamment d’autres interférences avec des audiences au TGI de Paris ou au tribunal de commerce, pour le même dossier mais sur d’autres points. Il est vrai que Samsonite, la multinationale américaine, HB Group, basé au Luxembourg, et les fonds de pension américains (Los Angeles, Chicago), vont tout faire pour éviter la condamnation de Samsonite et, surtout, éviter d’avoir à payer les indemnités aux salariés concernés. Maître Fiodor Rilov, l’avocat des salariés est percutant lorsqu’il détaille, à la barre, tout l’historique de la cession frauduleuse. La partie adverse contre attaque immédiatement en disant ne pas avoir eu à temps les conclusions du dossier, déposées le 14 septembre dernier. L’avocat du liquidateur et celui de l’AGS (allocation garantie salaires) veulent aussi le renvoi.

 

Déjouer la stratégie de Samsonite

 

Maître Rilov résume, si l’on peut dire, cette affaire “mettre fin à toute une stratégie de licenciement et d’externalisation du personnel, c’est un argument solide”. Le 15 février dernier, rappelons-nous, le tribunal de commerce de Paris prononçait la liquidation judiciaire après la cessation de paiement, ce qui signifiait la fin de l’entreprise installée depuis 1984 dans le paysage industriel d’Hénin-Beaumont. Reprendre une usine qui “tourne” à pertes est pour le moins paradoxal ; Energy Plast n’étant qu’un prête nom et la CGT en épluchant le rapport d’expertises découvre tous les dessous d’une affaire financière qui n’est, ni plus, ni moins, qu’une manipulation managériale entre le bagagiste Samsonite et ces repreneurs. Aujourd’hui, l’usine est liquidée. Il n’est pas possible pour lui de se faire ainsi extorquer son savoir-faire et son expérience professionnelle. Dans un dossier complexe comme celui-ci, l’ensemble des problématiques doit être vu par le Conseil de prud’hommes.

 

Insupportable


Les salariés sont catégoriques : “Nous allons devant les tribunaux et nous avons les preuves pour dire avec force que Samsonite voulait rouler tout le personnel dans la farine. C’est insupportable ! La cessation de paiements et le redressement judiciaire ne sont, en rien, des notions abstraites ; en fait, des signes évidents de casse de toute l’unité et, en définitive, c’est tout le personnel qui a payé les pots cassés. Nous ne l’avons jamais accepté. Nous ne l’acceptons toujours pas.” Démarches tous azimuts Maître Fiodor Rilov est explicite, “dans le cadre de ce groupe, le plan social se serait élevé entre douze et quinze millions d’euros avec tout ce que cela induit. En externalisant le problème et surtout les salariés, le bagagiste fait une bonne opération, pour sa renommée, bien sûr, mais aussi pour les relations entre l’ancien propriétaire et les nouveaux actionnaires. Des relations plus que troublantes pour les syndicalistes. Le rapport du cabinet Secaphi-Alpha est solide. Les deux actionnaires ne sont en fait que des hommes de paille. La casse des contrats de vente entre Samsonite et les actionnaires d’Energy Plast, afin que la responsabilité du bagagiste soit pleine et entière, est mise en avant. Il est trop facile d’annoncer une liquidation en faisant tout porter sur le dos des salariés.” Occupation, assemblées générales, prises de paroles, démarches tous azimuts, les “Samsonite” ont été dans l’action pour exiger ce qu’ils ont droit, durant tout le printemps et l’été dernier. Durant l’été 2005, Energy Plast “prenait” le relais de l’unité héninoise mais rien n’a été fait pour la production initiale, c’est-à-dire, des panneaux solaires.

Aucune garantie n'était donnée pour cette production. Le personnel, lui, était excédé et refusait de se plier aux manoeuvres tant de l’ancienne directionque de la direction locale, mise en place par HB Group. La polyvalence et la compétence du personnel sont des atouts majeurs que ce soit pour la fabrication et la finition, pour le souple ou le dur, pour la marque même et des dérivés. Patrick D. a 19 années d’ancienneté. Il a, a priori, confiance en la justice prud’homale car “il y a trop d’escrocs dans les entreprises. Je crois quenous pouvons gagner face à une puissante machine financière, nous sommes là, pour cela, parce que nous sommes directement concernés. Nous travaillons pour des “petites commandes” et pas sur un planning établi sur plusieurs semaines, voire de longs mois.” “Devant le fait accompli, commente Brigitte, avec 20 ans d’ancienneté, nous ne pouvions plus faire marche arrière. En 2002, ll y eut des licenciements par dizaines et les difficultés allaient en s’accélérant. Nous étions loin, très loin des années 1990 etd’une “machine” qui tournait bien. Les restructurations allaient signer notre arrêt de mort et notre licenciement.”

Aujourd’hui, le renvoi des Prud’hommes est prononcé et les salariés exigent que la fraude évidente de “Samsonite” soit reconnue. Les Prud’hommes sont la juridiction la plus proche des salariés, l’attente du 11 mars 2008 (à 9H30) sera longue, trop longue... il y va ainsi des calendriers et la prochaine concentration des conseils prud’homaux opérée par le ministère de la Justice va aggraver toutes les situations en cours, que ce soit à Lens, à Béthune, ou ailleurs.

 

 

 

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