TEREOS PRÉPARE SON ENTRÉE EN BOURSE...

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Liberté 62 n°779 - Le 19 Octobre 2007 - 8 -Social

 

TEREOS PRÉPARE SON ENTRÉE EN BOURSE...ET LIQUIDE TROIS USINES SUCRIÈRES DANS LE PAS-DE-CALAIS, LA SOMME ET L’AISNE

Par Pierre Pirierros

 

 


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Roger Veste, délégué central CGT de Tereos-Lillers : "La
direction veut aller très vite et liquider les usines de Marc-
onnelle, Abbeville et Vic-sur-Aisne. (Photo Liberté 62)


UNE coopérative comme Tereos, cotée en Bourse, cela est suspect et, pourtant, c’est ce qui est prévu par le conseil d’administration du groupe sucrier en 2008. D’ici là, Tereos, supprime trois unités, à Marconnelle, à Abbeville (Somme) et Vic-sur-Aisne, qui comptent respectivement, 71, 74 et 88 salariés, sans compter, bien évidemment, les saisonniers.

Un emploi dans la sucrerie, c’est, quasiment, un autre emploi, (sous-traitance, transports). La sucrerie s’approvisionne en betteraves principalement dans le département de la Somme, mais aussi dans l’Oise et la Seine-Maritime. Le groupe possède 27 sites en France et de nombreux sites, dans les DOM-TOM, à la Réunion, au Brésil (Guarani, un mastodonte), au Mozambique, en Allemagne, en Espagne, en République Tchèque. Bruxelles avait décidé fin février dernier de diminuer sa production de sucre de 12 % pour la saison 2007-08, soit au moins 2 millions de tonnes. L’Union européenne avait engagé en juillet 2006 une réforme de son secteur sucrier pour “mettre fin aux excédents structurels”. Lire, par ailleurs, l’intervention de Jacky Hénin, député européen, auprès du ministre de l’Agriculture. Le même problème se pose dans d’autres pays de l’Union européenne, comme en Grèce, par exemple, où les sucriers de Thessalonique reçoivent des subsides pour limiter la transformation de betteraves.

 

Reconversion difficile

 

La reconversion au plan local s’avère très difficile, tant pour la betterave que pour les emplois directs. Le secteur sucrier, dit la CGT de l’Agro-alimentaire, est sacrifié par l’Union européenne. L’unité de Marconnelle transforme 5500 tonnes de betteraves par jour. Le blé, à Abbeville et à Marconnelle, peut-il remplacer la betterave ? Rien n’est moins sûr. Tereos fait fructifier ses unités du Brésil avec 58 % de production supplémentaire de cannes à sucre et un taux de résultats financiers en hausse de 140 %... Voilà pour une configuration “mondialisée” de cette coopérative de planteurs où le groupe Tereos consolide ses activités. L’implantation, en 2000, de Tereos au Brésil, premier producteur mondial de canne à sucre, répondait à deux objectifs, participer à l’expansion du marché mondial du sucre en progression de plus de 2 millions de tonnes chaque année, au bénéfice de la canne qui fournit 80 % des approvisionnements en sucre. Tereos est implanté dans l'état de Sao Paulo à travers la société Guarani. Au Brésil, c’est l’expérience en matière de production de bio-éthanol qui a attiré également le groupe.

 

La direction veut aller vite

 

Mardi 16 octobre dernier, se tenait un comité central d’entreprise où la fermeture de ces trois unités a été annoncée avec un calendrier précis, “mais tout va aller très vite, souligne Roger Veste, délégué syndical CGT de Tereos-Lillers, car la direction veut, avec son plan social, se débarrasser de ces sites et des salariés à la mi-janvier 2008. Une deuxième réunion du CCE sur ces fermetures aura lieu le 6 novembre prochain et une troisième réunion, le 27 novembre”. Toujours en pareil cas, ce sont les salariés qui paient les pots cassés et les syndicalistes soulignent que la casse de l’emploi est un coup très dur pour les secteurs concernés, du fait des difficultés à retrouver un emploi qualifié.

 

JACKY HÉNIN, député européen,

AU MINISTRE DE L’AGRICULTURE :

 

"NOUS SOMMES FACE

À UN DÉSASTRE”

DEPUIS le début de l’année, plus de trente sucreries ont fermé leurs portes en Europe, constate l’élu européen en interpellant, le ministre de l’Agriculture : «Nous apprenons aujourd’hui que le groupe TEREOS envisage la fermeture de deux sites de production, alors qu’il a réalisé en 2006 un résultat en hausse de 84 %. Si cette rumeur de fermetures se confirmait, 300 personnes seraient menacées de perdre leur emploi.

La cause de cette hécatombe, vous le savez, vient de la réforme du marché du sucre initiée en 2004 et lancée par Bruxelles en2006. En effet, sous la pression de l’OMC, l’Europe a mis fin à ses prix garantis et à ses protections douanières et pris la lourde décision d’ici 2010 de réduire les prix d’un tiers et de produire 5,6 millions de tonnes de betteraves en moins (pour la saison 2007 – 2008, diminution de 12% soit au moins 2 millions de tonnes). Cette réforme mise en oeuvre par l’Union Européenne signifie la mort du système qui avait permis le maintien en Europe d’une production sucrière de qualité, respectueuse de l’environnement.

Aujourd’hui, nous sommes face à un désastre : diminution de 30 % de la production, la fermeture d’un tiers des sucreries, la perte de 10.000 emplois industriels directs et indirects, sans omettre une baisse substantielle de revenus pour 30.000 exploitations de la métropole et sans oublier la Réunion qui risque une véritable implosion économique et sociale. Avec un cynisme absolu, ces mesures ultra-libérales sont justifiées à Bruxelles par la nécessité d’aider les pays de l’ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique). Or, l’expérience montre que le système de libéralisation a tout crains des marchés ne profite ni aux paysans, ni aux consommateurs mais aux seules multinationales. Certes, le statu quo n’est pas possible, mais les solutions sont à la recherche d’une véritable politique de régulation du marché, dont l’Europe pourrait se faire le promoteur.


Cela passe par :


le maintien des prix et des quotas avec une nouvelle répartition favorisant les petits producteurs,


la disparition des subventions favorisant le dumping social,


des prêts bonifiés pour les producteurs et les transformateurs qui investissent dans la modernisation, la recherche et l’emploi,


Lier l’accès au marché européen à des closes sociales à de véritables aides au développement

et à la modernisation des pays ACP pour qu’ils développent leurs marchés intérieurs.


Face à cette catastrophe économique et sociale annoncée, commentla France compte intervenirauprès des instances européennesen prenant en compte les modestes propositions que je vous soumets ?”

 

 

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