RÉPUBLIQUE-JAURÈS - PARCOURS DE LA RIPOSTE
Liberté 62 n°781 - Le 2 Novembre 2007 - 5 -Politique
Marche pour l’emploi
RÉPUBLIQUE-JAURÈS
PARCOURS DE LA RIPOSTE
PCF. Plus de cinq mille manifestants ont défilé samedi à Paris à l’appel du Parti communiste contre une politique de classe et de casse menée par Nicolas Sarkozy.
Plus de 5.000 personnes ont manifesté, samedi après-midi, à l’appel du PCF, entre la place de la République et la station de métro Jean-Jaurès à Paris où s’est tenu un meeting de “riposte” à la politique de Nicolas Sarkozy. Les participants, venus pour l’essentiel d’Île-de-France, mais aussi de départements comme le Nord, le Puy-de-Dôme, la Savoie, l’Aube, le Rhône, la Loire, le Loiret ou encore la Haute-Saône, ont dénoncé “les attaquestous azimuts contre le contrat social”.
Franchises médicales, politique d’immigration, remise en question desrégimes spéciaux de retraites, démantèlement des entreprises et des services publics, pouvoir d’achat,emploi, aucune des “mesures régressives” n’échappe à la critique et àl’alacrité d’un cortège composé decheminots, de métallos, de demandeursd’emplois, d’enseignants ou encore de salariés de l’aéronautique et du transport aérien.
Contribuer au rassemblement
Les manifestants, dans leur très grande majorité des militants du PCF, n’expriment qu’un seul regret : “Nous ne sommes pas suffisamment nombreux aujourd’hui”, soupire Monique, de Montreuil (Seine-Saint-Denis), militante à la CGT Chômeurs, qui fait signer une pétition pour exiger le versement à chaque demandeur d’emploi d’une prime à la recherche d’emploi de 300 euros. Gérard, du Val-de-Marne, tempère : “5.000, c’est pas mal ! Surtoutsi on tient compte du fait que beaucoupde militants sont absorbés par le travail de mobilisation syndicale ou par la préparation des prochaines élections municipales”. Militant parisien, Nicolas estime qu’”on aurait sans doute pu faire mieux si on avait plus popularisé ce rassemblement”.Mis à part ces regrets, les militants communistes expriment plutôt leur “satisfaction”. “Après le coup de massue de la présidentielle, le mauvaisscore du parti et l'élection de Sarkozy, un tel rassemblement fait du bien. On redresse la tête…”, explique Florent,secrétaire de la section de Troyes,dans l’Aube. Gilles, d’Alberville, qui brandit une pancarte pour exiger un référendum sur le “traité simplifié”, estime qu’”avec une telle initiative, le parti joue son rôle car il contribue au rassemblement de ceux qui luttent contre telle ou telle mesure gouvernementale”. Une fonction qui, selon lui, “ne peut être assumée par les seuls syndicats, déjà bien occupés à rassembler les salariés concernés”. Entouré d’une trentaine de militants qui scandent : “Rouge, rouge ! Notre ADN est rouge”, le secrétaire de la fédération de la Loire, Vincent Bony, tien des propos semblables : “Dans la période, le rôle du PCF est d’aider à montrer que toutes les mesures gouvernementales,qu’elles touchent la politique économique et sociale ou des sujetsde société, ont une cohérence”.
Une alternative contre la casse
“Nous devons convaincre l’opinion publique que derrière ce flot de régressions se cache un remodelage libéral du pays”, explique Christelle, étudiante parisienne. Outre s’opposer et dénoncer, les militants communistes veulent aussi construire “une alternative à cette politique de classe et de casse”, comme l’explique Frédéric Bernabé,secrétaire départemental de Haute-Saône. Beaucoup énumèrent les propositions de leur parti relatives à l’emploi ou à la fiscalité. Et souhaitent, à l’instar de Sébastien, de la section de l’aéroport d’Orly, “que le PCF les mettent mieux et toujours plus en avant”.
“Résister tous ensemble”
En fin de manifestation, les intervenants ont multiplié les appels au rassemblement face à la politique du gouvernement.
LES interventions qui ont clos la manifestation organisée samedi à Paris par le PCF ont pris les allures d’un virulent réquisitoire contre la politique du gouvernement. Militant communiste et salarié d’EADS, Daniel Lebris a brocardé le scandale d’EADS, le rôle des actionnaires et l’attitude de l’État dans ce dossier. Accusant «la course effrénée au profit et la recherche de la rentabilité financière» de mettre à mal l’outil industriel et l’emploi, il prône la constitution «d’un groupe public européen», il invite le PCF à toujours plus s’investir dans les entreprises. Laurent Degousse, salarié de Virgin et syndiqué SUD, dénonce lesconditions de travail dans son entreprise et demande aux élus du PCF de relayer le combat de ses collègues. Guy Tressalet, de la FSU de Seine-Saint-Denis, dénonce la politique gouvernementale en matière d’éducation dont «les enfants seront les premières victimes».
Comme Alain Prouvenc, de la CGT cheminots, il insiste sur «l’attaque globale contre la notion même de service public» et «la nécessité de se rassembler pour riposter». Dominique Nogueres, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme, dénonce bien sûr la politique d’immigration poursuivie par le gouvernement. Plus largement,elle accuse le gouvernement de procéder à des «remises en cause gravissimes des libertés fondamentales». Elle appelle aussi toutes celles et ceux qui s’y opposent à se rassembler et à «ne rien laisser passer». Des propos similaires à ceux de Christian Lehmann. «Pour la droite, le Conseil national de la Résistance n’est qu’une parenthèse dans un avenir radieux pour le marché», affirme-t-il. Et le médecin engagé dans la lutte contre les franchises médicales de conclure : «On dit que le capitalisme contraint à des choix. Ceux qui s’y opposent doivent aussi choisir : soit nous résistons tous ensemble, soit nous serons laminés les uns après les autres.»
“L’alternative de gauche à la droite est plus que jamais nécessaire”
Extraits de l’intervention de Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF.
“FINI le débat d’idées, fini l’opposition démocratique, fini le mouvement social ; le président a parlé, on doit s’exécuter. Quelle piètre conception de la démocratie qui annonce bien des dérives ! Alors oui, ceux qui agissent,qui se rassemblent, qui avancent d’autres solutions, ne sont pas illégitimes. Ils et elles sont les résistants d’aujourd’hui dont le monde a besoin. Oui, ils contestent les experts, les spécialistes, les éditorialistes qui théorisent sur la soi-disant modernité, sur le soi-disant réalisme de leurs réformes.
Leurs réformes n’ont en vérité qu’un seul objectif : se plier à la mondialisation capitaliste. Osons la révolte, osons lalutte, osons un projet de changement ! Mais cette réponse dont a besoin le mouvement social n’est pas là parce que ce qui se passe à gauche ne va pas. Rien ne bouge si ce n’est les règlements de comptes, les discours sur la méthode ou, pire, le bout de chemin avec la droite. La gauche donne aujourd’hui, au mieux, une vision de dispersion, au pire l’impression de ne rien avoir à faire du changement concret de notre vie, de ne laisser qu’un goût amer : celui de se résigner à un “libéralisme de gauche”.
Depuis le séisme de 2002, le PCF n’a cessé d’agir pour que la gauche permette un large rassemblementpopulaire, nous permettant, au pouvoir, de transformer tous nos espoirs. Cet objectif est loin d’êtreatteint. L’alternative de gauche à la droite est plus que jamais nécessaire. Et le premier test sera les élections municipaleset cantonales. Gare à celui qui prendrait la responsabilité de la division et qui permettra à la droite d’accroître sa domination sur le pays. J’en appelle donc à toutes les forces politiques de gauchepour faire passer cet intérêt populaire audessusd’intérêts partisans, de faire primerl’union pour changer sur la revanche boutiquière. Nous, communistes, sommes déterminés à relever le défi d’unnouveau projet d’émancipation. Et surtout,nous allons créer une dynamiquepopulaire pour que ça change.”