UN ESPACE RADICALEMENT TRANSFORMÉ APRÈS DEUX ANS DE TRAVAUX

Publié le par Liberté 62

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AU CHANNEL, SCÈNE NATIONALE DE CALAIS, OUVERTURE, CE SAMEDI À 15H, DES ABATTOIRS UN ESPACE RADICALEMENT TRANSFORMÉ APRÈS DEUX ANS DE TRAVAUX

Par Pierre Pirierros

 


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A
vie culturelle, lorsqu’elle a cette intensité, fait appel au tempérament particulier des uns et des autres. Calais poursuit un effort considérable avec la Médiathèque, totalement, rénovée, l'École de Musique et la future Cité de la Dentelle. La Culture correspond à une certaine organisation dans un lieu dit, en l’occurrence, les Abattoirs, et cette part de la vie a besoin de constantes humaines, des sensibilités et un champ de résonance qui donne toute la profondeur et toute la matière à des pratiques artistiques diversifiées ? Et puis, un lieu “culturel” se voit et se repère immédiatement dans le paysage d’un quartier, d’une cité, d’une ville. Incontestablement, c’est le cas du Channel, Scène nationale de Calais. L’Artiste comme le spectateur sont liés par une expérience commune acquise au fil des pratiques et d’une connivence certaine qui aboutissent à la création et à donner une ambiance exceptionnelle à toute vie. Il n’y a pas de culture préétablie mais ce sont le rêve et l’émotivité qui s’ajoutent - l’un à l’autre - et qui deviennent complémentaires pour changer le monde et créer un réel dynamisme.

L’ouverture des “Abattoirs” de Calais, au Channel, est un dossier très important pour tout le Nord/Pas-de-Calais, c’est une réhabilitation formidable confiée à un architecte de talent Patrick Bouchain dont les travaux dans maintes villes de France traduisent une permanence aboutie des formes, auxquelles se mêlent un sentiment de respect d’une stricte identité. Deux exemples nous viennent immédiatement à l’esprit, l’usine LU à Nantes et la Condition publique à Roubaix. Aux Abattoirs, la manière géométrique d’aborder toutes ces variations permet une coordination totale, c’est un ensemble qui intéresse l’oeil et l’esprit. La transformation d’un tel espace - sur une superficie bâtie de 14 000 mètres carrés - rejaillit sur toute la population, ce changement complet est une nouvelle manière de vivre, pour l’équipe du Channel, pour tous ceux qui le fréquentent et pour toute la vie calaisienne.

Francis Peduzzi, directeur du Channel et toute l’équipe ne cachent pas leur satisfaction de voir l’aboutissement d’un tel projet après deux ans de travaux. Lors d’une récente rencontre, il ne cachait pas un sentiment du “travail accompli en parfaite collaboration avec Jacky Hénin, le maire, les élus concernés, les tutelles que sont la Région, le Département mais aussi le ministère de la Culture. L’aide précieuse de la municipalité de Calais est une autre satisfaction et un encouragement à aller plus loin. La place de la vie culturelle dans la ville correspond à des enjeux importants et ces enjeux nous interpellent. Aujourd’hui, deux ans de travaux impressionnants, tout l’espace des Abattoirs est modifié de fond en comble”. Expression amusée pour dire que tout a été repensé avec les matériaux actuels pour une transition des plus agréables. Transition vers un avenir prometteur et une programmation avisée. Francis Peduzzi souligne toute l’ambition d’une totale transformation et d’un projet captivant, pour le public, pour ceux qui y travaillent et toutes les personnes, qui, un jour ou un autre, sont amenées à y pénétrer. C’est là, la récompense du travail bien fait. Ces progrès, les visiteurs s’en saisissent lorsqu’ils “contemplent” les bâtiments dans leur ensemble avec ses salles distinctes, “Le Chapiteau”, avec une irisation exceptionnelle, “Le Passager”, “La Grande Halle”, les lieux de résidence, “La Tisanerie”... Et puis, il y a le Belvédère, qui avec ses vingt mètres, est un point d’exclamation dans le paysage. Dans la disposition ludique - entre la destinée du voyage et la source elle-même - on y découvre le sentiment d’un certain état de fixation, emblèmes, flèches d’orientations et autres signes que l’on croise au Channel. Un grand merci à Elisabeth Lonquéty qui nous a servis de guide lors de la visite de lundi dernier.

 

Actes singuliers

Tout cet ensemble forme un tout dont la “découverte” répond toujours à un acte singulier. La surprise dans cet espace donné est totale, à commencer par la façade principale, qui nous invite à pénétrer, aisément, dans la Tisanerie (ou accueil principal) avec deux baies vitrées. C’est François Delarozière qui en est le concepteur. Dès l’entrée dans la Grande Halle, la lumière est un appel au monde moderne, ce monde moderne qui arrive à grands pas comme dirait Gramsci. L’idée du “déroulement” des salles associe différents plans de création plastique et artistique. On cherche à s’évader et cette évasion nourrit les matériaux, “mis à la disposition” du public. La fonction originale a été restaurée grâce aux ambitions de Patrick Bouchain. L’Histoire s’arrête et commence sur le couperet de la modernité. Des vagues successives ont ponctué la vie culturelle depuis plusieurs décennies. Et c’est un nouvel esprit qui souffle sur toute cette vie culturelle, puisque le Théâtre recouvre la notion d’universalité. Le projet architectural donne forme aux “enchaînements” des différentes salles à partir du hall d’accueil. Il livre à tous, aux metteurs en scène, aux scénographes, aux acteurs, et surtout au public, des possibilités de pratiques nouvelles qui imposent de nouveaux usages. C’est l’apanage d’une réussite de restauration exemplaire. Respectueux des formes et des contraintes du spectacle contemporain, les architectes en délivrent toute la performance possible pour une structure réhabilitée totalement. L’impression de se sentir parfaitement à l’aise est ressentie dans maints endroits, comme “la Tisanerie”, “le Belvédère” ou “Le Passager”. Le Théâtre est aussi et surtout une organisation humaine au premier chef. Mais en définitive, ce qu’on retient c’est le but, c’est-à-dire les oeuvres et le répertoire, les comédiens, bref, l’artiste. L’ordonnancement des salles autorise toutes les audaces. Dépasser l’oeuvre et rendre tout cela visible, voilà un thème agréable où tous les superlatifs sont possibles ! “Fermeture pour cause d’ouverture, samedi 1er décembre à 15 H.” La métaphore est agréable et Les Abattoirs se présenteront, alors, à nous. C’était une étape nécessaire d’organisation d’un tel espace, avec la recherche de lignes, de couleurs, d’harmonie, de fonctionnalité. Le spectateur a devant lui (et pour lui) un lieu spécifique et il est le lieu de la magie du théâtre et du lien social et politique. Les incertitudes de notre époque, elles, s’inscrivent dans la réalité quotidienne en prenant aussi en compte les mutations contemporaines. Dans le Théâtre grec, le spectacle n’était pas seulement une activité ou un divertissement, il faisait partie intégrante de la vie de la cité.

 

Ouverture des lieux sur la vie

Avec l’ouverture complète de tels lieux, uniques en France, pour ne pas dire en Europe, participer à l’engouement d’un tel événement correspond à l’appropriation de ce lieu ; en fait, c’est un élément incontournable de la manière d’apprécier ce qui a été fait. À la nécessité de ces émotions, il y a l’exigence du visible dans un domaine où la fluidité de l’architecture nous renseigne beaucoup sur ce qu’est le spectacle vivant. L'ouverture sur la vie est indéniable. Tout est fait pour le public, que ce soit pour les scolaires ou le public adulte, rien ne peut échapper aux mouvements successifs d’une multiplication de signes. C’est toujours et encore cette idée de la pérégrination (dans un ancien bâtiment d’abattage, de découpage et au stockage des viandes) qui domine un travail “fait pour les Calaisiens” mais aussi pour tous les publics.

L’on pense à Paul Valéry lorsqu’il disait que “la véritable tradition dans les grandes choses n’est point de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en referait de toutes autres en d’autres temps.” À l’évidence, ce qui est intéressant dans le Théâtre, dans l’oeuvre, c’est le comédien et le comédien sera, ici, chez lui. Le public, c’est la contrepartie indispensable et la possibilité d’échanges permanents. Il aura à coeur à y trouver du plaisir et du rêve. Avec toute la curiosité requise en de telles circonstances. L’imaginaire fait partie de notre monde.

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Publié dans Culture

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