APRÈS SEPT JOURS DE GRÈVE, AVANCÉES SUR LES PRIMES ANNUELLES
Liberté 62 n°786 - Le 7 Décembre 2007 - 7 -Social
LA LUTTE POUR LE POUVOIR D’ACHAT AUX “MOULINS DE SAINT-AUBERT” (BEUVRY)
APRÈS SEPT JOURS DE GRÈVE, AVANCÉES SUR LES PRIMES ANNUELLES
Par Pierre Pirierros
Piquet de grève devant l'entreprise. (Photos Liberté 62) Raymond
LA direction des “Moulins de Saint- Aubert”, à Beuvry, utilise tous les prétextes pour ne plus payer les primes annuelles d’intéressement et de participation à ses salariés. Parmi ces prétextes, il y a la hausse du prix du blé, les contrats importants avec Intermarché et le rééxamen, en définitive, des salaires. Cet acquis - remis en cause sur le fond - est jugé inacceptable par la CGT. Stéphanie Varlet, André Verdet, André Gillet, Sylvain Szech, ses délégués, que nous avons rencontrés, vendredi 30 novembre, devant le piquet de grève, sont catégoriques, “si on ne fait rien aujourd’hui, tout va aller vers le bas. Nos salaires en pâtissent déjà du fait de cette amputation importante ; cet acquis nous allons tout faire pour le préserver et le sauvegarder. La direction, elle, essaye de nous diviser. La grève nous ne la faisons pas de gaieté de coeur, elle est devenue un élément indéniable de notre mobilisation. Le compromis possible, c’est la satisfaction de nos revendications de base portant sur cette prime d’intéressement aux bénéfices correspondant à notre travail et au fruit de notre travail. Nous perdons plus de 2000 euros par an. Par cette action, les salariés grévistes expriment leur ras-le-bol”.
L’action soude les salariés
Les salariés à la production ne l’entendent pas de cette oreille et ont fait grève, durant une semaine, du lundi 26 novembre au 3 décembre. Les négociations furent difficiles, très difficiles, commencées un temps, suspendues, une autre, puis reprises en fin de semaine dernière. Ce que ne voulait surtout pas la direction, c’est que le mouvement fasse tache d’huile et gagne d’autres filiales du puissant groupe ITM (lntermarché, basé à Bondoufle, dans l’Essonne) avec d’énormes bénéfices à la clé. Les “Moulins de Saint-Aubert”, créés en 1988, ont connu, donc, leur première grève, ce qui montre bien que les travailleurs ne s’en laissent pas conter et que les intimidations de toutes sortes n’ont aucune prise sur eux. La grève revêt toujours un caractère d’urgence sociale et de grandes responsabilités pour ceux qui la font. C’est le cas de 36 personnes (sur cinquante) dans cette entreprise qui produit des baguettes pour les magasins de cette chaîne dans une grande partie de la France. Par solidarité, des salariés des entreprises similaires ont débrayé et adressé des messages d’encouragement (Moulin Bleu, dans la région lilloise, Sainte Armelle, en Bretagne). Les délégués CGT du Centre hospitalier voisin et Raymond Roels, secrétaire régional de la CGT Agroalimentaire, sont venus sur place, s’enquérir du mouvement en cours. La boulangerie industrielle est un secteur qui a le vent en poupe, comme chez Holder, (enseignes Paul) et la CGT de stigmatiser une politique destructrice de l’emploi et de mise à l’écart des syndicalistes, comme c’est le cas dans cette enseigne. Stéphanie Varlet, au nom de la CGT, nous dit combien “cette grève a soudé les salariés ; la direction voulait jouer la montre et traînait à engager de véritables négociations. Nous travaillons tous les jours, les samedis, les dimanches, nous travaillons sur trois lignes de production. Nos revendications, la direction les connaît depuis longtemps, ce n’est pas d’aujourd’hui que nous tirons la sonnette d’alarme. Nous avons fait grève une semaine. La direction générale d’Intermarché n’a rien dit pourtant les Moulins de Saint-Aubert sont liés à cette enseigne de la distribution ; à elle de répercuter les prix par rapport à ceux pratiqués par l’unité du Pas-de-Calais. La vigilance est à mettre en avant d’autant plus que la direction évoquait, à un moment, la fermeture de l’entreprise. Les salariés grévistes, en salariés responsables, sont allés à la table de négociations avec le souci majeur de préserver un acquis sur les salaires. Le prétexte de l’augmentation du prix du blé n’est qu’un prétexte. Le cadeau de Noël est brocardé à l’entrée de l’usine, rue Delebecque, à Beuvry ; bénéfices maxi, salaires mini... Intermarché peut (et pouvait) intervenir sur sa filiale mais elle ne le fera pas pour ne créer de précédent et éviter l’effet boule de neige. La mobilisation est un stade important. Les salariés peuvent l’apprécier ainsi”.
Jacques Delelis : la grève pour le pouvoir d’achat
Jacques Delelis, au nom de l’union locale CGT de Béthune, souligne, une action déterminante pour le pouvoir d’achat à l’heure où Sarkozy fait des rotomondades. “Nous sommes en plein dedans, dit-il, la question du pouvoir d’achat est la préoccupation principale des salariés. Le président de la République n’a pas pris en compte ces impatiences. L’essentiel des mesures annoncées consiste à inviter les salariés à puiser dans leurs économies – en tous cas pour ceux qui en ont -, dans leur compte épargne-temps, leur RTT et leurs heures supplémentaires pour améliorer l’ordinaire. Un très grand nombre de salariés ne bénéficiant pas des 35 heures subissent la précarité ou le temps partiel imposé. Alors que leur pouvoir d’achat est au plus bas, le Président n’a apporté aucune réponse. Aucun effort n’est demandé aux actionnaires. Pourtant, les dividendes et le cours des actions augmentent bien plus que les salaires. Les efforts sont autofinancés par ceux qui sont déjà dans la difficulté, les salariés”.
Prix en hausse, salaires en baisse
Raymond Roels évoque les préoccupations des salariés dans un secteur déterminant pour la vie économique du Nord/Pas-de- Calais. Plus de 45 000 emplois. On connaît la place importante de l’agriculture et des activités qui la sous-tendent dans notre région. Les témoignages recueillis à Beuvry s’insérent dans un plan général de l’action pour les salaires et les conditions de travail. L’emploi est toujours au premier plan. Les récentes élections aux Chambres d’agriculture ont placé la CGT à la première place dans les collèges ouvriers (3A et 3B), avec 39 % des voix dans le Nord et 42,50 % dans le Pas-de-Calais et cela dans un contexte précis de pressions patronales et d’intimidation vis-à-vis des syndicalistes et, surtout, des syndicalistes cégétistes. Il est vrai aussi que les prix des produits agricoles en France ont continué d'augmenter fortement en septembre avec une hausse de 6,2 %, et de 18,3 % sur un an. La progression a été particulièrement forte pour les céréales avec une hausse de 20,5 % en septembre. Le prix du blé tendre, qui sert à fabriquer le pain, a grimpé de 23,2 % en septembre. Il a doublé en un an. On le voit, les prix augmentent mais les salaires baissent. En faisant grève une semaine, les salariés des “Moulins de Saint- Aubert” ont mis en exergue, la lutte pour le pouvoir d’achat. Le travail a repris lundi 3 décembre dernier. Des assurances sur le versement de trois primes de 150 euros en termes de compensation de la disparition de l’intéressement ont été données par la direction. Les syndicalistes CGT du Centre hospitalier se déclarent solidaires du mouvement