LA FRANCE A BESOIN D'UN PARTI COMMUNISTE
Liberté 62 n°786 - Le 7 Décembre 2007 - 2 -Événement
ASSEMBLÉE DES SECTIONS COMMUNISTES
DU PAS-DE-CALAIS À HOUDAIN
La France a besoin
d'un Parti communiste
Par Jean Michel Humez
C'est à partir de cette conviction fortement affichée par les communistes de notre département que la Fédération du Pas-de-Calais va apporter sa réflexion ce week-end lors de
l'assemblée générale nationale des délégués de section à Paris.

PRÈS de 200 responsables des sections communistes du Pasde- Calais étaient réunis samedi dernier à Houdain pour un débat sur l'avenir du PCF, précédé par un rapport présenté par Jean-Claude Danglot, au nom de la Fédération du Pas-de-Calais du PCF. Le rapport débute par une question essentielle : Y-a-t-il encore des raisons d'être communiste ?
Pour Jean-Claude Danglot, "la réponse à cette question doit faire suite à cette autre question : y a-t-il toujours, oui ou non, un groupe de personnes, une classe, possédant un capital économique, qui de ce fait possède les outils de production, prend les décisions tentant d’imposer leur façon de répartir les richesses produites par le travail, et pouvant s’appuyer sur une classe détenant un capital symbolique dominant (l’information, partis politiques forts ...) ? Y-a-t’il toujours, d’autre part, une classe ne possédant que sa force de travail, luttant avec plus ou moins d’efficacité pour influer sur cette répartition des richesses ?" La réponse est évidemment oui. "Cette inégalité s’accompagne d’une propagande puissante destinée à nous faire croire à la fatalité de cette situation", s'insurge le responsible fédéral... L’opposition capital/travail étant toujours au coeur de la vie de notre société, Jean-Claude Danglot considère qu'il est nécessaire de se poser des vraies questions sur le sens de ces déconvenues électorales – au lieu de poser comme préalable qui exonère un peu trop facilement les dirigeants - un "déclin continu de l’influence du PCF." "Un certain nombre de nos dirigeants actuels ont manifestement un problème avec l’histoire du communisme français : ils ne l’assument pas, soit parce qu’ils ne la connaissent pas, soit parce qu’ils ont renoncé à mener sur ce terrain-là aussi la bataille idéologique avec nos adversaires de classe", déplore le responsible fédéral.
Faut-il un parti communiste ?
A l'autre question "faut-il un parti communiste, les partis sont-ils dépassés ?", Jean-Claude Danglot souligne que seuls les partis politiques sont reconnus et visibles par les électeurs : "La "fin des partis " est une injonction démentie par l’histoire politique contemporaine. L’UMP est un parti puissant, y compris dans les médias. C’est une des raisons de la victoire de Sarkozy". De même poursuit-il, "Si nous continuons de penser que la société continue d’être structurée par l’opposition capital/travail, que l’avenir de l’humanité est une société sans classe, et que son avènement se fera par la conquête politique d’une force majoritaire acquise à cette représentation du monde, alors il faut un parti qui affirme cette conviction et cette réalité, qui se donne les moyens d’imposer cette représentation du monde et de soi-même, c’est à dire un parti communiste". Il reconnaît que la conscience politique est au plus bas : "Le mot" communiste" est inlassablement associé à une parodie d’histoire mondiale. Nous sommes incapablesde faire la promotion de l’héritage du travail des communistes français enFrance et dans le monde." C'est pourquoi, Jean-ClaudeDanglot estime que "nous devons revenir au plus près du monde du travail (incluant ceux qui en sont privés), dans le but de partager les souffrances vécues et dans le but d’expliquer ce que nous voulons et comment nous voulons y parvenir ; dans le but aussi d’établir commentles individus avec qui nous reprendrions parole peuvent y trouver matière à s’exprimer sur leur propre souffrance, joindre leur proposition et s’investir. Il faut pour cela, dans la limite de nos forces actuelles, revenir aux structures de proximité que sont les cellules, avec des cadres disponibles pour aider à les animer... Nous devons donner aux militants et sympathisants socialistes (entre autres) l’assurance que le PCF, toujours convaincu par le combat démocratique, qu’ils trouveront un allié, aux convictions claires, et solide justementparce qu’il a des convictions claires ...”
Le responsable fédéral considère que cet esprit de reconquête passe en priorité par des contacts accrus avec tous les salariés : "La plupart sont isolés, sous pression, accablés, menacés, et ne sont pas prêts à réagir comme ça, individuellement. Le salariat des grands centres de production, le salariat organisé par un droit du travail régi par des principes collectifs est disséminé à coup de lois et de politique du management au quotidien, de chômage et de précarisation de l’emploi. Pour beaucoup, le quotidien ressemble à un véritable supplice. Le contrat individuel remplace le droit collectif, l’intérim et la mission deviennent la règle. C’est aux moyens de reprendre contact (ou derenforcer sensiblement les liens)avec ce monde du travail que nous devons réfléchir.Nous sommes avec les salariés du secteur public, rempart social de par leur statut. Ne nous y trompons pas : si ce rempart cède, c’est l’ensemble de notre capacité de résistance qui s’effondrera. Nous devons aussi réfléchir à d’autres catégories sociales touchéespar la nouvelle répartition du capital, comme celle des artisans ou des petits patrons de PME."
En conclusion de sonrapport, le responsablefédéral pense que le PCF doit affirmer une ligne claire vis à vis du PS, de sa direction, et modifier nos stratégies d’alliance : "Le PS sera ce que ses adhérents en feront. En l’état actuel, affirmer nos divergences politiques rédhibitoires (et elles ont tendance à s’accumuler) est une nécessité pour nos convictions, nos militants, pour l’unité denotre Parti, et dans la perspective d’une future alliance avec les militants de gauche, avec les citoyensqui refusent le social-libéralismed’ailleurs en échec partout en Europe. Parmi eux, sachons voir ceux des militants PS qui tireront les conséquences de l’évolution droitièredu PS et de l’existence d’un PCF solide prêt à de nouvelles alliances. Ayons le courage de contester l’utilisation du mot " Gauche " à ceux qui ont abandonné le combat, et commençons par en prendre nous même l’habitude"... Tant que le capitalisme est à l’oeuvre et que les partis politiques sont lesformes dominantes de la représentationpolitique, le PCF doit être à l’oeuvre. Nous avons besoin, nond’une nébuleuse qui rejette les excès du néolibéralisme au nom de valeurs humanistes mais d’un parti, avec ses militants et ses chercheurs, capable de diffuser au plus près de la population, et non dans des salons antilibéraux, une pensée structurée du monde capitaliste et qui apporte des propositions elles aussi structurées et globales, pour en finir avec le capitalisme...
Jean-Claude Danglot insiste enfin sur la nécessité d'être toujours mieux dans l'action : "Les nombreuses réformes engagées par Sarkozy depuis l'été, commencent à inquiéter et faire de nombreux mécontents. Dans ce contexte, on peut analyser différemment le mouvement de grève des cheminots, mais le pire aurait été un manque de réaction. Sarkozy d'ailleurs ne crie pas victoire, les cheminots non plus, mais ils ont gagné déjà sur un tableau, oser affronter 5 mois après son élection, un président qui croyait tout se permettre. Et puis, l'expérience montre que la multitude des luttes, mêmes précaires, finit toujours à affaiblir un pouvoir. Cheminots, électriciens, étudiants, lycéens, personnels de justice, fonctionnaires... cela fait quand même beaucoup de monde...Dans tous ces conflits, notre parti montre sa présence, il faut continuer. Nous venons également de donner un prolongement à la Marche pour l'Emploi en réunissant les Marcheurs à Raismes cette semaine et en mettant en place une association pour poursuivre et élargir le mouvement". Parallèlement à la préparation des élections municipales et cantonales, la mobilisation pour le référendum au Traité Européen de Sarkozy s'organise et le PCF y tiendra toute sa place.”