SAUVER ET PERENISER LES EMPLOIS DE L'INDUSTRIE, LE PORT ET LA PECHE
Liberté 62 n°788 - Le 21 Décembre 2007- 4 -Social
RENCONTRE-DÉBAT AVEC LES ÉLUS PCF DU CONSEIL RÉGIONAL À BOULOGNE-SUR-MER
Sauver et pérenniser les emplois dans l’industrie, le port et la pêche
Par Pierre Pirierros
“CO M M E N T rendre palpable le Schéma économique de développement régional ?” Alain Bruneel, président de la commission du conseil régional, Brigitte Passebosc, conseillère régionale, Jean-Claude Juda, maire de Saint-Étienne-au- Mont, conseiller général, ont invité les représentants des entreprises pour faire un tour d’horizon des problèmes rencontrés et en recueillir toutes les suggestions.
La rencontre-débat organisée, la semaine dernière, à Boulogne-sur- Mer, a réuni, donc, des syndicalistes d’une dizaine d’entreprises du secteur privé et du secteur public. Outreau Technologies, SeaFrance, SBE, Conté Bic, Crow Cokk, (ex- Boîte mécanique illustré), SNCF, Dom’Services, ex-salariés de la Comilog, Acean, France Télécom, GDF, travailleurs de Capécure, les syndicalistes de tous ces secteurs en situant le contexte précis de leurs situations respectives et de leurs revendications, ont, unanimement, apprécié ce genre de discussion. Discussion qui rebondit sur le social et le politique, liens indéfectibles, dans une période où les droits des salariés sont bafoués.
Port de commerce
Que dire du ¨Port de Boulogne-sur- Mer ? Charles Fontaine, élu PCF pose d’emblée le cadre actuel ; Il y a toujours un effet de dominos dans la vie économique, ainsi l’arrêt de la Papeterie de Maresquel a des conséquences néfastes pour le port de commerce, port déjà en pertes sèches depuis quelques années avec la fin du transport de farines et la fermeture définitive de la Comilog. Quais esseulés, grues qui ne sont prêtes qu’à fonctionner, bâtiments eventrés et toujours le paysage lugubre des installations de ce qui fit la gloire industrielle du Boulonnais.
Le métier de pêcheur est difficile avec toutes les restrictions imposées par l’Union européenne ; or, il faut savoir qu’un pêcheur fait “vivre” directement quatre à cinq personnes, c’est un avenir bien sombre qui s’annonce pour les villes portuaires comme Boulogne. Aujourd’hui, la Comilog n’existe plus, les hypocrites ont beau parler mais l’industrie, ce qui fit la force de la région, se réduit d’année en année. Le danger de toute fermeture rebondit directement sur toutes les corporations boulonnaises. Le port de commerce est touché de plein fouet. À quoi vont servir les terrains de la Comilog ? La question se pose.
L’emploi, revendication principale des intervenants dans le débat.
Outreau Technologies
La situation actuelle d’Outreau Technologies a fait l’objet d’un point de presse organisé conjointement avec les délégués CGT de cette entreprise, ancrée depuis des décennies, dans le paysage industriel local.
“L’avenir du site d’Outreau et de ses 280 salariés est fortement menacé, souligne Alain Bruneel, en direction des pouvoirs publics, la stratégie capitalistique visera à mettre en oeuvre, dans des brefs délais, une externalisation des activités des différents sites de groupe, dans l’objectif de limiter la masse salariale afin de retrouver de nouvelles marges de profit. La cession des actifs immobiliers décidée récemment par l’actionnaire confirme l’hypothèse d’une orientation purement financière au détriment d’une ambition industrielle nécessaire pour la pérennité du groupe et de son développement”.
Face à cette situation profondément inique, les pouvoirs publics doivent réfléchir collectivement sur une solution alternative qui viserait à faire jouer le droit de préemption de la Communauté d’Agglomération du Boulonnais, dans la perspective d’un rachat des bâtiments d’Outreau Technologies. Une réunion de concertation avec les différents protagonistes du dossier est plus que nécessaire. Le maire de Saint-Étienne-au-Mont souligne toute l’importance d’une réunion avec tous les acteurs sociaux afin d’étudier les possibilités pour pérenniser les emplois.
Europe
Hervé Poly, assistant parlementaire de Jacky Hénin, député européen, insista sur les graves dangers de la mise en place du mini-traité européen et de ses conséquences directes sur les délocalisations d’entreprises, entretenues par le flou du commissaire du commerce Mandelson.
Le commissaire européen au commerce souhaite, en effet, élargir la notion de “producteurs européens” aux entreprises ayant délocalisé une partie de leur production, au risque d’encourager les délocalisations. Le dumping social est une manière de faire pour la direction de Gaz de France c’est une situation dangereuse. Il est facile pour cette même direction (qui ouvre le capital avec l’aval de l’Etat) de se réfugier derrière les directives européennes en les appropriant à son avantage. On sait où cela conduit. Quant à la patronne du Medef, Laurence Parisot, elle voudrait “donner” un autre visage tout en poursuivant les méthodes et le fondement général de l'organisation patronale.
Seafrance
Marc Sagot, délégué CGT de SeaFrance, explicite l’idée que les syndicats doivent être consultés par la direction pour un suivi de l’évolution des emplois, des conditions de travail et de l’avenir de la compagnie. La CGT entend développer des exigences concernant le service public ; la commission prône la nécessité de laisser le soin au seul marché, aujourd’hui et demain de réguler ces activités autour du concept de compétitivité. Or, pour mettre en valeur les atouts des liaisons transmanches, il faut une certaine volonté politique...
Bruno Arnoult, secrétaire de l’Union locale CGT, dit combien son organisation syndicale est sollicitée par plusieurs secteurs d’activités dont les entreprises de la transformation du poisson qui sont en pleine tourmente avec des restructurations chez Delpierre et ses ramifications locales. Créer des conditions de rassemblement sur des bases de défense de l’emploi et des sites, c’est construire une réflexion sur ces dossiers et défendre l’emploi. La réflexion au sein du conseil portuaire est décisive, c’est pour cela que la CGT demande d’avoir toute sa place, à l’heure où la fusion des Chambres de commerce (Boulogne/Calais) se met en place. Celles-ci sont concessionnaires des ports ; marquer un coup d’arrêt à l’entreprise de liquidation des emplois est une ambition tout à fait légitime défendue par les syndicalistes d’un secteur économique vital pour la région. Ce secteur a connu la casse des métiers des dockers en 1992 et l’entrée de plain pied du privé dans les ports avec les manutentionnaires et les grutiers. Le repreneur du port doit être à même de garantir les métiers et tout ce qui les régit ; or, disent les syndicalistes cégétistes des chambres de commerce “de fortes suspicions pèsent sur la remise en question du statut. Le fait de tout mettre à plat est une démarche tout à fait saine dans une conception syndicale de la lutte”.
La précarité est à combattre, le service public est à défendre. Ce dont ont besoin, les salariés ce sont des garanties sur les statuts et non pas la mise en place de méthodes de division.
SNCF
Pour les syndicalistes CGT de la SNCF, la dette d’infrastructure est officiellement transférée à RFF, mais dans les faits, elle continue de peser sur la SNCF avec l’augmentation constante du prix des péages et les pressions à la baisse des coûts d’entretien et de circulation des trains sur le réseau. Le fret est en crise avec des pertes d’emplois et la fermeture des gares. Les gains de productivité ont d’énormes conséquences sur l’emploi local. La récente convention TER a bien montré le peu de dialogue qu’il y a entre les syndicats et l’entité Conseil régional.
Le Schéma régional de développement économique, adopté en novembre 2005, a pour but de fédérer toutes les énergies citoyennes. Qu’en est-il vraiment ? “C’est en amont, observe les élus communistes, avec les acteurs du mouvement social, que doit s’engager la discussion et cette pratique concerne les quatorze bassins d’emploi du Nord/Pas-de- Calais”.