GRAND FROID CALAIS-LA SOLIDARITE N'EST PAS UN DELIT

Publié le par Liberté 62

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Liberté 62 n°789 - Le 28 Décembre 2007-Événement

GRAND FROID À CALAIS

La solidarité n’est pas un délit !

Par P.P.

Le contexte géographique est connu, Calais est le point de passage le plus proche de la Grande-Bretagne et c’est vers ce pays que veulent se rendre les personnes arrivées sur place dans des conditions difficiles, voire périlleuses aux mains de passeurs peu scrupuleux. Calais reste un point de passage privilégié pour ces migrants, Afghans, Iraniens, Pakistanais, Kurdes, Erythréens, Soudanais, Angolais, qui “espèrent” toujours rejoindre la Grande- Bretagne.



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A Calais, des bénévoles offrent un repas de Noël aux migrants en transit.

 

 

JEAN-CLAUDE LENOIR, au nom de l’association “Salam”, est inquiet devant une situation alarmante au vu de toute la détresse humaine rencontrée à Calais et dans les environs. Le problème est aussi politique, il va sans dire. Depuis novembre 2002 et la fermeture de Sangatte par Sarkozy, loin de la confusion des chiffres, il y aurait, 400, 500, voire 600 migrants tous les jours actuellement et la répression policière sert le même dessein que celui qui a été utilisé pour la fermeture du centre de la Croix-Rouge.

Cela est insupportable, disent les responsables de cette association, notre travail de bénévoles vise à aider cette population dans une prise de conscience à lui apporter, car sa vie ne se résume pas qu’à une fuite en avant pour éviter les persécutions et/ou la misère. Nous souhaitons la mise en place rapide d’une Antenne d’accueil et d’orientation des migrants qui leur permettrait de recevoir les aides auxquelles leur condition d’êtres humains leur donne droit.”

Sur le fond et dans la forme, ce que veut l’Association Salam c’est d’éviter le pire alors que l’on sait que cette situation doit être abordée par les instances institutionnelles françaises et européennes. L’horizon est nommé, c’est atteindre, coûte que coûte, la Grande-Bretagne, or les dirigeants de ce pays soufflent le chaud et le froid en fermant les yeux, en laissant pénétrer de temps à autres des groupes de personnes puis en faisant travailler, sans papiers, tous ces migrants. Cela est rendu possible aussi par l’existence du communautarisme qui y prévaut et les migrants, qui ont, plus ou moins, des membres de leur entourage, voire de la famille éloignée, espérent y faire leur vie au prix de sacrifices énormes dont leur intégrité physique. Paradoxe, les migrants qui arrivent en Grande-Bretagne y trouvent un travail, précaire certes.

Il y a urgence à agir, dit l’Association Salam, il y a des responsabilités que l’État doit assumer. Cela n’empêche pas les collectivités territoriales d’agir. Sur ce point, nous travaillons avec la municipalité de Calais. Il est hors de question d’opposer les populations entre elles, cela sert d’autres buts, que l’on devine aisément. Mais les centres de rétention, la “justice” expéditive à Coquelles, les arrestations, les fouilles au corps sont inadmissibles dans un pays de droit. L’après-Sangatte est pire et le soutien humain (hygiène, alimentation et assistance administrative) ne repose que sur les bénévoles des associations comme Salam. Dans le contexte actuel, la télévision et, notamment, France 2 ont consacré des reportages sur ce sujet. La solidarité n'est pas un délit !”

 

Un local inoccupé...

CALAIS, des températures hivernales, en fin de semaine dernière, Weldab Habtesion, un Erythréen de 24 ans, “savoure” le fait d'être au chaud. Comme beaucoup, il souffre depuis quelques jours du froid vif qui règne dans la ville et qui a poussé les associations, avec l’aide du maire, Jacky Hénin, à prendre possession vendredi d'un local inoccupé pour accueillir la nuit les migrants. Ce bâtiment l'ancien BCMO des dockers rue de Moscou appartient aux SMBC (propriété du Conseil régional) et a servi de point d'accueil pour ces personnes durant ces derniers jours. Dans un courrier qu'il a adressé hier au préfet, le maire de Calais, Jacky Hénin a demandé la réquisition d'un local servant autrefois aux dockers, pour abriter les réfugiés en cette période de grand froid. Le député du Calaisis Gilles Cocquempot interpelle également le préfet en lui demandant d’intervenir sur cette question.

La situation toujours difficile des migrants dans le Calaisis et sur tout le littoral Nord a considérablement empiré ces derniers jours en raison des très basses températures que connaît notre région. La communauté des Migrants vient de vivre une série de drames avec divers accidents et agressions. La liste des ces évènements douloureux va-t-elle s'allonger avec l'annonce de morts liés au froid ? Les pouvoirs publics ne peuvent ignorer les risques engendrés par leur politique consistant à fermer les yeux sur cette question. Les citoyens ne comprennent plus que les autorités se rejettent la balle en arguant de leur incompétence sur ce sujet.

L'association SALAM demande solennellement à ce que les conditions météorologiques particulièrement rigoureuses soient prises en compte et qu'une salle d'accueil de nuit soit ouverte dès ce soir pour les Migrants qui en ont besoin. Municipalités, communauté d'agglomération, Département, Région ou Etat : des locaux existent! Faut-il du courage pour prendre une décision humaine de sauvegarde de la vie humaine? Les bénévoles de l'association SALAM sont prêts, comme ils l'ont déjà fait par le passé, à participer à ce dispositif provisoire d'hébergement humanitaire d'urgence afin d'en assurer le bon fonctionnement dans le cadre d'une convention préalable.

 

 

L’État doit prendre toutes ses responsabilités

LES associations d'aide aux migrants ont décidé mercredi 26 décembre de ne pas réouvrir le bâtiment de Calais où ils accueillaient tous les soirs depuis le 21 décembre des migrants en raison du froid. "Nous avons pris la décision mercredi matin en lien avec la mairie" de ne pas réouvrir le bâtiment, a déclaré l'abbé Jean-Pierre Boutoille, membre de l'association C-Sur. Le 21 décembre, des associations avaient pris possession en liaison avec la mairie PCF de Calais de ce bâtiment, anciennement utilisé par les dockers. Le maire Jacky Hénin avait demandé en vain sa réquisition au préfet puis au Premier ministre François Fillon. "On était d'accord au départ pour attendre que la température remonte. Aujourd'hui, elle est quand même bien remontée, puisqu'elle est autour de cinq ou six degrés, donc nous avons décidé de ne pas réouvrir pour l'instant", ajoutent les représentants des associations soulignant qu'une distribution de bâches en plastique et de couvertures de survie aurait lieu jeudi. "On espère que la prochaine fois, ce sera vraiment l'Etat qui prendra ses responsabilités, ce qu'il n'a pas du tout fait dans cette période de froid", a-t-il poursuivi. Le bâtiment, dont les portes étaient ouvertes tous les soirs et fermées le matin, avait depuis accueilli plusieurs dizaines de migrants chaque nuit.

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