L'ENERGIE AU SERVICE DE L'HOMME,PAS DE LA FINANCE !
LE GAZ DE MINE A UN BEL AVENIR DEVANT LUI
“L’Énergie au service de l’homme,
pas de la finance !”
Entretien avec Henri Tobo, syndicaliste à EDF-GDF
Par Pierre Pirierros
POUR Henri Tobo, syndicaliste CGT d’EDFGDF, “la cession au privé et à une société australienne est une totale aberration. Cela fait longtemps que je suis concerné par ce dossier et mis en garde la société Gazonor devant une telle attitude. Loin de toutes les surenchères, la propriété publique doit toujours être une garantie ainsi qu’une mission de service public. Est-il trop tard ? Non, les électeurs qui ont placé, aux municipales et aux cantonales la gauche et le Parti communiste, en tête dans les communes minières, ont aussi leur mot à dire. Pourquoi les mineurs, les veuves, et leurs descendants se trouvent-ils dépossédés de la richesse du gaz de mine ? Les Charbonnages de France ont toujours essayé de diviser les anciens mineurs ; aujourd’hui, Méthamine est passé de CDF et à GDF à Gazonor, le relais de la privatisation est, malheureusement, en cours. C’est inadmissible. Dans une période où sont révélées les fractures profondes de la société française, l’heure est à plus et mieux de service public, à plus et mieux de droits sociaux et d’emplois stables. Cette politique va à l’encontre de l'intérêt général de la société, du bien-être des populations, des considérations de sécurité, d'environnement, de renouvellement des ressources et d'aménagement du territoire. La pompe à fric est en marche !”
Henri Tobo : "la vente du gaz de mine au privé est un scandale !"
(Photo Liberté 62).
EGL, ALBERT FRÈRES, SUEZ...
Alors ce gaz de mine que l’on qualifie de grisou lorsqu’il est au contact de l’air ? Eh ! Bien, il fait toujours parler de lui et plus que jamais. Depuis 1990 et la constitution d’un GIE (groupement d’intérêt économique) a un bel avenir devant lui. L’étanchéité des galeries constitue un phénomène de vases communiquants, sur toute la zone minière - d’un bout à l’autre du bassin minier du Nord/Pas-de-Calais et cela donne des chiffres impressionnants ; en effet, rien que pour la “prise d’Avion”, il y eut depuis 1990, quelques 6,6 milliards de KW/Heure, c’est dire ! Il y a deux autres prises, une à Divion (Fosse 5) et une autre à Lourches, dans le Denaisis. Voilà ! Et Henri Tobo, en syndicaliste averti de mettre en garde les pouvoirs publics et les maires des communes minières devant la gabegie que constitue la cession de ce gaz de mine au privé, à la société australienne EGL, en fait, aux mains d’Albert Frères, filiale de Suez et Suez est sur les rangs pour organiser la fusion avec Gaz de France. La boucle est bouclée... “En 1990, explique le syndicaliste, CDF avec le GIE, crée Méthamine à Avion, puis en 1991, c’est l’entité Gazonor (filiale de CDF) qui a pignon sur rue (siège Fosse 2 à Billy-Montigny) pour la distribution de combustibles gazeux. Des spécialistes de divers horizons viennent sur place constater cette prouesse technique, Gaz de France assure la maîtrise technique. Ce GIE avait une durée de douze ans, jusqu’en 2002 ! Mais on pompait, on pompait et la pression ne baissait pas et ne baisse pas, alors pourquoi “Charbonnages de France” n’ontils pas prolongé la pérennité d’un tel GIE ? C’était une première alerte. Avec un sous-sol communiquant, d’Estrée-Blanche à la frontière belge, c’est une ressource importante à l’heure d’une énergie bio, d’un label exonéré de taxes. Les inquiétudes quant à la privatisation rebondissent à partir de la fin de Charbonnages de France, au 31 décembre 2007, mais comme par hasard, Gaz de France quitte le GIE en mars 2007. Pourquoi ? Tout simplement pour préparer la cession de Gazonor à l’australien European gas limited, à la date du 28 décembre 2007... La population du Nord/Pas-de- Calais mérite bien un retour sur cette richesse ! Un fait à ne pas occulter est la durée de la concession de Gazonor à EGL, 17 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2025.”
Maîtrise publique du gaz de mine !
ALORS, l’exploitation du gaz de mine rapportera à EGL annuellement entre deux et trois millions d’euros. Signe évident d’une concession rentable, la possibilité d’extraction faite par des scientifiques d’une durée longue jusqu’en 2030 ! Et c’est un gaz de récupération, autrement dit, il s’inscrit dans le marché convoité des bio-gaz. Quant au forage de Divion, il n’est plus opérationnel. Pourquoi cette concession au privé ? Pourquoi Gaz de France, opérateur historique de Gazonor et les pouvoirs publics ont-ils démissionné ? EGL rafle la mise pour 26 millions d’euros, un plat de lentilles, en d’autres termes ; pourquoi les Communes minières et leur président Jean- Pierre Kucheida n’ont-ils pas été plus offensifs ? Le sous-sol est la propriété de la nation. Avec le retour de cette richesse, il eut été possible de subvenir aux retraites, au logement minier, aux fissures, aux affaissements miniers. La fédération CGT Mines-Énergie est solidaire des personnels de l’entreprise SAV Mazingarbe, laquelle entreprise s’approvisionnait auparavant à la Cokerie de Drocourt, puis à la fermeture de celle-ci, auprés de Gazonor.
Inquiétudes à SAV Mazingarbe
La prise de Divion (par des canalisations sur 21 kilomètres) alimentait jusqu’en juillet dernier l’entreprise SAV à Mazingarbe. Aujourd’hui, les délégués de la CGT, Pascal Bavay et Patrick Le Moignic, sont plus qu’inquiets pour l’emploi à la Société artésienne de Vynil, “la fermeture du forage de Divion peut avoir des répercussions sur l’emploi. La ressource du gaz de mine est pourtant considérable. Son gisement pèse des dizaines de millions d’euros pour le forage de Divion ouvert dans le milieu des années 1980. Gazonor ferme le robinet en juillet 2007. Gazonor a programmé l'azotage du gazoduc (remplacer le gaz de mine par un gaz inerte) le 11 février dernier. C'est un signe qui ne trompe pas. Nous craignons le démontage des compresseurs”.
Maîtrise publique
La maîtrise du gaz de mine est posée. Pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils jamais pris ce problème sur le fond ? Borloo a esquissé quelques réponses mais finalement, ça reste du pipeau au niveau de l’écologie et du développement durable. La fusion GDFFusion n’est pas étrangère à tout cet imbroglio. “Depuis le 28 décembre, commentent les délégués CGT de SAV, la cession de l’ancienne filiale de Charbonnage de France, Gazonor appartient à EGL un consortium australien. Ce groupe est devenu propriétaire des puits d’exploitation d’Avion, Divion et Lourches dans le Nord. Son objectif est de transformer ce gaz de mine en énergie électrique pour la vendre ensuite à EDF en faisant au passage une plus value importante. Notre activité de production PVC sur la plate forme chimique de Mazingarbe, fait que nous utilisons ce gaz de mine pour le fonctionnement de nos chaudières. En janvier 2006, Gazonor revoyait le contrat et ses exigences tarifaires de manière conséquente. Cette augmentation fut contestée par la direction de la SAV, des contres propositions ont été faites par la SAV à Gazonor. Comme aucun terrain d’entente ne fut trouvé, Gazonor décidait au 1er juillet 2007 de stopper la livraison en gaz de mine.” “Le gaz de mine, observe Henri Tobo, et son exploitation représentent un scandale économique de plus ; de notre côté, avec la population et les salariés concernés nous menons la bataille pour que cette richesse énergétique revienne à la nation. Il ne s’agit aucunement d’un baroud d’honneur. C’est une bataille d’intérêt général. Pour l’avenir et aller de l’avant”.