POUR LA PRESERVATION DU SYSTEME SOCIAL SOLIDAIRE

Pour la préservation du système social solidaire
À Lens, à Arras, à Lille comme partout en France, la grève unitaire dans l'Éducation nationale et la fonction publique a démontré combien les salariés et les familles mesurent la gravité de ce qui est en train de se passer.
Par Jean-Michel Humez
LE budget 2008 propose la suppression de 22.900 emplois dans la fonction publique. Le gouvernement ne peut afficher plus clairement ses intentions. Une situation d'une gravité sans précédent est en train de gagner l'ensemble de la Fonction publique. Elle découle d'une stratégie déjà ancienne, dont le principe fondateur est la rentabilité : une réduction drastique des coûts de fonctionnement en étant le corollaire. La traduction est une frénésie de «restructurations» toutes plus régressives les unes que les autres accompagnées de suppressions massives d'emplois. Depuis 2003, ce ne sont pas moins de 56.172 emplois qui auront été supprimés au sein des administrations de notre pays et pas dans n'importe lesquelles. Relativement à leurs effectifs ce sont l'Éducation nationale et les Finances qui auront subi les plus importantes saignées.

Massacre à la tronçonneuse
Quasiment tous les syndicats enseignants et lycéens, la FCPE, dénoncent les 11.000 suppressions de postes en 2008 et les 16.000 en 2009, qui entraîneront des classes surchargées, rendant impossible le suivi individuel des élèves. Dans le second degré, cela va conduire à des dispositions de formation et d'options et la fin de dispositifs pédagogiques et de soutien innovants. Le bassin minier est durement touché par les attaques du ministère : à Lens, 13 postes supprimés à Béhal et 10 à Condorcet, à Liévin, 9 à Darras, à Avion, 6 à Picasso... Au total ce sont 800 postes supprimés cette année dans la région (4000 en 5 ans). Certains établissements se sont lancés dans l'action et en particulier le lycée Picasso à Avion occupé la nuit par les enseignants et les élèves ; d'autres établissements préparent eux aussi la riposte. L'action de ce jeudi 15 mai a eu l'utilité d'organiser la résistance car la situation est urgente et critique.
Conjugué aux retraits de moyens, la mise en place précipitée, sans réflexion préalable et sans concertation suffisante, du bac pro 3 ans dans les LP, suscite des inquiétudes légitimes quant à la prise en charge des élèves en enseignement professionnel en particulier ceux qui sont en difficulté. Dans le premier degré, les projets de programmes traduisent une vision passéiste et rétrograde de l'école, ainsi qu'un recul pédagogique et didactique. Ils remettent en cause les cycles et s'accompagnent d'une apparente volonté d'externaliser l'aide aux élèves en difficulté en rejetant la responsabilité de l'échec scolaire sur les familles. Toutes les organisations réclament des budgets ambitieux qui permettent une transformation de l'école, pour mettre en oeuvre une autre politique éducative mettant la réussite de tous les élèves au centre de ses préoccupations.
La fonction publique dans le collimateur du gouvernement
Les principales fédérations de fonctionnaires avaient également appelé à cette journée nationale de grève du 15 mai avec comme principale revendication, le rejet de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) et les suppressions de postes. L'objectif du gouvernement est de supprimer massivement des postes dans la fonction publique à savoir 35.000 à 40.000 emplois par an. Pour les fédérations de fonctionnaires, la RGPP traduit le profond désengagement de l'État et induit l'affaiblissement voire la suppression ou la privatisation de missions et de services ainsi que la détérioration des conditions de travail et l'accroissement de la précarité.
Cette RGPP est tout un programme dont on peut sans être grands clercs deviner les conclusions douloureuses pour les missions et l'emploi publics mais aussi pour les citoyens. Il faut en effet, en finir avec cette hypocrisie qui consiste à dire qu'on peut rendre un service de qualité égale voire supérieure avec moins de moyens. Il s'agirait pour cela d'agiter la baguette magique de l'efficacité réorganisatrice. Avec cette journée d'action du 15 mai et celle à venir du 22 mai, c'est désormais le bras de fer permanent entre un pouvoir décidé à imposer coûte que coûte son programme et un pays qui semble avoir compris ce qui pourrait lui en coûter s'il laissait la coalition MEDEF-Élysée aller au bout de ses intentions.