AIRBUS MÉAULTE- ABANDON DE LA VENTE A LATECOERE

AIRBUS MÉAULTE
Abandon de la vente à Latécoère
Airbus va prendre des mesures d'économies supplémentaires et envisage notamment des délocalisations massives pour financer l'A350, rapporte dans son édition de vendredi Les Echos, qui cite une lettre du PDG d'Airbus Thomas Enders adressée à l'ensemble des salariés. L'abandon de la vente à Latécoère des deux sites français de Méaulte et de Saint-Nazaire Ville qui devait servir en partie à financer le développement du nouveau long-courrier A350, devrait aboutir à demander des efforts supplémentaires aux salariés des sites concernés. "Dans une prochaine étape, les sites de Méaulte et de Saint-Nazaire-Ville seront tous les deux externalisés d'Airbus. Comme pour les sites de Nordenham, Varel et Augsbourg, c'est une phase transitoire qui devrait mener à terme à la vente (...) à un ou plusieurs partenaires financiers", poursuit-il.
Durant cette période transitoire, Airbus devra faire face aux investissements nécessaires pour développer l'A350, aussi "afin de compenser ces engagements financiers, les mêmes niveaux d'efficacité que ceux qui auraient été garantis par de nouveaux partenaires seront demandés aux sites concernés", écrit Thomas Enders. "Cela signifie que des efforts conséquents seront sollicités, afin non seulement d'assurer les économies exigées par Power 8, mais aussi de maîtriser les coûts d'objectifs du programme A350", souligne-t-il. Parmi les mesures à l'étude dans ce "Power 8 Plus" figurent notamment, selon le journal, une augmentation du temps de travail, déjà en discussion en Allemagne, et des délocalisations massives de charges hors de la zone euro.
Les syndicats d'Airbus s'étonnent des explications officielles
LES syndicats d'Airbus France se sont dits "surpris" mardi par les propos de leur président Tom Enders annonçant dans un courrier interne que les nouveaux retards de l'A380 ne pourraient être compensés par de nouvelles embauches faute de "ressources compétentes" sur le marché du travail. "C'est une contradiction visible. M. Enders déclare dans un communiqué que si nous n'y arrivons pas dans les délais, c'est que l'on manque de ressources compétentes et aujourd'hui on a encore des difficultés à recruter, il y a un gel des embauches et les sous-traitants sont externalisés", a indiqué à l'AFP la déléguée syndicale Marina Lensky.
Dans un courrier interne à l'entreprise M. Enders écrit qu'il ne pourrait y avoir des embauches supplémentaires pour compenser ce retard "étant donné que nous sommes confrontés, sur le marché du travail, à un déficit de ressources suffisamment expérimentées". "La réalité est que, bien que nous ayons appris à travailler d'une manière intégrée et transnationale au sein du programme A380, nous sommes en retard sur nos prévisions et manquons de ressources compétentes", a-t-il poursuivi. Pour Françoise Vallin de la CFECGC, cela montre que dans le plan de restructuration Power8, le module réduisant les effectifs de structure contenait des compétences nécessaires au programme A380 et "qui peut-être aujourd'hui sont des compétences manquantes et qui pourraient manquer pour les mois à venir". La CGT, de son côté, "ne sait comment interpréter cette phrase" sur les ressources manquantes. "Est-ce que ça veut dire qu'il faut délocaliser l'A320 de façon à libérer des ressources pour mettre sur l'A380? Parce qu'il n'est pas question d'embaucher avec Power8", a souligné Xavier Petrachi. Airbus a annoncé mardi matin que 12 avions A380 seraient livrés en 2008, contre 13 prévues précédemment, et 21 en 2009, contre 25.
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CE que veut la direction, c’est la spécialisation à outrance avec l’abandon, la vente de sites et l’externalisation d’activités, estimés non stratégiques. C’est l’ensemble de la filière qui est touché. Airbus a voulu copier les dérives de Boeing avec les externalisations des productions, les vagues de licenciements et la pression sur les coûts salariaux. La CGT de Meaulte est unanime pour souligner que le rôle des pouvoirs publics ne soit pas réduit à un simple accompagnement budgétaire. Les jeux de subvention, les stratégies des entreprises doivent reposer sur des exigences et des affirmations d’objectifs. Il y va du développement de l’emploi industriel. Au bas mot, “Méaulte” fait vivre 4000 personnes dans un rayon géographique qui concerne une grande partie de la Somme, le sud du Pas-de-Calais.
Pierre Pirierros |
Jacky Hénin, député européen : “EADS reste malade de ses actionnaires”
LA direction d'Airbus a décidé de renoncer provisoirement à vendre les sites de Méaulte, de St Nazaire, en France et de Nordenham, de Varel et de Augsbourg en Allemagne. C'est un échec de plus pour la direction d'Airbus et son plan Power 8 et une première victoire pour les salariés des sites concernés. Cependant de nouvelles menaces se profilent pour l'avenir de l’emploi chez Airbus. En effet la direction ne cache pas sa volonté d'externaliser les sites Meaulte et de St Nazaire pour les vendre à terme à des groupes financiers. Thomas Enders, PDG d'Airbus persiste et signe : Il veut massivement délocaliser hors de la zone Euro et tout en exigeant des «efforts supplémentaires» de la part des salariés d'Airbus. La direction d'EADS et d'Airbus justifie tous ses mauvais coups par l'effondrement du dollar face à l'Euro.
Il est vrai qu'Airbus, comme toute l'industrie européenne des biens d'équipement et de hautes technologies, est malade à la fois du dumping monétaire pratiqué par les Etats-Unis et de la politique de l'Euro fort de la Banque centrale européenne. Cette politique de l'Euro fort ne profite qu'aux rentiers de la finance. Elle est, dans la zone Euro, une véritable machine de guerre contre l'emploi et les salaires. Mais les actionnaires et la direction d'EADS ont, au lieu de guérir le malade, décidé de le saigner et de le tuer. En effet, le projet «Zéphyr» et le plan power 8, consistent à faire supporter par les sous-traitants une partie des investissements nécessaires au lancement de l'A350, à charge pour eux de trouver des financements et des réductions de coûts en délocalisant. Ainsi, si St Nazaire et Meaulte devaient être vendus à Latécoère, c'était pour que celui-ci se charge du sale boulot. Fabrice Brégier, le numéro 2 d'Airbus, ne s'en est pas caché en déclarant aux syndicats «Ce que Latécoère devait faire, nous le ferons nous-mêmes».
L'épisode de la vente des sites Airbus à Latécoère se solde par un désastre social pour les salariés de cette entreprise : réduction drastique de l'activité sur le territoire français et arrêt de 200 contrats d'intérimaires. Ni les sous traitants d'Airbus, ni encore moins les salariés d'Airbus, doivent être mis à contribution pour assurer les investissements nécessaires à la réussite du programme A350. Les plans Power 8 et Zéphyr doivent être retirés. Ils représentent un danger majeur pour l'emploi et l'avenir de l'industrie aéronautique européenne. C'est aux actionnaires qu'il revient de pourvoir aux financements de ces investissements. Si Lagardère et Diamler Benz sont incapables une fois de plus de remplir leur devoir d'industriel vis à vis d'EADS, qu'ils laissent leurs places en cédant leurs actions à un pôle 100% public franco-allemand qui en France pourrait s'appuyer entre autre sur la Caisse des dépôts et consignations.
Le lancement de l'A350 doit être assuré à la fois par la trésorerie florissante d'Airbus et n'en déplaise aux Etats-Unis et à Boeing, par des avances remboursables, ce qui permettra à la collectivité publique de tirer profit de la réussite ultérieure du programme comme ce fut le cas avec l'A320. Les succès commerciaux d'Airbus doivent se traduire par des créations d'emplois en France, en Allemagne, en Grande Bretagne et en Espagne et des rentrées financières pour la collectivité publique et non par des délocalisations et l'enrichissement de quelques groupes financiers privés. Nicolas Sarkozy avait prononcé en tant que chef de l'Etat, au dernier Salon du Bourget, des paroles fortes sur la nécessité d'agir pour changer la gouvernance de la Banque centrale européenne et pour endiguer la politique américaine de dumping monétaire, appuyée sur le Dollar faible. Il avait même affirmé que les choses ne pouvaient plus continuer ainsi, car alors on ne produirait, ni ne concevrait plus d'avions en Zone euro. Il s'était engagé à prendre les mesures nécessaires pour protéger et pour développer l'emploi dans la filière aérospatiale. En juin, le Président de la République va présider pour six mois l'Union européenne. Nous attendons que ses paroles se transforment en actes. Pour ma part, à partir des moyens que me confère mon mandat de parlementaire européen, je serai très vigilant et j'agirai pour qu'en la matière Monsieur Sarkozy tienne ses promesses.