REFUSER LES MENSONGES D'ETAT

Publié le par Liberté 62




Refuser les mensonges d’État

 

Par Jean-Louis Fossier


EN cette année du 40ème anniversaire de Mai 68, les jeunes nourris de l’expérience des luttes contre le CPE et l’Europe capitaliste commencent à prendre conscience des rouages qui ont commencé à les broyer, alors que le gouvernement mise encore essentiellement sur leur inexpérience. En 1968, dont les médias ne nous parlent que comme un vestige du passé ou une révolution en dessous de la ceinture, le SMIC a été revalorisé de 30 %.

Le grand patronat savait manier aussi bien qu’aujourd’hui le chantage à la mort de notre économie et, pourtant, jamais après nos entreprises et nos fleurons industriels ne se sont mieux portés. C’est que les luttes et la consommation populaires étaient et restent la base indispensable de la croissance. Le monde a changé depuis 68, mais s’il est tellement difficile de résister au dumping salarial des pays émergents, c’est parce l’Europe est incapable de mettre en place la moindre mesure de préférence communautaire, la moindre mesure de protection et de garantie par le haut des droits de ses salariés. Au contraire, en l’état, sa raison d’être est de se livrer au dumping social le plus inacceptable : elle ne contribue qu’à faire de l’argent la première des marchandises et elle nous entraîne dans la spirale planétaire d’une spéculation financière effrénée. La Bourse dicte sa loi et engloutit des masses monétaires faramineuses ; les fonds de pension anglo-saxons pillent et mettent sur la paille des entreprises performantes, en les poussant aux délocalisations. La crise des crédits à risque dite des subprimes a occasionné des drames pour des dizaines de milliers de familles américaines et une perte de l’ordre de 1000 milliards de dollars sur les marchés financiers internationaux.

Pour renflouer de telles pertes, les banques centrales et les Etats sont intervenus : là, on sait trouver de l’argent ! Mais pour se renflouer les institutions financières et les fonds d’investissement ont aussi trouvé matière à spéculer sur le blé, le riz, le colza en affamant des peuples entiers par l’explosion des prix. Sous la Révolution, les affameurs du peuple étaient guillotinés ! Décidément, pas plus hier qu’aujourd’hui le capitalisme ne pourra faire autre chose que la démonstration de son incapacité à établir un quelconque ordre moral, social et économique. Et on comprend pourquoi Sarkozy affirme que les grandes avancées de civilisation de 1936, 1945 et 1968 n’ont été possibles que par laxisme, acceptation du déclin et refus du travail. Evidemment, défenseur des riches et des puissants, il omet de dire qu’aujourd’hui, il y a dans la sphère de la grande finance spéculative huit fois plus d’argent que dans la sphère de la production.

Toutes les politiques fiscales menées depuis, ont favorisé cette confiscation des richesses basées à l’époque sur le travail et le capital investisseur. C’est pourquoi ce qui a été possible avec, par exemple, la mise en place de la sécurité sociale en 1945 dans un pays mis à plat par cinq années de guerre et d’occupation, on nous dit que ça n’est plus possible aujourd’hui. Déficit, dette…les grands mots sont lâchés et les mensonges d’Etat avec eux. 63 % de dette, c’est moins que les USA, moins que le Japon, moins que la moyenne de la dette des pays européens. Depuis 1974, comme tous les autres pays, la France est en dette. Les économistes sérieux sont beaucoup plus inquiets pour la dette des ménages ! Ensuite, le déficit budgétaire…il est de 2,7 %, inférieur à ce qu’impose l’Europe de Maastricht…Va-t- on encore et toujours tenter de nous imposer des sacrifices et des souffrances ? Il ne s’agit pas de se plaindre, mais véritablement de porter plainte !!..une autre manière de dire la grande bataille d’opinion à gagner pour que s’ouvrent des perspectives réelles de changement.

Une bataille que le pouvoir craint et qui peut le faire reculer. Une bataille dont c’est la responsabilité des communistes que de la mener, où qu’ils soient. 

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D
- Papy Papy tu me racontes ta guerre s'te plait encore. Oh c'est tellement horrible tes histoires, comment t'as fait pour vivre dans un monde si horrible hein Papy, dis tu racontes encore hein dis.<br /> - Assieds toi gamin et tais-toi, aujourd'hui je ne vais pas te parler de la guerre mais du temps juste avant la guerre :<br /> <br /> C’était il y a bien longtemps, un temps que les historiens appellent « le grand sommeil des peuples ». C’était au temps de l’argent, des esclavagistes en costume cravate et du profit de l’homme sur l’homme. Une époque barbare où les clans dominants de cette planète, mus par je ne sais trop quel instinct guerrier, réglaient leurs différents à coup de dollars et d’acier. Ces hommes car il semblait bien qu'ils étaient des hommes, se livraient un combat sans merci, un combat à mort dont l'unique objectif était de prendre des marchés de posséder des ressources de contrôler des nations et c'était tant pis pour les peuples.<br /> Pour leur combat éternel qu'on appelait aussi capitalisme, ils avaient besoin de l'assentiment sinon la passivité des peuples les plus éduqués, car ces peuples auraient pu, auraient du se révolter les premiers.<br /> Parce qu'il est très difficile de contrôler des peuples, surtout des peuples qui mangent, surtout des peuples qui pensent, ils mirent en place un système de contrôle de la pensée formidable d'efficacité, un système d'auto contrôle en réalité, un système qui se nourrissait de lui-même, un système auto suffisant qui connu son apogée au tout début du XXIe siècle : c'était l'empire des images. <br /> Des images ça n'est pas dangereux me diras-tu. Oui mais des images ça raconte une histoire à celui qui les regarde, et des milliards d'êtres humains qui regardent la même image, c'est jamais très rassurant, à savoir, qui contrôle cette image ?<br /> On aurait pu éviter la guerre, les hommes façonnés par l'histoire avaient déjà connu les<br /> dangers de la propagande, ainsi nomme-t-on cette façon particulière qu'a un type de vous <br /> susurrer dans le creux de l'oreille que votre voisin est trop noir, trop brun, trop juif, trop bolcho, trop pédé, enfin bref, toute façon c'est de sa faute...<br /> Oui car quelques décennies plus tôt, un gros chauve théâtral, un petit moustachu schizophrène et un autre petit moustachu à lunettes celui là, avaient usé si grossièrement de cette nouvelle arme des masses qu'on les avaient fait condamner au nom de toute l'humanité lors de procès grandioses et planétaires. Pourtant des millions d'êtres humains les avaient suivis sans sourciller, des millions d'entre eux avaient entendus leurs voix envoutantes et pressés la détente.<br /> Durant cette noire période de l'histoire qu'on appelle communément <br /> - La seconde guerre mondiale !!<br /> - Oui tout à fait fiston, Donc durant cette période les hommes ne virent pas tant d'images, ils entendaient surtout les voix, question de disponibilité technique. Je veux dire si Goebbels avait eut la télé, pire imagines qu'il ait possédé TF1. <br /> - Mais c'est quoi TF1 Papy ?<br /> - Laisse tomber aucune importance. Donc pas de télé dans les années 30 et 40, qu'à cela ne tienne, tout d'abord il y eut le cinéma, et pour le clown à moustache, le schizo de servive, il y eut le cinéma parlant, une révolution qu'il trouva fort à son goût. En effet son image ne passait pas bien sans le son, il ressemblait à un pantin désarticulé, un idiot du village prit de tics nerveux et ridicules il était presque rigolo.<br /> - C'est Adolphe Hitler hein Papy.<br /> - Bravo fiston on continue : Grâce au son de sa voix, peut importe ce qu'il disait, et ma parole ils disaient des trucs pas catholiques le mec...<br /> - c'est quoi pas catolique Papy ?<br /> - Un truc pour avoir moins peur de la mort, aujourd'hui ça n'existe plus, trop dangereux, mais je continue : sa passion dévorante et fulgurante débordait des écrans noirs et blancs pour venir se répandre sur les faces hypnotisées des allemands en souffrance. Était-il une voix, ou n'était-il qu'un écho ? <br /> Après le cinéma ils s'en allèrent défiler au pas cadencé dans les rues de la ville, se rassemblèrent par centaines de milliers en criant mort aux cons. <br /> En ce qui concernait le spectacle visuel les fascistes italiens, les nazis allemands et les nationalistes nippons étaient loin d'êtres des débutants, on peut même affirmer qu'ils furent à l'origine de ma société des images à moi, foules immenses en vert de gris, oriflamme du crépuscule ça en jette le crépuscule des peuples...<br /> Ces imbéciles causèrent la mort de 55 millions d'âmes humaines. <br /> <br /> Alors tu comprends, quand plusieurs années plus tard revint le grand mal on se mit à s'interroger : mais comment la bête a t-elle fait cette fois-ci, comment est-elle parvenue à déjouer notre surveillance, comment les hommes dansent-ils à nouveau la danse de St Guy des peuples, se faut-il que nous ayons manqué d'attention à ce point et bon sang quand pourra -t-on dire c'est la der des der !<br /> Mais en fait les peuples se battaient depuis longtemps déjà, jamais un jour sans guerre depuis 1945, simplement et jusque là, nous, nous n'étions pas touchés.<br /> Moi-même, je me souviens, je les regardais ces images, j'avais 20 ans mes parents étaient sans travail, la vie était dure, pour la première fois depuis 50 ans, on nous apprenait à accepter les inégalités grandissantes, à tolérer la misère et bientôt la faim. Pour la première fois depuis un siècle, les conditions de vie régressaient mais les êtres restaient prostrés, engourdis, empêtrés dans des songes inaccessibles et des rêves télécommandés . <br /> C'étaient elles, encore, les images...<br /> <br /> D’aussi loin que je me souvienne ne me restent que les images de feu de guerre de mort et surtout, surtout ces inexorables puissants qui nous regardaient du sommet de leurs tours de Babel et autres ziggourats de communication. Ils étaient les maîtres des images.<br /> Ces images nous accompagnaient tout au long de notre enfance, de notre adolescence, de notre vie d’adulte, finalement elles devenaient le seul lien qui unissait encore chaque être humain au reste de l’humanité. On s’habillait comme elles, on mangeait on buvait on se rasait et s’épilait comme elles, on crevait devant une cuisine équipée presque aussi brillante que le sourire en papier glacé des imbéciles heureux censés l’habiter, on espérait en secret être sélectionné pour devenir une image, une tendre et douce image, passer à la télé ça voulait dire exister. Et nous autres pauvres bôvaristes télé visualisés, pauvres chair à télé, on sacrifiait l'essence même de l'espèce sur l'autel des images, on meurtrissait notre intelligence, on assassinait notre humanité… ça n’était que des images hein. <br /> Oui mais elles nous avaient perdu loin de la vérité. Personne à l’époque ne croyait plus en rien qu’aux images surtout à sa propre image. L'être humain est un animal social et un être de vision, il était si aisé d'user de ces deux faiblesses naturelles. Personne ne s'en priva, on façonna les esprits, la bête à nouveau naquit de ses cendres , se repaissant de préjugés, de bêtise et d'intolérance.<br /> Pourtant comme d'habitude, une multitude de signaux d'alarmes auraient du nous rendre méfiants. Mais non comme pour le nazisme, le mal avait semblé surgir du néant et maintenant il nous fallait le combattre, c'était un combat de survie. <br /> Aujourd'hui je dois bien admettre qu'une fois de plus nos dirigeants nous avaient menti. Le mal ne surgit jamais du néant, en tous cas pas dans ce monde, et je ne connais que ce monde. N'oublie jamais ça fiston, le mal ne surgit jamais du néant...<br /> - Et ces images Papy ?<br /> - Oui, ces images... <br /> Elles influençaient les plus retors d’entre nous, des images tyranniques et sans concessions, elles étaient devenues notre vie-même à tous, notre pain quotidien, du moins en haut lieu s’évertuait-on à nous maintenir dans cette rentable illusion. Nous choisissions nos existences en fonctions de ce qu’elles nous inspiraient, nous ne comprenions pas qu’elles appartenaient à quelqu’un ces images, qu’elles étaient fabriquées quelque part, par des types pas très sains dont la seule fonction résidait à améliorer toujours plus l’efficacité de ces images… avoir su ça et ne pas s’être révolté. <br /> Évidemment ces images n’avaient pas le même impact selon que vous habitiez en France, aux États-Unis ou au Népal. Ce n’était pas le même sens, les mêmes objectifs ni les mêmes cibles en Algérie ou en Allemagne, mais globalement la situation était devenue la même pour tout le monde. Au prétexte de la liberté de consommation et au détour d’une image bien volée, on nous assommait de tout un tas de poncifs quant à la façon dont nous devions nous comporter en société, en amitié en amour et de manière plus vicieuse encore en politique. Cette foutu propagande qui ne disait pas son nom ! <br /> Insidieusement, elle nous insufflait des valeurs tronquées, des rêves ineptes et fades, elle nous mentait à longueur de journée. Dès qu’on ouvrait les yeux c’était pour l’entendre se répandre sur nos matelas encore chauds d’un sommeil lacunaire, tout commençait généralement par la radio avec les premières nouvelles du matin. C’était une foutu machinerie et parfaitement huilée avec ça, mais dont le but nous échappait totalement… Pourtant nous étions les prétextes indolents et dociles de cette mascarade gigantesque.<br /> C’est qu’elle s’invitait jusque chez nous, l’obstinée. Chaque jour, pour tout le monde c’était la même punition et pas de quartier. A la même heure, chacun y allait de son feuilleton, de son flop star, de son JT, séquence digestion, rien ne va plus, interdiction de rompre le lien. Tout de même, fallait se les coltiner les trois cent épisodes de Beverly-Hills, fallait se gaver de trois cent fois trente spots de pub, Monsieur et Madame France profonde se sont donc enfilés près de neuf mille spots publicitaires rien qu’en suivant leur feuilleton favori. En effet tous les jours de la semaine entre dix neuf heures et vingt heures désormais, leur meilleur ami cathodique les astreignait à rester assis devant sa lucarne magique, où la vie en deux dimensions, plus belle que les rêves les plus doux, pénètre les plis de chacun de nos sens. <br /> Nos maîtres à penser eux, parlaient seulement et sans complexe, « heures de grande écoute, catégories de téléspectateurs et surtout marketing… » Un mot essentiel au siècle dernier. <br /> Après la radio pour les oreilles et la télévision pour les yeux, venait le moment on nous devions sortir de chez nous. Pour les plus chanceux d'entre nous c’était l’heure du travail. <br /> Quoi les plus chanceux Papy, mais comment ça, comment on peut être chanceux en travaillant ?<br /> T'occupes, c'était une autre époque, bon je continue : Alors la plupart d’entre nous rentrions de plein fouet dans la réalité, celle matinale de la survie matérielle. Un peu de réalité, loin des paillettes et des contes de fée cathodiques, ça pouvait pas faire de mal <br /> En voiture, en métro, en bus ou en train, l’homo-faber se rendait sur son lieu de production. Mais sur sa route se penchaient les images, les inéluctables images sources de plaisirs, d’espoir ou d’envie, bref sources d’humanité. Des images en carton, des images en pancartes, des affiches colossales serties de néons gigantesques, des histoires de bonheur à vomir debout, des photos immenses, de la joie en trompe l’œil, des femmes belles comme des télévisions et qui vous souriaient, les pupilles dilatées par je ne sais trop quel orgasme !<br /> <br /> Un monde que tu aurais détesté, un monde qui t'aurait détesté.<br /> <br /> Même l’amour ils nous le volaient. C’étaient mes goûts esthétiques les plus intimes qui s’en trouvaient violés, j’aimais les femmes que j’avais vu sur ces images, je n’aimais donc pas vraiment. Je croyais en des rêves qu’on me vendait sur du papier carton et j’en oubliais de vivre. Certains appelaient les gens de mon âge la génération sacrifiée. Aujourd’hui je comprends mieux pourquoi.<br /> Moi j’habitais une partie du monde tempéré à tous les points de vue. Pas d’ouragans de fer chez nous, justes quelques bavures et de temps en temps une petite révolutionette pour aérer. Chez nous à l’orée de ce siècle, la guerre de tranchée s’était transformée en guerre du chômage, plus de travail pour les classes moyennes, une paupérisation galopante et des hommes en mal de devenir.<br /> Je vivais dans un quartier comme il y en avait tant d’autres dans le monde dit civilisé. Le monde civilisé était en fait le monde où la guerre n’avait pas le droit de cité. Enfin c'est ce que nous pensions. C’était un monde de blancs pour la plupart, un monde pour les blancs surtout, un monde qui marchait à cloche pied. La moitié de la planète vivant sur le dos de l’autre moitié, et pas grand monde pour s’en émouvoir. <br /> Pourtant moi aussi dans ma partie de monde en paix, je souffrais d’être un homme. Mes compagnons et moi ne faisions que survivre. On ne s’en rendait pas tellement compte, bercé qu’on était par le doux ronron des images cadrées et superbement encadrées, toujours elles, par les rêves qu’elles nous intimaient.<br /> Mon pays, était un pays qu’on disait puissant, ainsi que l’ensemble des pays qui l’entouraient. On nommait ce vaste territoire d’opulence l’Europe, on pouvait s’y croire à l’abri des multiples dangers du monde non civilisé, horribles dangers révélés par les images jours après jours. On étaient vernis d’être né à cet endroit-là, à cette époque-là. <br /> Gamin, j’avais questionné mon Grand-Père sur la Seconde Guerre Mondiale, l’avait-il vu venir, quand l’étrange défaite l’avait jeté sur les routes, que s’était-il dit ? lui aussi avait connu ça, un monde auquel on est habitué et qui disparaît sous chacun de vos pas.<br /> <br /> C’était en plein été, comme tous les ans, la canicule s’installait doucement sur le Vieux Continent. Depuis quelques années, chaque été s’affirmait plus chaud que le précédent nous forçant à perdre nos vieilles habitudes d’européens privilégiés. Des images de sécheresse s’invitaient toujours plus nombreuses, un soleil nouveau, inexpugnable rudoyait nos sols fertiles, embrasait nos forêts et nos yeux ébahis refusaient au début d’en comprendre le message.<br /> Bientôt, à chaque saison chaude l’eau fut rationnée, puis chaque saison chaude fut plus longue l’année suivante. Enfin nous réalisâmes l’inconcevable, l’eau ne nous appartenait plus, elle était possession de ceux-là même qui se jouaient de sa pureté, de sa rareté et de son coût.<br /> C’est ce même été que mon corps d’humain, ressenti pour la dernière fois les délices liquides et rafraîchissant de la mer et de son immensité, source d’humilité s’il en était. Cet humilité ne devait pas concerner tout le monde, moins encore ceux qui affrétaient, naviguaient, transportaient et vendaient le sang de notre monde. Cet été-là, je ne restais que quelques minutes dans l’eau de mer, j’avais été mazouté.<br /> De retour chez moi, ma mère m’attendait pour ouvrir une enveloppe. Je venais d’obtenir mon bachot et j’avais postuler pour une simple fac d’histoire. Plus de place, on me proposait un diplôme de comptabilité, gracieusement subventionné par les produits Aquapur. La société Aquapur, m’expliquait le plus simplement du monde que les études d’histoire n’avaient aucun sens dans l'époque actuel, et qu’un élève brillant comme je l’étais, car je l’étais, « ne pouvait songer à y perdre son temps et son talent ».<br /> En fait je faisais partie du petit peuple et plus personne dans le petit peuple ne pouvait accéder aux études de son choix. Seuls les nantis se payaient encore des sciences humaines. Nous, il nous fallait être réalistes, rentables, productifs. Ma mère affichait son sourire, son fils serait comptable pour la société Aquapur, j’avais au moins décroché une formation payée dans une société cotée en bourse depuis deux ans, peut-être que j'aurais le temps de payé ma voiture. Si seulement Aquapur pouvait ne pas délocaliser. Je fus le seul dans le quartier à avoir reçu cette lettre. Pourtant cette nuit-là, j’entendis ma mère pleurer.<br /> C’était en plein été, en Europe, au siècle dernier, dans une de ces villes grises, de ces villes dômes, dont chaque grain de poussière nous rendait asthmatiques ou fragiles des poumon.<br /> Et comme c’était l’été, on se retrouvait au bas des immeubles, à tuer le temps et ses horribles secondes. Nous nous amusions d’un rien mais le plus souvent rien ne nous amusait. A partir de cet été-là ma mère ne m’engueula plus jamais, peut-être avait-elle enfin compris ce qu’on destinait finalement à son fils, peut-être avait-elle pressentie ce qui se tramait. Peut-être se rangea t-elle cet été-là dans le camp toujours grandissant des mécontents et des contestataires, elle qui n’avait jamais voté. La fournaise sociale n’avait d’égale que la canicule de juillet. On nous apprenait lentement à ne plus compter que sur nous-même, à oublier ce qu’ils nommaient dédaigneusement nos « acquis sociaux », plus de sécurité sociale, plus de médecine pour tous ; plus d’école gratuite, l’éducation avait un prix ; plus de solidarité, cela rimait mal avec les mots compétitivité et primes au chiffre d’affaire. Toutes ces mesures, ça vous flanquaient un tas de mecs et de nanas à battre le pavé. Mais dans l’ensemble les gouvernements européens gardèrent le cap, on privatise, on privatise tout, après on verra. Nous devions tous rentrer dans la machine, celle qui nous servait et nous décervelait, cette machine à fabriquer des images, cette machine à acheter des images, à consommer et à manger, à boire et même à baiser, tout ce qu’on voulait tant que le contrôle restait aux mains des maîtres des images, ainsi la boucle était bouclée, le contrôle ne leur échapperait plus jamais. Du moins c’est ce qu’ils ont cru…<br /> le monstre libéré fut à la taille du monde qui le libéra, comment pouvoir imaginer que l'on allait dépasser en horreur la seconde guerre mondiale. <br /> Il aurait pourtant suffit de regarder autour de nous, l'injustice appelle la souffrance appelle la violence, c'est vieux comme le monde, mais voilà l'histoire bégaye et nous sommes son hoquet.<br /> Tiens le toi-le pour dit fiston, les images c'est magnifique mais lorsqu'elles servent les desseins d'êtres humains non humains, les images ça devient des longs couteaux étoilés de sang, Elles conduisent alors les hommes au pogroms, et à nouveau on jette les livres au bûchers. <br /> Pour ceux qui jouaient leur pouvoir à la roulette russe de la bourse, pour ceux dont le maintien d’une certaine violence sociale économique constituait la condition sine qua non de leur contrôle des êtres. Ils en calculaient volontiers une règle évidente : diviser c'est régner, l’aboutissement logique et inéluctable de toute violence faite à un corps social, stimuli stimulus, le corps réagit mais pas forcément contre le bon ennemi, les êtres fiston malheureusement ça se contrôle....
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