FACE AUX MAUVAIS COUPS CONTRE LA CULTURE,LA RIPOSTE S'ORGANISE

Publié le par Liberté 62

 

 




ABANDON, MORCEAU PAR MORCEAU, DES MISSIONS DE SERVICE PUBLIC

 

Face aux mauvais coups contre la Culture dans le Nord/Pas-de-Calais, la riposte s’organise

 

Par Pierre Pirierros

 

TENIIR compte de ce qui s’y passe et prendre parti. La réflexion entamée par les Intermittents du spectacle, depuis des années, dans le sillon de la création artistique, dans un monde qui est tout sauf un conte de fées, se poursuit. La DRAC Nord/Pas-de-Calais (Direction régionale des affaires vulturelles) applique les consignes de l’Élysée, diminuer, voire suspendre les subventions d’abord aux “plus petits” et puis ensuite... Les premières structures visées sont la Danse et la musique vivante actuelle, autrement dit, les compagnies “Danse à Lille”, la compagnie “Illico” dans la métropole lilloise. Dans le Pas-de-Calais, c’est l’historique Abattoir de Lillers qui est touché de plein fouet. Depuis très longtemps, la musique et la création sont indivisibles.

La suggestion de l’espace musical autorise l’exercice de l’imaginaire. C’est une voie très intéressante, l’intervention de l’homme est déterminante. Avec l’expérience du terrain, la liberté d’action devient immense. C’est le cas de l’Abattoir et de sa programmation. Et les mauvais coups arrivent en pleine saison... Pour Patrick Mouchin, de l’Abattoir, “cela revient aussi à mettre sur le carreau des salariés qui bossent à 80 %, dont la création d’emplois aidés. Et puis, nous obéissons à une demande du public, sans compter que nous agissons également en direction des milieux scolaires, des pénitenciers, des centres sociaux et des réseaux de quartiers. Que veulent donc ceux qui décident de ces restrictions et de cet appauvrissement ? Maintenir les grosses structures de la métropole lilloise et faire du reste de la région un désert social et culturel ?” Les élus communistes de Lillers ont aussitôt apporté leur solidarité à l’Abattoir et la riposte s’organise !

 

Motivations profondes !

 

Et pourtant, les motivations des uns et des autres sont profondes, instaurer des notions d’équité dans une société qui marche sur la tête ! La fureur de vivre, de travailler, d’aimer, d’apprendre, est primordiale. C’est un dessein de civilisation. La trame posée est la “Culture pour qui ?” C’est une interrogation sur le fond, la forme peut prendre divers visages, mais tout s’articule autour de l’autre. Pourquoi et comment ? L’impasse n’est pas de ce monde là. Hélas, la Culture est toujours combattue par les plus faibles, car il s’agit de défier l’ouverture à l’autre et mettre à bas l’esprit critique. C’est pour cela qu’elle est régulièrement absente des “campagnes électorales”, ceux et celles qui possèdent les médias n’en veulent pas. Aujourd’hui, le discours met en pratique des actes désastreux, couper les vivres à ceux qui en ont besoin pour travailler. La danse comme les musiques actuelles investissent divers espaces où les formes et les matériaux divers mêlant les registres, nous invitent à faire part de nos sensations et de nos sentiments. Et c’est cela qui gêne. S’attaquer sournoisement en coupant des subventions puis en divisant, ceux qui ont pignon sur rue et les autres. Tous les éléments de notre environnement le plus proche sont des réponses à nos interrogations dans un monde où tout va très vite, où les rapports sociaux sont désarticulés, où le poids de l’argent écrase tout sur son passage ; sa complexité ne date pas d’aujourd’hui. Relisons Marx.

Les relations des structures culturelles avec les écoles, les collèges, les lycées sont bâties sur des rapports de confiance avec des engagements précis, cela aussi Sarkozy n’en veut pas. Faire le mieux possible, avec rigueur, pour le public, il en est le destinataire. L’énergie dans l’organisation, la construction d’un travail culturel sont des choix fondamentaux. La feuille de route imposée par Sarkozy sur la Culture est appliquée par la DRAC, à commencer par la réduction des subventions puis ce sera au tour des fonctionnaires eux-mêmes et la liste n’est pas close.

 

Arrêt de financement

 

En mars dernier, la DRAC envoyait aux cafés concerts, le Baladin à Torcy et l’Abattoir ainsi qu’à “Dynamo”, antenne régionale du Printemps de Bourges, un courrier leur annonçant l’arrêt du financement de leur fonctionnement. Le réseau RAOUL (réseau régional des musiques actuelles comptant 16 cafés-concerts dans la région) commente toute cette situation avec pertinence,“le désengagement de la DRAC, dit-il, n’est pas anodin dans le contexte actuel de diminution des aides publiques. L’abandon par la DRAC de ces projets peu onéreux, nous amène à nous interroger sur la pertinence de ces “économies” au regard des bénéfices en terme d’aménagement culturel du territoire. Nous pouvons être sûrs que si ces structures disparaissaient, cela représenterait une perte énorme pour les artistes et le public de notre région. Notons que s’ajoute à la disparition de ce soutien financier, le fait que celui-ci soit annoncé à la fin du 1er trimestre de l’année. Cela porte un préjudice supplémentaire aux structures dans la mesure où celles-ci ont déjà largement entamé leur programme d’activités et ont pris des engagements financiers.”

Le président de la République poursuit un discours qui lui est coutumier, la réforme de l’administration territoriale en justifiant la réduction des effectifs dans la fonction publique. Lorsqu’on évite un recrutement, on n’économise pas une année de traitement mais 40 ans de salaire et 20 ans de retraite. Le niveau de dépenses publiques est une anomalie au sein des pays développés.

 

L’État ne joue pas son rôle

 

Dans un contexte politique précis où le gouvernement multiplie les annonces et les prises de position tous azimuts, le silence autour des enjeux d’art et de culture est assourdissant. Quant à la ministre de la Culture, elle reste floue à part son sentiment que la question des intermittents serait réglée et ses déclarations sur la nécessité de l’argent privé. Autant de sujets d’inquiétude pour la liberté de la création. Et pourtant, ces artistes et techniciens continuent de subir les nouvelles annexes 8 et 10 et nombre d’entre eux sont encore, mois après mois, chassés de leur métier. Cette situation est grave. Il y a brouillage des responsabilités car l’État ne joue pas son rôle. C’est un saupoudrage qui ne convainc personne. Il s’agit de mettre en place une politique ultra-libérale par le biais d’une idéologie dogmatique qui consisterait à promouvoir le seul service marchand et à remettre en cause systématiquement tout service public.

D’autres projets concernant une réorganisation des services du ministère et notamment des musées nationaux sont en cours. Selon les syndicats, un projet donnerait à ces derniers le nouveau statut d'“agences de service public”, sortes d'établissements autonomes, ce qui signifie selon eux le prémice d'une externalisation finale. Les syndicalistes dont ceux de la CGT demandent davantage de moyens au ministère ; ce dernier organise l'abandon morceau par morceau de ses missions de service public et pousse la logique commerciale à chercher à recenser des marques pouvant être déposées. Pour la CGT-Culture : “les DRAC aujourd’hui sont maintenues comme des services déconcentrés mais, une fois vidées de leurs missions principales, nous reviendrons 30 ans en arrière avec une petite délégation chargée de la culture en région.” Or, la politique culturelle dans un département, dans une région, dans une ville est aussi un enjeu de société.

 

 

 

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Publié dans Social

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