REMETTRE A JOUR LES QUOTAS - L'EXASPERATION DES PECHEURS...
L’ACTION DE TOUTE UNE PROFESSION
Remettre à jour les quotas autorisés de cabillaud, l'exaspération des pêcheurs d'Étaples et de Boulogne-sur-Mer
LE cours du gazole flambe et les marinspêcheurs sont dans l’action pour défendre leur profession. La promesse du litre à 0,30 euro est toujours une promesse, il est actuellement à 0,71. Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche Michel Barnier est le relais fidèle de Sarkozy qui a fait des avances démagogiques au Guilvinec. Il ne fera rien pour déplaire à Bruxelles. Aujourd’hui, tous les ports de pêche sont mobilisés. Les compensations tardent à arriver. La hausse du prix du pétrole ne s’explique pas simplement par une raréfaction des réserves pétrolières. Elle tient à de nombreux facteurs économiques mais aussi géopolitiques. La protestation des pêcheurs contre l'envolée des prix du gazole s'est amplifiée le 20 mai dernier avec le blocage de nouveaux dépôts de carburants. Bruxelles n'a donné son feu vert qu'à une partie seulement du plan d'aide à la profession. Une réunion entre les pêcheurs et le ministre de la Pêche sur le plan d'aide gouvernemental s’est déroulée dans un climat tendu. Les vraies réponses tardent à venir. À Boulogne-sur-Mer, le port a été bloqué, mardi dernier, la revendication fondamentale recouvre les quotas de cabillaud. Des actions concertées avec les pêcheurs de Calais et de Dunkerque ont eu lieu cette semaine. Mardi, les trois ports ont été bloqués. Les fileyeurs boulonnais sont plus concernés par les quotas que par le problème du gazole ; les Etaplois, eux, sont plus concernés par le gazole... Toute la corporation crie son exaspération. Le secteur de la pêche va mal, très mal, et ce depuis trop longtemps pour qu’il soit réglé aussi rapidement. Toute la filière pêche doit être remise en cause, les pêcheurs doivent penser à leur avenir sur du long terme. C’est le sens de leur action.
Restructurations profondes
La lutte des pêcheurs boulonnais s’inscrit dans un contexte de restructurations profondes des taux de captures autorisées mais elle pose aussi d’autres problèmes comme la pérennité de toute une profession. “Sarkozy laissez-nous pêcher” et “Sarko, laisses-nous nos cabillauds”, tels sont les slogans apposés sur une large banderole visible sur le mur des Affaires maritimes et sur les bateaux. Ce qui se passe actuellement dans le premier port de pêche de France (40 491 tonnes, en 2007 à Boulogne-sur-Mer et 9 000 tonnes de poisson congelé) est la suite logique de la défense d’une corporation. Pour les syndicalistes, “la défense des marins-pêcheurs est à opposer aux diverses directives de l’Union européenne qui - sous couvert de la défense des fonds marins - mettent en place des quotas de captures".
Ce sujet épineux divise pêcheurs et défenseurs de l'environnement sur l'état des ressources halieutiques. Autrefois, ce fut la même chose avec le hareng et maintenant les pêcheurs boulonnais n’ont plus le droit de le pêcher. Ce sont d'autres pêcheurs, d'autres pays qui s'en chargent. Et les pêcheurs boulonnais d’attendre de leur ministère de véritables réponses, réponses qui ne doivent pas être “masquées” par la crise pétrolière récurrente. Les fileyeurs contestent les études scientifiques, dont celles de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), selon lesquelles le cabillaud, également appelé morue, s'est considérablement raréfié, même si de récentes études ont montré des signes de reconstitution par endroits, comme en mer du Nord. Le quota 2008 pour le nord de la France - 230 tonnes de cabillaud pour 200 bateaux - a été atteint dans les trois premiers mois de l'année. Pour les pêcheurs boulonnais et les syndicalistes de la CFDT, “il faudrait un contingent de 20 tonnes par bateau pour travailler toute l'année”. En décembre 2007, les ministres européens et la Commission de Bruxelles s'étaient mis d'accord pour réduire de 9 à 18% les quotas de pêche de cabillaud dans les eaux européennes en 2008, “en raison de la baisse inquiétante des réserves de cette espèce en mer”. De nouvelles réunions sur ce dossier sont prévues en juin prochain à Bruxelles. Rejeter le cabillaud pêché est un véritable crévecoeur pour les marins.
De la pêche à l’étal du poissonnier...
Tout doit être révisé, le prix du poisson au départ du navire jusqu’à l’étal du poissonnier. Combien les consommateurs sont-ils encore prêts à dépenser pour continuer à consommer du poisson pêché par les pêcheurs boulonnais ? Et la CGT de souligner : “il faut de vraies réformes, une activité ne peut subsister que de subventions accordées lors des grognes sociales. Il faut des réformes durables et profondes si nous voulons maintenir l’activité. Des réformes qui remettront la sécurité des marins, les effectifs à bord des navires et l’état de la flotte de pêche au centre des débats”. “Le métier est difficile, soulignent les syndicalistes, avec des restrictions imposées par l’Union européenne ; or, il faut savoir qu’un pêcheur fait “vivre” directement quatre à cinq personnes, c’est un avenir bien sombre qui s’annonce pour les villes portuaires et principalement pour Boulogne-sur- Mer”. “Nous avons toujours vécu du poisson, commentent les pêcheurs, à ce jour, nous avons atteint notre quota. Qu’allonsnous faire pour nous, notre métier, nos familles ?” Le gouvernement se retranche derrière de vieilles palinodies et l’Union européenne n’est pas prête de réviser les quotas de pêche. À Étaples comme à Boulogne-sur-Mer, la colère et la défense de la profession sont désormais synonymes !
LE PCF : “La pêche européenne a besoin d'une harmonisation sociale par le haut”
LES pêcheurs sont en colère face à la hausse continue des carburants. Et ils ont raison de l'être. Atrès court terme, toute la filière française est menacée de disparition. Le prix du pétrole n'en finit pas de monter et cette hausse n'est pas prête de s'arrêter. Il est temps aujourd'hui de mettre en place une politique basée sur une autre logique, bien différente, et beaucoup plus ambitieuse, que celle qui consiste à équiper les bateaux de moteurs plus économes en gasoil comme le propose le gouvernement. La hausse vertigineuse du pétrole met à nu le véritable scandale : les pêcheurs sont d'abord victimes du dumping social qui les rend incapables de lutter contre les prix imposés par une concurrence internationale qui économise sur les salaires et les droits de ses salariés. Il est temps d'imposer au niveau européen, une traçabilité de toute la filière pêche en Europe incluant une clause d'harmonisation sociale par le haut. C'est la seule solution à long terme qui garantit un réel avenir à une filière pêche dans notre pays et une garantie de revenus pour les pêcheurs”.