MOBILISATION AU LYCÉE PICASSO D'AVION-LE RECTORAT JETTE L'ÉPONGE !
![]()
MOBILISATION
AU LYCÉE PICASSO D'AVION
LE RECTORAT JETTE
L'ÉPONGE !
Maintien de la première littéraire, maintien de la section européenne, maintien du statut d'autonomie de l'établissement, maintien de 3 postes sur les 6 suppressions programmées, élèves, parents d'élèves et personnels du lycée Picasso d'Avion ont obtenu gain de cause face au rectorat et au ministère. Retour sur plus de 6 mois de mobilisation avec Guillaume Sayon, élu communiste et responsable du cercle de la Jeunesse Communiste d'Avion.
• L62 : «Quand a commencé la mobilisation au lycée Picasso ?»
— Guillaume Sayon : «La mobilisation, au lycée, a commencé dès la rentrée de septembre. Très vite, nous avons su que le lycée serait victime du plan Darcos de suppression de postes. Avec les élèves et les parents d'élèves, une réunion est organisée par les enseignants du SNES pour faire le point sur la situation. Au-delà de la question des postes, celle de l'avenir de l'école publique dans la région est abordée. Au cours de la première mobilisation nationale des enseignants, de nombreux lycéens se déplacent à Lille. La grève, chez les profs, est bien suivie. »
• L62 : «A quel moment le mouvement s'est-il accéléré ? »
— G. S. : « Au début du deuxième trimestre, les menaces qui pesaient sur le lycée se sont précisées. Nous apprenons que la suppression de 6 postes d'enseignants est programmée et que des filières sont dans le collimateur du rectorat. De nouveau, une réunion est organisée rassemblant élèves, parents et enseignants.
La prise de conscience de la nécessité d'une mobilisation plus forte s'impose. Nous nous rendons compte qu'il va falloir passer à une vitesse supérieure. Vers la fin du mois de mars, suite à l'appel du SNES à une mobilisation inter-académique, le lycée s'engage fortement. Un bus entier composé d'élèves, de parents d'élèves, d'élus locaux et de professeurs part pour Paris et une délégation est reçue par les représentants du ministère de l'Éducation nationale. Avec celles des autres établissements, nos doléances sont exposées mais, très poliment, on nous fait comprendre que le projet du ministère s'appliquera, à Picasso comme ailleurs, malgré tout.»
• L62 : «Quel est alors votre état d'esprit ?»
— G. S. : « Personne ne veut en rester là. Sur le chemin du retour, un certain nombre d'élèves lancent, pour la première fois, l'idée d'organiser l'occupation du lycée pour faire entrer le mouvement dans une nouvelle phase. Pendant les vacances de Pâques, plusieurs réunions entre lycéens sont organisées pour déterminer les modalités possible de cette action. A la rentrée, pendant une semaine, des discussions serrées s'engagent entre les élèves et les enseignants sur la question de l'occupation. Au bout du compte, avec l'accord des enseignants, l'occupation est lancée.»
• L62 : «Comment s'est-elle déroulée ?»
— G. S. : «Il faut le souligner, l'opération d'occupation du lycée a été très conviviale, très mature, très réfléchie. Pendant la journée, les cours se déroulaient normalement. La nuit, une trentaine de personnes, élèves et professeurs, occupaient les lieux. Ils étaient rejoints, le soir, par des parents et des élus et des discussions s'engageaient. Dès le premier jour de l'occupation, le rectorat nous a contacté et s'est engagé à nous recevoir très vite. Les médias ont relayé notre action. Au départ, les médias locaux, ensuite, les médias nationaux. Deux jours après le début de notre opération, le rectorat nous reçoit effectivement mais sans résultat. Il reste, globalement, campé sur ses positions. Deux jours plus tard, il nous fait cependant savoir que la filière L pourra être maintenue mais à condition qu'une demi section de la filière S soit supprimée. Cette proposition provoque la colère des lycéens. La continuation de l'occupation est décidée. »
• L62 : «Avec une petite surprise... »
— G. S. : «Oui. Après de nouvelles discussions, décision est prise, avec les élus communistes d'Avion et de Méricourt, d'organiser un conseil municipal extraordinaire au lycée. Plus de 300 personnes seront présentes et le conseil municipal se déroulera sur le lieu même de la lutte. Une motion en faveur du lycée Picasso est votée à l'unanimité. Une pétition sur cette motion circule et plus de 1.000 signatures sont recueillies le jour même. Sur ce, le mouvement, qui commençait à se fatiguer un petit peu, est relancé.Nous participons à de nouvelles manifestations. Les enseignants élaborent un projet pour sauver les postes en transformant les heures «sup» en heures «poste». Ils le proposent au rectorat.»
• L62 : «C'est soudainement que la situation s'est débloquée ?»
— G. S. : «Oui. C'est à la suite d'un coup de fil d'une élue communiste que la situation s'est débloquée. Nous demandions au rectorat la tenue d'une table ronde. A l'approche du bac, le rectorat semblait jouer la montre. Mieux, il soufflait le chaud et le froid, nous faisant savoir, par personne interposée, que la filière euro serait supprimée à la prochaine rentrée. Ce contact change la donne. En l'absence de réponse du rectorat, promesse est faite d'organiser un déplacement de l'ensemble des acteurs mobilisés pour Picasso dans les locaux du rectorat. Contre toute attente, le rectorat nous répond enfin. Nos revendications sont satisfaites...»
Propos recueillis
par Jérôme Skalski