BRUNO BONDUELLE DONNE DES LEÇONS
MÉGAVILLE, LOUVRE, RETARD DU PAS-DE-CALAIS SUR LE NORD...
BRUNO BONDUELLE
DONNE DES LEÇONS
Le roi des légumes en conserve a des réponses sur tout sauf sur la question sociale.
Par Jean-Michel Humez
DANS un entretien paru dans la Voix du Nord du 20 juin dernier, Bruno Bonduelle donne son appréciation sur un certain nombre de dossiers inhérents à la région Nord/Pas-de- Calais. Ce n'est pas la première fois que Bruno Bonduelle se sert de la presse pour exprimer un point de vue qui apparait à chaque fois comme une leçon de chose qui ressemble plus ou moins à la fameuse locution biblique : «Vox clamantis in deserto» ? Autrement dit, la voix de celui qui crie dans le désert. Non pas parce qu'il n'y aurait personne pour l'entendre mais parce qu'il s'agit ni plus ni moins d'une stratégie de communication qui laisse à penser qu'il n'en attend pas lui-même un grand effet.
Cela nous rappelle la posture du gars qui annonce une histoire à mourir de rire, se plie en quatre avant même de la raconter et puis… Et puis rien, la blague est mauvaise. Avec l'entretien de Bruno Bonduelle à la Voix du Nord on éprouve le même sentiment. Les propos se résument à quelques formules convenues. La première idée développée dans l'entretien paru dans la Voix du Nord est favorable à une mégaville qui autour de Lille rassemblerait outre la métropole lilloise, le bassin minier d'Hénin-Beaumont à Arras, en passant par Lens et Béthune. Cette mégaville passerait pas la fusion des villes concernées par ce grand territoire, Bruno Bonduelle considérant que «grossir, c'est guérir, grandir, augmenter le niveau de vie général pour distribuer de la richesse, il faut bien commencer par la créer !» On croirait entendre le MEDEF.
Cette affirmation appelle au moins deux observations. Jusqu'où s'étendra ce grand territoire, quelle devrait être sa superficie, qui aurait en charge la gestion de cette métropole. Et la population que devient-elle là dedans au moment où face au gigantisme, nombreux sont ceux qui considèrent qu'un petit chez soi vaut mieux qu'un grand chez les autres. Le roi des légumes en conserve a d'ailleurs une appréciation très négative de l'opinion publique «pour laquelle, souvent, développement rime avec pollution, criminalité, inégalités sociales».
Mais comment les habitants de notre région pourraient-ils envisager un avenir meilleur qui serait lié à une quelconque extansion territoriale de leur domaine vital ? Comment la population du Nord/Pas-de-Calais pourrait-elle avoir une vision idyllique du futur alors qu'elle a du mal à se dépétrer au quotidien des difficultés qui ont encore empiré depuis un an. La France d'ici comme d'ailleurs s'inquiète pour ses retraites, pour l'avenir des enfants. C'est toujours elle qui doit faire des efforts, les banques ne lui font pas de cadeau. Alors elle manifeste sa colère dans les sondages, elle descent dans la rue pour créer son impatience. Elle en a marre, la France des fins de mois difficiles. Ce n'est plus seulement la France des plus démunis, c'est aussi celle des classes moyennes. Celle des retraites modestes, celle à qui l'on demande de travailler plus pour gagner moins. Celle qui doit faire face aux fortes augmentations du prix des carburants, du chauffage, des produits de consommation courante. C'est la France qui se serre la ceinture qui peine à régler ses factures, son loyer.
Pour la France des fins de mois difficiles, des augmentations sont plus lourdes que pour la France des revenus confortables, celle de Monsieur Bonduelle et de tant d'autres. De même comment peut-on espérer que la population puisse avoir confiance dans les propos de dirigeants politiques ou patronaux qui lui refusent une société de justice et de progrès. En 2005, ils avaient injurié les peuples français et néerlandais, coupables de mal voter ou, pis encore, de ne pas savoir voter. Après le non irlandais au fameux «minitraité», la même aristocratie politique, médiatique, industrielle, financière, prépare un bricolage minable consistant à remettre sur la table le même «minitraité» et d'en exempter sur trois clauses la république d'Irlande. Dans ce contexte local ou européen, les réponses toutes faites ne sont plus recevables y compris celles de Bruno Bonduelle.
La leçon faite aux élus du Pas-de-Calais
La dernière partie de l'entretien est une véritable charge contre les élus du Pas-de-Calais et en particulier ceux du bassin minier accusés de se croiser les bras : «Les centres villes se vident à Béthune, à Lens... Le seul centre ville vraiment vivant est celui du centre commercial de Noyelles- Godault”... Je dis aux élus de cette banlieue informe : «créez du résidentiel haut de gamme, des golfs et des bois de qualité pour attirer les cadres». Créer des résidences pour les cadres, une bonne idée ! Créer du logement social ne serait donc plus prioritaire alors que chaque mairie déplore une liste d'attente trop longue de demandeurs. Mais comment attirer des cadres dans une région où les seuls intérêts égoïstes de la finance ont sacrifié en grande partie nos atouts industriels, notre système de santé, d'éducation, nos services publics...
Encore une réalité éludée par Bruno Bonduelle qui n'hésite pas à s'attarder sur un dossier plus local et extrêmement sensible, le Louvre-Lens. «Regardez le Louvre à Lens. Quel cadeau mais si ça continue, les touristes iront dans les hôtels lillois, faute de bons hôtels à Lens ! Il y a plus de taxe professionnelle à Lens qu'à Lille. Qu'ils en fassent quelque chose de cet argent !»
Certes le Louvre-Lens a pris du retard, certes on peut regretter un manque de coordination entre les différents acteurs locaux mais Daniel Percheron qui a imposé le projet japonais n'est pas exempt de critiques. Un projet que l'architecte trop éloigné du terrain a du mal à faire comprendre d'autant que les techniques utilisées sont mal connues des entreprises locales et onéreuses. Bruno Bonduelle considère en outre que les caisses des collectivités territoriales du bassin minier sont bien remplies pour accompagner le projet Louvre- Lens. Faute de subventions de l'État, les collectivités territoriales ont été largement sollicitées alors qu'il y a tant à faire sur le secteur, n'en déplaise à Bruno Bonduelle.
Son entretien accordé à la Voix du Nord aura au moins eu le mérite de nous permettre de rétablir quelques vérités. Les grands problèmes posés aujourd'hui dans le Pas-de-Calais et dans le bassin minier en particulier ne sont pas nés du néant. Que des élus, pour la plupart communistes et socialistes, qui ont eu à gérer des villes à populations laborieuses, mal payées, mal considérées par les gouvernements successifs, ont su très tôt comprendre les enjeux et agir pour y répondre. À considérer avant de prendre les leçons de Bruno Bonduelle comme argent comptant.