«RENAULT,CRÉATEUR DE CHÔMEURS»

Publié le par Liberté 62




«RENAULT,

CRÉATEUR DE CHÔMEURS»

 

Ce mercredi 30 juillet, comme chaque jour depuis l'annonce par son président Carlos Ghosn, d'un plan de restructuration concernant 6000 emplois en Europe, 200 salariés de l'usine Renault de Sandouville près du Havre, manifestaient pendant deux heures contre la perte d'un millier d'emplois sur le site normand.

 

Par Karim Ben Tayeb

 

À l'usine Renault de Sandouville dans la Seine-Maritime, la réaction des salariés est emprunte d'une réelle colère. Le sentiment général qui domine est «l'écoeurement, le ras-le-bol, l'énervement». Les salariés se sentent trahis par leur président Carlos Ghosn qui en 2006, leur avait promis l'obtention et la production d'un nouveau véhicule.

La condition alors avancée par le patron de Renault ? Assurer le lancement de la Laguna 3 et permettre à la marque aux losanges des marges bénéficiaires importantes. Mission accomplie et avec brio estime Alain Richeux, secrétaire syndical CGT sur le site normand. Ce dernier affirme même : «les gars qui travaillent sur les chaînes de Sandouville font des efforts depuis trois ans. Ils ont tout fait pour que la Laguna 3 sorte avec une qualité irréprochable. Ils ont respecté leur engagement, et voilà comment ils sont remerciés... » [l'Humanité, 1000 emplois en moins, inacceptable !, 25.07.08]

Si les salariés expriment leur impression de «s'être fait avoir» tant de colère, c'est peut-être lié à la proclamation des très bons résultats faite aux actionnaires quelques heures seulement avant l'annonce du plan de restructuration lui-même. Comme à son habitude, le président d'une grande entreprise n'a que faire de ses salariés, pourquoi sinon ce genre d'annonces auraient-elles lieu systématiquement au même moment ? «La pilule est(…) difficile à avaler(…)” les employés, quelle importance, puisque ce qui compte, c'est le sourire des actionnaires. Pour toute explication, Carlos Ghosn déclarait devant la presse, «C'est une mesure d'anticipation, d'équilibre entre les ressources et les résultats de l'entreprise, (...) Il vaut mieux le faire quand vous commencer à sentir le vent tourner plutôt que quand la tempête est là, car à ce moment-là, vous êtes obligés de prendre des décisions beaucoup plus dramatiques.»

Que penser face à un discours aussi peu scrupuleux, aussi inacceptable, un discours qui revient à légitimer des licenciements dans une entreprise largement bénéficiaire et ayant pour seul objet d'augmenter le ratio des actionnaires.

 

Une logique qui consiste à gérer son stock de salariés

 

Il ne s'agit même plus de la logique déjà bien souvent condamnable des licenciements économiques, licenciements censés sauver une entreprise qui se trouverait dans le rouge. Nous sommes bel et bien dans une autre logique, celle qui consiste à gérer le stock de ses salariés comme on administrerait n'importe quelle matière première. Un stock corvéable à merci et jetable à volonté, tout dépend alors des objectifs chiffrés des actionnaires.

Carlos Ghosn se fixe comme objectif le chiffre de 10 % de réduction des coûts de structure. Quels coûts peut-il faire jouer dans une entreprise qui d'ores et déjà a rationalisé au maximum ces frais d'équipements et de matières premières. Il ne lui reste qu'à comprimé le prix du travail. La dernière variable d'ajustement est alors la main d'oeuvre. Résultat : 1000 emplois en moins à Sandouville.

 

Et que dire de la méthode employée par le PDG de Renault ?


«Les mecs ont pris un coup sur la tête, ils ne supportent plus d'êtres pris pour des cons» nous dit Alain Richeux tandis qu’au sortir des réunions du comité d’entreprise, organisées dans les différentes équipes, les salariés s’énervent poussant des “Ça va mal finir, ça va être chaud, ça va craquer !” C'est qu'au dernier comité d'entreprise, le 18 juillet, «la direction du site de Sandouville assurait que tout allait bien», déclare encore Philippe Beaufils, élu CGT au CE.

La restructuration n'est annoncée qu'à la veille des vacances estivales. Juste après ces quatre semaines de fermeture de l'usine, suivront une semaine de chômage technique déjà programmée début septembre plus quatre jours non travaillés en octobre. De quoi calmer les ardeurs militantes des plus précaires financièrement, habituer les salariés à leur future inactivité et préparer le terrain pour le long terme, et le long terme pour la CGT se résume en quelques mots : «une usine qui se vide c'est une usine qui se meurt.» ès même l'annonce officielle de la nouvelle, la direction persistait dans sa politique d'évitement conflictuel, évoquant uniquement un «projet» contours flous et ne livrant aucune information. C'est aussi cela la stratégie de Carlos Ghosn, une tactique dénoncée par Vincent Neveu Délégué Syndical Central Adjoint de la CGT Renault. Il «s'est bien gardé dans un premier temps de parler suppression d'emplois. (...) Il utilise les syndicats et la presse pour faire sa communication et acclimater les salariés à la casse qu'ils vont subir.» CFE-CGC quant à elle regrette «le manque de courage et de respect vis-à-vis des salariés .»

Pourtant dès le 6 juin dernier, l'Humanité divulguait deux rapports internes émis par l'entreprise aux losanges. Des rapports qui évoquent le chantage à l'emploi et «la forte pression sur le coût du travail» comme outils de contrainte envers les salariés. L'objectif est d'imposer des sacrifices aux salariés. Selon Vincent Neveu, la direction de Renault elle-même avoue ne pas envisager abandonner la production dans les pays développés. Une analyse récente démontrerait qu'il ne coûte pas beaucoup plus cher de produire en France qu'en Asie ou ailleurs. L'objectif serait donc double pour Carlos Ghosn.

 

Le PDG de Renault entend «faire baisser le prix du travail en France»

 

Tout d'abord comme le précise Frédéric Dijoux de la CFDT , il s'agit d'«un plan qui fait déjà la part belle aux actionnaires». Ensuite il semble bien que Carlos Ghosn tente une fois de plus une attaque idéologique, politique autant que pratique. Pour Vincent Neveu une seule conclusion s'impose : le PDG de Renault entend «faire baisser le prix du travail en France.» dans un soucis annoncé de profitabilité. Même s’il est vrai que l’objectif initial des 3,3 millions de véhicules vendus ne devrait pas être atteint pour l’exercice 2008. Même si les conditions macroéconomiques sont celles que l’on connaît actuellement, hausse des prix des matières premières et des produits pétroliers, crise financière et régression des marchés automobiles, Carlos Ghosn agit plus pour raisons idéologiques qu’en fonctions de ces critères économiques purs.

En effet, les résultats avancés par l’entreprise ne justifient aucunement un tel plan de restructuration et les résultats du premier semestre 2008 sont bien meilleurs qu’attendus, puisque Carlos Ghosn les estime à 1,467 milliards d’euros contre 1,073 milliards au premier semestre 2007. Pour l'heure, en l'absence d'un comité d'entreprise extraordinaire, les salariés devront attendre la rentrée de septembre pour avoir le fin mot de l'histoire. Quant aux syndicats CGT, CFDT, FO et CFTC, ils ont appelé à une grève de deux heures chaque jour en fin de poste jusqu'aux congés, avec pour simple et logique revendication, «récupérer le véhicule promis par Carlos Ghosn afin de maintenir les effectifs. ». ils s'attendent surtout à une rentrée extrêmement mouvementée, ils ont prévenu «On a rien à perdre.»

 

 

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