SEUL XAVIER DARCOS EST SATISFAIT DE LA RENTRÉE SCOLAIRE
SEUL XAVIER DARCOS EST SATISFAIT DE LA RENTRÉE SCOLAIRE
Michel Devred, secrétaire académique du SNES, le mécontentement des personnels
Interrogé sur une radio-périphérique,X.Darcos amanifesté sa satisfaction de la rentrée scolaire.Selon lui, seuls quelques petits problèmes à la marge (élèves sans affectation dans un établissement) existeraient qui devraient être résolus d'ici une semaine. Tel n'est pas l'avis des personnels, ni non plus celui des parents d'élèves et des élèves. Par exemple, la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d'Élèves) critique la nouvelle situation créée par les réformes à l'école primaire. Les élèves sont inquiets pour leur avenir. Liberté a demandé à Michel Devred, secrétaire académique du SNES, de nous exposer la situation dans le second degré : collèges et lycées dans l'Académie de Lille, secteur le plus touché par la politique gouvernementale.
Liberté 62 : Comment s'est effectué la rentrée dans les collèges et lycées de l'Académie de Lille ?
― Michel Devred : La rentrée a été difficile car il y a eu 804 suppressions de postes dans les collèges et lycées dont 200 ont été transformés en heures supplémentaires. Conséquences de ces suppressions qui ont aussi entraîné des redéploiements de moyens entre établissements, des centaines de collègues ont eu une nouvelle affectation, parfois plus loin de leur domicile ou sur plusieurs établissements. La situation est plus grave pour les titulaires remplaçants. Ceux-ci nommés sur une zone de remplacement doivent en cours d'année effectuer les remplacements de longue et moyenne année (plus de 15 jours). Or, compte tenu du déficit dans certaines disciplines où le recrutement a vraiment diminué, le Rectorat a affecté ces TZR (titulaires en zone de remplacement) à l'année sur des postes qui ne correspondent pas à la discipline enseignée. C'est le cas pour la documentation, la technologie... En outre, l'administration tente d'imposer des heures supplémentaires. Dans les collèges et lycées, les personnels ne peuvent pas refuser une heure supplémentaire (HS). Mais au delà d'une HS, ils peuvent refuser les heures qui ne sont pas imposables. Dans certains établissements, le nombre d'heures supplémentaires est tel qu'on ne peut compter sur l'acceptation des enseignants. Dans ces conditions, le Rectorat a donc dû implanter des blocs de moyens supplémentaires (GHS, groupement d'heures supplémentaires) sur lesquels il affectera soit des TZR, soit peut être des contractuels. Leministre de l'Éducation nationale fait grand cas des 500 euros qui seront accordés pour l'année à tout enseignant qui acceptera d'effectuer 3HS. Or il faut savoir que dans l'Éducation nationale, l'heure supplémentaire est moins payée qu'une heure normale de service. Ainsi pour un certifié du 10e échelon, l'heure de service est de 55,53 euros 1 HS sera payée 30,90 euros et les heures suivantes 29,42 euros (cette petite plaisanterie est l'oeuvre de Claude Allègre au temps où il était ministre...)
Autre conséquence des suppressions de postes : l'aggravation des conditions de travail pour les enseignants comme pour les élèves. Ainsi en langues vivantes, compte tenu du nombre insuffisant de professeurs, on a regroupé des élèves de niveaux différents : LV1 et LV2, classes différentes. Les classes sont surchargées, souvent plus de 30 élèves le problème se pose surtout en seconde et en terminale. Enfin, les emplois du temps sont souvent anti-pédagogiques (heures dispersées ou au contraire trop regroupées) et pour les professeurs et pour les élèves.
L.62 : Quel bilan faites-vous des actions menées l'an dernier ?
― M.D. : Le bilan est mitigé puisque nous n'avons pas réussi à obtenir le rétablissement des postes, sauf cas particuliers. Nous avons l'an dernier été confrontés à des attaques menées sur tous les fronts. Nous avons été agressés en tant qu'enseignants, en tant que salariés, en tant que fonctionnaires. Dans l'Académie de Lille, nous avons participé à 10 jours de grève et de manifestation (pour ces mêmes motifs : Éducation, salaire et retraite, fonction publique. Des grèves nationales et des grèves académiques (parfois en plus des grèves locales). La mobilisation a été forte, les grèves nationales ont été majoritaires. Mais on a pu aussi constater une certaine lassitude des collègues, surtout dans les établisements qui, depuis 5 ou 6 ans, ont perdu au moins 60 postes. On a obtenu cependant quelques petites avancées enmatière de rémunération : l'augmentation des promotions individuelles, la prime de 1.500 euros pour les entrants dans le métier. Le gouvernement a été obligé à la prudence. Ainsi les premières propositions sur la réforme des lycées sont en retrait sur l'audit qui avait été présenté en novembre 2007 où étaient annoncées des milliers de suppressions de postes. Cela dit, X. Darcos est plus prudent mais il n'a pas renoncé à la casse du service public. Pour nous, l'essentiel de ces actions est d'avoir réussi à organiser la convergence entre personnels, parents et élèves. Ceci est important pour les futures batailles que nous avons à mener.
L62 : Quel est le sens des «réformes» entreprises par X. Darcos et quelles sont les propositions du SNES ?
― M.D. : Pour l'instant, seule l'école primaire est touchée, rien n'a changé dans le second degré. Mais la grande affaire du Ministre est la volonté de mettre en place la réforme des lycées avant décembre 2008. Sur la forme, l'idée demettre en place une réforme en trois mois est un passage en force. Si l'on recherche le bien des élèves, la méthode utilisée n'est certainement pas la bonne. Sur le fond, au delà de certains aspects, l'objectif est sans doute dʼécarter du lycée un certain nombre d'élèves.
On ne peut accepter que le lycée soit réservé aux seuls élèves qui se destinent à l'Université, sur la base de 50 % d'une classe d'âge à l'Université.Actuellement, on en est à 46 % en licence. On peut rapprocher ce chiffre des 80%d'une classe d'âge au niveau bac proposé jadis. Pour le SNES, l'objectif est la scolarisation à 18 ans avec la réussite de tous les élèves, pour les amener au niveau le plus haut. Il y a donc volonté du gouvernement d'éliminer du lycée les élèves qui ne poursuivront pas des études longues. Veut-on un glissement vers les LEP (lycées d'enseignement professionnel), voire même vers des formations en alternance vers l'apprentissage ? L'idée est de créer dans les LEP des BTS de niveau inférieur, «adaptés». C'est toute la question de l'avenir de l'enseignement technologique en lycée qui est posé. Ce n'est pas un hasard si les suppressions de postes touchent davantage les lycées techniques surtout dans les disciplines industrielles. Autre aspect de la réforme : le soutien scolaire. Nous ne sommes pas favorables à l'aide au travail en dehors du temps scolaire. Il faut organiser le travail des élèves en groupes réduits avec les TP (travaux pratiques) et des TD (travaux dirigés). Et s'il faut pour certains élèves une aide individualisée, elle doit être faite dans le cadre de la discpline enseignée et par les professeurs en charge de la classe. Actuellement, certaines voies de formation sont critiquées : la voie L (littéraire) est en difficulté, la voie ES (économique) est critiquée de l'extérieur, la voie S (scientifique) est choisie par goût mais aussi par défaut. Il nous faut réfléchir à la fois sur le tronc commun et sur les options. Faut-il introduire de nouvelles disciplines, par exemple le droit ? L'essentiel est l'objectif de réussite des élèves et d'améliorer les conditions de travail.
L62 : Quelles sont les perspectives d'action ?
― M.D. : Il nous faut organiser la mobilisation sur les problèmes de l'Éducation, sans oublier les problèmes généraux, Fonction publique et interprofessionnels (retraite – sécurité sociale). En liaison avec le travail déjà effectué au 3ème trimestre de l'an dernier, nous continuons à organiser le refus collectif des heures supplémentaires. Avec les autres organisations syndicales, a été décidée une journée d'action le 11 septembre. Au delà du 11 septembre, il faut, dans la perspective de lutte contre le budget 2009, construire un calendrier de mobilisation comprenant grèves et une manifestation nationale (NDLR : la manifestation nationale a été décidée mercredi, pour le dimanche 19 octobre).
A également été décidé d'organiser des «jeudis de l'Éducation». Il s'agit de maintenir l'unité par la dialogue et
l'information, être sur le terrain ou expliquer les conditions de mise en place d'une école de la réussite : tracts, interpellations, rencontres avec les parents et les lycéens, manifestations locales et régionales. Au plan interprofessionnel, existe aussi la perspective du 7 octobre. Cette journée d'action est une initiative de la CSI (confédération syndicale internationale) reprise par la CES (confédération européenne des syndicats) sur le thème «un travail décent». Pour la FSU, les catégories porteraient leurs revendications dans une action de grande ampleur, une grève. Sur les actions spécifiques du SNES, nous consultons la base avec une réunion à celle de tous les secrétaires de section, puis un échange avec les autres académies et la direction nationale.
Rentrée 2008 et budget 2009
Rentrée 2008
11.800 suppressions d'emplois dans l’Education nationale. Pour le second degré (lycées, collèges, lycées professionnels) 8830 suppressions : 3500 emplois transformés en heures supplémentaires et donc 4140 suppressions de postes.
Budget 2009
13.500 suppressions dans l’Education nationale. Pour le second degré : 1500 suppressions au titre de l'évolution démographique et 3000 suppressions sur les emplois destinés aux remplacements : soit 4500 supressions de postes au total. Le reste des suppressions de postes concernerait l'école primaire (- 6000). Les emplois administratifs (-500). Dans le primaire, les suppressions d'emplois concerneraient essentiellement les remplacements.