LIBERTE 62 -DENTELLE DE CALAIS - NOYON EN REDRESSEMENT JUDICIAIRE

Publié le par Liberté 62

LA DENTELLE DE CALAIS EN CRISE

NOYON EN REDRESSEMENT JUDICIAIRE


La préparation d'un plan social ne fait aucun doute


Par Pierre Pirierros









Réunion des syndicalistes CGT de la Dentelle à l'Union textile à Calais. Bertrand Péricaud a exprimé la solidarité du PCF au personnel de Noyon. (Photo Liberté 62)



LE fabricant Noyon Dentelle (Calais), qui emploie quelques 445 personnes, est placé en redressement judiciaire depuis le 3 octobre dernier par le tribunal de commerce de Béthune, avec une période d'observation de sixmois. Voilà comment la nouvelle a été annoncée aux salariés d'un métier en crise structurelle profonde. Dominique Hecquet, syndicaliste et délégué de la CGT, que nous avons rencontré en début de semaine, nous apprend aussi que l'ensemble de l'unité de production va être touchée (leavers, tricotage, métrage, réglage, finition), bref, tous les secteurs sont affectés. Que se passe-t-il donc réellement chez Noyon ? Tout le monde à Calais et dans la profession sait qu'Olivier Noyon est un grand communicateur et qu'il connait son sujet en digne successeur d'une lignée de patrons dentelliers. Récemment, au salon “Interfilières”, à Paris, il évoquait à mi-mot une restructuration profonde de l'entreprise (fondée en 1919); entreprise aux parfums paternalistes d'un temps révolu. Son profil est celui d'un entrepreneur, certes, mais d'un entrepreneur qui s'apprête à virer la moitié du personnel pour se garantir des bénéfices.

Qui ? Quand ? Comment ? Toutes ces questions, tous les salariés les posent et se les posent. D'abord avec les délégués du personnel, avec les élus du Comité d'entreprise et ensuite entre eux. Car, il ne faut pas se cacher derrière la belle dentelle produite par Noyon, tout le monde va trinquer et, bien évidemment, l'économie calaisienne. L'Union textile CGT (sise à la bourse du travail de Calais) s'est réunie immédiatement pour se pencher sur cet épineux dossier. Faut-il, oui ou non, demander au comité d'entreprise, la nomination d'un expert-comptable ? Faut-il faire voter les salariés ? Quels types d'actions faut-il entreprendre et comment ? Tout cela entraîne une réflexion de fond sur le fonctionnement de l'usine. Cette éventuelle restructuration est pour Bertrand Péricaud, secrétaire de la fédération du PCF, une “étape destructrice de l'emploi et de l'identité même d'un produit haut de gamme, la Dentelle de Calais. La Dentelle a besoin d'une autre vision”. D'ailleurs, les deux mots sont accolés, ils ne peuvent être séparés, ni par la conjoncture, ni par les investisssements entamés sous d'autres cieux, ni par un licenciement collectif. Le prétexte de baisse du chiffre d'affaire est due à l'externalisation de sa production, externalisation faite pour des gains financiers supérieurs, sans prendre en compte l'aspect humain des salariés calaisiens, ni des conditions de travail et de salaires des Sri lankais.

Un plan social doit être fait le plus vite possible” la nuance n'est pas de mise et Olivier Noyon ne s'embarrasse plus de périphrases pour évoquer l'avenir de l'établissement.“Les salariés, eux, seront fixés, sous quinze jours, précise le syndicaliste de la CGT.Dans moins de deux semaines en tout cas, les salariés de Noyon connaîtront plus précisément également l'étendue des dégâts. Le Leavers est et reste toujours une image de marque indéniable. Quant à la mise en place d'une intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC), elle n'est pas à l'ordre du jour. La mentalité de Noyon est à part dans le paysage salariat.. C'est ainsi. La Dentelle a beaucoup souffert, ces trois dernières années. Si on ne bouge pas, c'est faire admettre l'idée d'un certain fatalisme. En fait,la mise en place de l'administrateur judiciaire est là pour préparer la liste du plan social. Faire peur aux salariés n'est plus d'époque. La vigilance s'impose mais l'ambiance à l'intérieur de l'entreprise est tendue. "Le tribunal de commerce de Béthune, dit le patron, a nommé un administrateur judiciaire afin de nous aider à mettre en place un plan de réorganisation et un budget rigoureux qui puissent assurer durablement notre équilibre économique." L'entreprise, qui exporte à plus de 70%, travaille avec tous les grands noms de la lingerie et également, au travers de sa marque Darquer, pour la haute couture. Noyon possède des unités de production au Sri Lanka. C'est là que des commandes y ont été transférées. Les inquiétudes légitimes du personnel créent une tension palpable qui rend déjà difficile la vie du personnel de Noyon.

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