LIBERTE 62 - ALAIN BOCQUET REVENDIQUE UN DÉBAT DE FOND...
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ALAIN BOCQUET REVENDIQUE UN DÉBAT DE FOND SUR LES VÉRITABLES CAUSES DES DIFFICULTÉS DU SECTEUR

Entretien avec le député communiste
du Nord
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Liberté 62 : Alors que se tient le salon mondial de lʼautomobile à Paris, apparait en même temps une crise de ce secteur industriel. Quʼen pensez-vous ?
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Alain Bocquet : Le mondial de lʼautomobile devrait être une fête car cʼest lʼoccasion de démontrer le savoir faire et la créativité des salariés de cette industrie, de lʼouvrier au cadre. Ce salon français de lʼautomobile est également lʼopportunité pour les visiteurs de sʼinformer sur les progrès réalisés en matière de sécurité, dʼéconomie, dʼénergie, dʼenvironnement, de confort, autant de critères qui permettraient dʼenvisager sereinement le renouvellement de leur véhicule. Il faut savoir que lʼâge moyen du parc automobile est aujourdʼhui supérieur à 8 ans !
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L.62 : La crise du secteur automobile est donc dûe en partie à la baisse du pouvoir dʼachat ?
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A.B. : Effectivement, lʼautomobile est particulièrement touchée par une politique des bas salaires. On peut inventer les systèmes les plus innovants quʼils soient en matière écologique, sécuritaire ou autre, ça ne sert à rien si les gens doivent attendre huit ans pour sʼoffrir une voiture neuve. Or les constructeurs automobiles, qui ont encore une influence suffisamment importante dans le monde industriel pour que leurs décisions aient un effet dʼentraînement sur les autres secteurs, ne donnent pas lʼexemple en termes de hausse des salaires.
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L.62 : La crise du secteur automobile nʼest-elle pas également le résultat dʼune vision financière plus quʼindustrielle ?
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A.B. : Cʼest exact. Les licenciements et suppressions dʼemplois dans lʼautomobile en particulier montrent que les lois du marché fonctionnent toujours plus à sens unique, et produisent les pires ravages économiques, sociaux et environnementaux. Témoignent de ces gâchis les stratégies de groupes comme Michelin, Renault ou PSA, qui font cohabiter lʼaccumulation des dividendes avec des fermetures de sites et le déclin de bassins dʼemploi. Il en est ainsi de Renault dont le résultat net estimé pour le premier semestre sʼétablit à 1467 millions dʼeuros, et dont la marge opérationnelle est passée de 3,5% au premier semestre 2007 à 4,1% en 2008. De même pour PSA, dont les résultats semestriels font état de 733 millions dʼeuros de bénéfice net, en hausse de 49% mais où les réductions dʼeffectifs restent dʼactualité. Les syndicats soulignent également que les dividendes versés aux actionnaires ont été multipliés par 6 en 7 ans.
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L.62 : La politique industrielle automobile ne rappelle-t-elle pas la casse de la sidérurgie des années 1980 ?
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A. B. : On peut faire ce rapprochement sans problème. Il y avait prétendument trop dʼacier dans le monde et lʼacier français coûtait soi-disant trop cher. Le résultat de ces stratégies à court terme cʼest 25 ans plus tard, le constat que le monde manque dʼacier, dont le cours sʼenvole ? Preuve est donnée que le court terme dicté par le profit et le meilleur moyen de ne pas inscrire une économie dans la modernité et que les sidérurgistes et tous ceux dont les communistes, qui luttaient pour maintenir et moderniser notre sidérurgie avaient raison. Pour rester dans cette vision de développement économique, les syndicats mettent lʼaccent sur la capacité de lʼindustrie française à produire, sur notre territoire, des véhicules qui se vendent dʼailleurs prioritairement en Europe de lʼOuest, mais sont actuellement construits en Europe de lʼEst ou au Brésil. On pense évidemment à la Logan et maintenant à la Sandero dont Renault vient de lancer en France une campagne publicitaire.
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L.62 : La région Nord/Pas-de- Calais nʼest-elle pas particulièrement concernée par lʼavenir de lʼindustrie automobile ?
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A.B. : Le Nord/Pas-de-Calais où des entreprises comme Renault Douai, la société de Transmissions Automatiques (STA) à Ruitz, la Française de Mécanique à Douvrin, Maubeuge Construction Automobile (MCA) à Maubeuge, constituent autant dʼéléments clés dʼune industrie automobile implantée et développée notamment au lendemain de la casse délibérée de notre industrie charbonnière et sidérurgique. Cet acquis du monde du travail et de notre population qui sʼétaient mobilisés à lʼépoque pour préserver la vocation industrielle du Nord/Pas-de-Calais, les savoirfaire et lʼemploi de dizaines de milliers de salariés, est très fortement ébranlé par ce énième plan de restructuration et par les dangers supplémentaires quʼil fait peser sur toute cette industrie. Lʼautomobile est un secteur vital essentiel de lʼéconomie du Nord/Pas-de-Calais. Cʼest le premier employeur puisque lʼensemble de la filière, des constructeurs jusquʼaux sous-traitants de rang 3, fait appel à quelques 55.000 salariés dont environ 23.000 sur les 7 sites de constructeurs : Renault, PSA, Toyota... Cʼest 20% de lʼemploi régional dispersés sur 150 établissements, et près de 30% du chiffre à lʼexportation de notre Région. Et faut-il le souligner, avec un effectif estimé à 30.000 emplois, les équipementiers représentent eux aussi dans ce cadre un enjeu considérable. À cet égard, la liquidation récente de Cadence Innovation à Noeux-les-Mines fait redouter de nouvelles ruptures, de nouvelles pertes et suppressions dʼemplois, de nouveaux plans de licenciement. Beaucoup dʼinquiétudes et dʼinterrogations sʼexpriment ainsi au sujet des sites Faurecia dʼAuchel et de Hénin- Beaumont.
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L.62 : Cette situation ne mériterait- elle pas lʼorganisation dʼun débat national ?
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A.B. : Beaucoup de constats de terrain heurtent et contredisent les “arguments” mis en avant pour réduire les capacités de production automobile en France, lʼeffort pour la recherche développement, lʼemploi, accroître les délocalisations et freiner lʼévolution des salaires. Plus que jamais, des Régions majeures du territoire national comme le Nord/Pas-de-Calais sont sous le coup des stratégies économiques industrielles mises en oeuvre et strictement soucieuses dʼune rentabilité toujours plus élevée et dʼaugmentation des profits. Lʼindustrie automobile française est directement victime de ces dérives. Elle attend et revendique un débat national sur sa situation et sur les dispositifs indispensables à sa relance et à son essor. Cʼest pourquoi, jʼai demandé au premier ministre lʼorganisation urgente dʼune table ronde à Matignon réunissant toutes les parties concernées : pouvoirs publics, parlementaires et représentants régionaux et territoriaux, constructeurs, équipementiers et représentants des salariés. À lʼheure où le monde du travail se voit confronté à ces suppressions injustifiables de milliers dʼemplois, une telle initiative constituerait de la part du gouvernement le gage dʼune réelle volonté dʼengager les décisions et les investissements préservant lʼavenir de ce fleuron de notre économie, et dʼimpulser son redressement.
Propos recueillis par Jean-Michel Humez