LIBERTE 62 - AU CONSEIL EUROPÉEN - UNE UNITÉ FACTICE

Publié le par Liberté 62


AU CONSEIL EUROPÉEN DES 15 ET 16 OCTOBRE

UNE UNITÉ FACTICE


L'Europe est de retour, son unité retrouvée prouve son efficacité dans la tourmente financière actuelle. Et le président de la République française qui préside aux destinées de l'Union européenne jusqu'en janvier 2009, a eu un rôle décisif dans le sauvetage de système financier en Europe et dans le monde...


TELLE est la chanson que nous font entendre les médias depuis la réunion de l'Eurogroupe dimanche dernier, jusqu'au Conseil européen des mercredi et jeudi 15 et 16 octobre. Or, si l'Eurogroupe a bien fait des propositions communes adaptées ensuite par le Conseil européen, à regarder de plus près, il n'y a pas véritablement une position commune applicable partout. Chaque État met en musique une ligne adoptée à l'issue du conseil européen, tous les dirigeants européens étant, en fait, d'accord sur un point : sauver le capitalisme, aider le système bancaire international pour répondre aux craintes des marchés financiers.

Le Conseil européen des 15 et 16 octobre, essentiellement consacré à la crise financière, était prévu de longue date sur d'autres sujets importants : l'Irlande et le traité de Lisbonne, le réchauffement climatique, les problèmes énergétiques et le partenariat avec la Russie. Ces dernières questions ont été abordées lors du Conseil européen mais les décisions ont été reportées au Conseil de décembre.


L'Irlande et le traité de Lisbonne


Le premier ministre irlandais B. Cowen a annoncé qu'il fera une proposition au sommet de décembre mais sans se prononcer sur un second référendum comme le souhaite N. Sarkozy et qui serait organisé au 2ème semestre 2009. Invité à expliquer le non irlandais, B. Cowen a cité quatre raisons du refus du peuple irlandais : la composition de la Commission (selon le traité de Nice, chaque pays membre a un commissaire européen. Le traité de Lisbonne prévoit un nombre plus restreint de commissaires. L'Irlande craint de perdre (le sien) la fiscalité (l'Irlande veut maintenir une fiscalité avantageuse aux sociétés étrangères) les questions “éthiques et rurales” (opposition de l'église très influente en Irlande, à l'avortement) le maintien de la neutralité de l'Irlande. Il s'agit donc pour le Conseil de trouver une solution pour satisfaire les Irlandais et maintenir ainsi le traité de Lisbonne qui doit encore être adopté par la République tchèque et la Suède. N. Sarkozy fait examiner les possibilités de satisfaire les Irlandais sans modifier le traité de Lisbonne : protocole, déclaration additionnelle... Un tour de passe-passe qui est un véritable déni démocratique et qui ne changerait rien à la nature de l'Union européenne.


Le plan européen pour le climat


Dans la perspective de la préparation de la conférence internationale sur le climat et qui doit se tenir à Copenhague, l'Union européenne qui se veut un modèle, doit élaborer un plan pour le climat. La Commission européenne fait trois propositions, réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, parvenir à 20 % d'énergies renouvelables dans la consommation et faire 20 % d'économies d'énergie. L'objectif de 20 % de réduction des gaz à effet de serre parait être un idéal pour tous mais certains pays membres estiment ne pouvoir y souscrire.

La Pologne qui utilise son charbon pour l'énergie et son industrie a quelques réticences. Surtout l'Italie affirme que ce plan aurait un coût trop élevé. “L'attitude de la Commission européenne est une folie, surtout dans un pays manufacturier comme l'Italie qui a une densité d'entreprises supérieure à la moyenne européenne et serait désavantagé. Nous voulons un contrôle de l'environnement mais sans que cela tue nos entreprises et nos familles” a déclaré le ministre italien R. Brunetta. Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien estime que cela coûterait à l'Italie 25 milliards d'euros ce que dément la Commission européenne. Un refus italien risquerait de faire capoter le plan européen sur le climat au prochain Conseil européen en décembre.


Le plan d'action européen sur la crise financière


Le Conseil européen a adopté dès mercredi le plan d'action élaboré par l'eurogroupe (les pays de la zone euro) le dimanche précédent. L'Eurogroupe s'était inspiré des mesures prises par Gordon Brown au Royaume Uni et qui d'ailleurs était venu assister à la réunion de dimanche. Le Royaume Uni avait été le premier pays à subir les effets de la crise financière née aux États-Unis suite à la crise des “subprimes” (titres émis à partir de la revente des crédits à la construction).

G. Brown avait alors “nationalisé” certaines banques et sociétés d'assurances, une nationalisation provisoire et qui ne change rien à la gestion de ces banques. Celles-ci, cependant, doivent assurer les prêts aux entreprises et particuliers. Par cette mesure, l'État britannique contrôle ainsi 40 % des crédits immobiliers. L'Eurogroupe puis les 27 ont donc décidé d'un plan de sauvetage des banques s'élevant à 1700 milliards d'euros, puis 2000 milliards d'euros. Pour l'essentiel, il s'agit de “nationaliser ” tout ou partie des banques en difficulté et d'offrir la garantie des États sur les prêts interbancaires. En outre, le Conseil a proposé une refonte du système financier international et mandaté le président en exercice de l'Union européenne ainsi que le président de la Commission européenne J.M. Barroso pour rallier les États Unis à la tenue d'un sommet international sur la refonte du système financier d'ici la fin de l'année.

Selon N. Sarkozy et d'autres dirigeants européens, il s'agirait de plusieurs mesures pour assurer la surveillance des agences de notation et des fonds spéculatifs. On irait ainsi vers une forme d'instance de supervision mondiale des marchés. Les Européens réclament aussi une réforme du FMI (Fonds Monétaire International) et des institutions internationales notamment la Banque mondiale. Gordon Brown a proposé dans l'immédiat de former 30 collèges mondiaux de supervision pour contrôler “les grands établissements transnationaux ”. Les Américains, après la visite de Sarkozy et de Barroso, ont surmonté leur réticence et accepté ce mercredi la tenue d'un sommet mondial qui se réunira à Washington le 15 novembre et auquel participaient 20 membres : les 8 États du G8 (États-Unis, Canada, France, Allemagne, Royaume Uni, Italie, Japon, Russie) 11 États de pays émergents dont en particulier la Chine, L'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud ainsi que le président de l'Union européenne. Ce changement d'attitude des États-Unis s'explique par l'approfondissement de la crise, crise financière et qui touche aussi la production et les services faisant entrer les États-Unis et déjà l'Europe en récession.


Divisions de l'Europe et poursuite de la spéculation


L'expression de cette volonté commune des Européens ne doit pas cependant faire illusion. Le plan d'action n'a pas été accepté d'emblée. Les Tchèques par exemple y étaient peu favorables et le Luxembourg plutôt réticent sur les abandons des critères de Maastricht qu'implique le plan notamment sur la dette des États qui va s'amplifier et sur l'augmentation des déficits publics. Un plan de relance économique proposé par Sarkozy a été refusé. Surtout, chaque pays décline le plan d'action selon les intérêts de ses banques ou de ses grands groupes. Le Royaume Uni “nationalise”, l'Allemagne prête de l'argent, 480milliards d'euros contre les garanties “morales” (limite de la rémunération des dirigeants des banques - abandon des parachutes dorés). La France a décidé une ligne de 360 milliards à disposition des banques qui, dans un premier temps ont refusé les 40 milliards de “recapitalisation” puis ont accepté. Six grandes banques vont donc recevoir 10,5 milliards en signant en contre partie une convention. L'État ne “nationalise” pas mais prête contre intérêt à 8%pendant 10 ans. Dans ces pays, rien n'est fait pour empêcher la poursuite de la spéculation. Au contraire, la crise aiguise les appétits et permet acquisitions et fusions, concentration plus grande de capitaux. Ainsi Fortis, pourtant “aidé” par les États belges et luxembourgeoises est contrôlé par BNP Paribas qui augmente sa part dans le capital. La banque espagnole Santander est particulièrement friande des établissements financiers anglais en difficulté. La crise accélère le rapprochement et la fusion entre les caisses d'épargne et les banques populaires. Le secteur financier n'est pas le seul touché par le phénomène de concentration, la sphère industrielle connaît le même phénomène : l'exemple le plus frappant est celui du mariage entre Ford et la Général Motors. L'on parle ainsi de la possibilité du rachat de Chrysler par Nissan.


Les réactions sociales


Pendant que les médias jonglent avec les chiffres et informent sur les différentes rencontres, on parle peu des conséquences sociales. Aux États-Unis, des centaines de milliers d'Américains sont dépossédés de leur logement, le chômage progresse. Cette situation se retrouve en Europe, en Espagne notamment. Les pays en développement qui ont connu cette année des émeutes de la faim suite au renchérissement du prix des céréales s'alarment des conséquences de la crise sur leur population. Chômage, misère, famine guettent les plus démunis y compris dans les pays déveleloppés et ce n'est pas la création d'un groupe de vigilance sur la pauvreté décidé par les pays membres de l'Union européenne qui est la solution. Or pendant que les “grands” pays développés et les pays émergents se réunissent pour sauver le capitalisme mondial, l'inquiétude, la colère sociale commence à se manifester.

En Europe même, la grèce vient de connaître des journées de grève générale et de manifestation. En Italie, étudiants et lycéens occupent les établissements scolaires et Berlusconi menace d'utiliser la force pour les déloger. En Amérique latine, le gouvernement Uribe en Colombie connait l'agitation sociale la plus importante de ces dernières années (action syndicale et action des indiens dépossédés de leurs terres). L'Argentine est contrainte de nationaliser le système de retraite et les manifestations se multiplient. En aceptant le sommet mondial sur la crise, les États Unis tentent de profiter de la crise pour maintenir leur hégémonie économique, en dépit de l'attitude “revendicative” de pays européens ou avec la complicité de pays européens. Le sommet trouvera peut être une solution provisoire à la crise générale du capitalisme mais il ne répondra en aucune manière à l'inquiétude et à la colère des peuples.

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Publié dans Monde

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